Situation socio-politique/ Pr. Hyacinthe Nogbou (Cojep) : « Il nous faut arriver à fédérer nos forces au sein de la gauche »


Ph:DR

Le premier secrétaire du Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep), le professeur de Philosophie Hyacinthe Nogbou, a répondu à nos questions, une semaine après la visite du Cojep à Simone Ehivet Gbagbo. La délégation conduite par M. Nogbou était porteuse d'un message de Charles Blé Goudé, leader du Cojep, détenu par la Cour pénale internationale.

Vendredi 24 août 2018, vous conduisiez une délégation du Cojep chez l'ex-Première dame, Simone Ehivet Gbagbo, amnistiée et libérée deux semaines plus tôt. Était-ce, pour vous, une façon de sacrifier au rituel des salutations, ou bien cette visite avait une connotation particulière ?

Il a été question, dans un premier temps, de saluer une personnalité sortie des geôles, de saluer une grande militante des droits de l'Homme, hier syndicaliste, aujourd'hui vice-présidente d'un parti politique. Dans un second temps, nous avons estimé que la situation actuelle de la Côte d'Ivoire commande que la gauche, toute entière, se retrouve et regarde dans une seule et même direction. Il est apparu au Cojep, tout à fait indiqué d'aller saluer cette grande dame, de saluer la militante, la présidente, mais aussi la mère de famille.

Vous êtes allés voir Mme Gbagbo avec un message précis, à savoir que Charles Blé Goudé a demandé que vous vous mettiez à sa disposition. Que renfermait ce message ?

Lorsque vous suivez les déclarations de la Première dame Simone Gbagbo, vous vous apercevez qu'elle est inscrite dans la logique de réconciliation. Son souhait est que la Côte d'Ivoire renoue avec la paix. Se mettre à la disposition de Mme Gbagbo a une double acception. D'abord, Charles Blé Goudé est son fils. Il est à sa disposition comme il est à la disposition du président Laurent Gbagbo. Ensuite, se mettre à la disposition de Mme Gbagbo, c'est se mettre à la disposition de toute la gauche. Il nous faut arriver à fédérer nos forces et avancer. C'est de cela qu'il est question. Fédérer les forces de la gauche et de bien d'autres partis qui pourraient amener le changement qualitatif en Côte d'Ivoire.

Votre leader, Charles Blé Goudé, a été présenté comme voulant faire cavalier seul, comme voulant rompre avec Laurent Gbagbo et le Fpi. Certains l'ont taxé de traître. Ces jugements étaient-ils excessifs, ou bien ils avaient une part de vérité ?

Cette situation s'apparente, à certains égards, à celle d'un père ou d'une mère qui, voyant son fils ou sa fille aller se marier, est traversé par un type de sentiment. Au demeurant, il y a la vie des structures. Le fait que le Cojep se mue en parti politique a fait peur à de nombreuses personnes. Je voudrais simplement rassurer les uns et les autres : il n'y aura pas de félonie de la part du Cojep et de son leader. Charles Blé Goudé trahir Laurent Gbagbo ? Laissez-moi faire observer qu'il n'y a pas trois personnes détenues à La Haye. Il n'y a que deux personnes : le président Laurent Gbagbo et le ministre Charles Blé Goudé. Ceux qui ont trahi, c'est peut-être tous ceux qui sont ici, en Côte d'Ivoire, et qui bénéficient encore des salaires de l’État ivoirien dont le président est Alassane Ouattara. Chacun d'entre eux pourrait dire : je ne travaille plus, je ne mange plus, je soutiens le président Laurent Gbagbo. Non ! Soutenir le président Laurent Gbagbo, c'est s'approprier ses idéaux et faire en sorte que la Côte d'Ivoire retrouve les valeurs chères à M. Gbagbo. Charles ne peut pas avoir trahi. Un traître ne se trouve pas à La Haye, accusé de crimes contre l'humanité.

Blé Goudé a accordé, récemment, une audience à des proches de Guillaume Soro, à La Haye. Cet acte, associé à d'autres, fait dire aux détracteurs de M. Blé qu'il a son propre agenda...

Certains voudraient, peut-être, voir Charles Blé Goudé rester en prison. Seul, isolé, sans visiteurs. Il est libre. Il peut recevoir qui il veut. Le problème proviendrait de ce que des esprits mettent dans chacune de ses visites. Que n'a-t-on pas entendu lorsque le Cojep est allé à la rencontre du président Henri Konan Bédié à Daoukro ? On a entendu que le Cojep aurait son nouveau candidat à la présidentielle. Vous voyez que des gens peuvent s'imaginer toutes sortes de choses. Le président Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sont les seuls à pouvoir traduire la réalité de ce qu'ils vivent. Parce que c'est celui qui est à coté du feu qui en connaît l'intensité. Beaucoup d'entre nous ne savent pas ce qu'est la prison. Ce qui pourrait expliquer leurs réactions.

Au sein de la gauche, certains voient en Simone Gbagbo le nouveau leader de l'opposition, au point de la présenter comme potentielle candidate à la présidentielle de 2020. Que dites-vous ?

Nous ne sommes pas encore en 2020. Il viendra le moment où nous apprécierons. Ce que je puis dire, c'est que la Première dame Simone Gbagbo, en tant que citoyenne, a le droit de vouloir être candidate. Nous saluons la libération de Mme Gbagbo et tous les autres prisonniers civils. Nous demandons que les prisonniers militaires soient libérés. Nous parlons au nom du Cojep et non du Fpi. Si vous nous demandez si, en 2020, le Cojep projette de présenter un candidat, alors je saurais vous répondre.

La question vous est posée !

Nous irons à une convention, si nous ne sommes pas au congrès. Et nous allons pouvoir décider.

Aujourd'hui, le microcosme politique est en ébullition. Des partis et courants se créent au fil des semaines. L'ex-ministre de Laurent Gbagbo, Alcide Djédjé, vient de créer son parti, Concorde, et est prêt à rejoindre le Rhdp unifié. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Tout est en mouvement. Je pourrais dire, comme ce grand philosophe : tout coule. Rien n'est statique. Sauf qu'il ne faut pas ramer à contre-courant, au risque d'être emporté. Chacun est libre de créer sa structure. Les compositions, décompositions, recompositions, tout est possible. Mais pour quel type d'alliance ? Le Fpi et le Rdr ont fait une alliance en 1995. Nous en connaissons les résultats. Nous voyons la situation aujourd'hui. Faut-il aller à une alliance avec le Pdci, des partis de droite, du centre ? Si oui, jusqu’à quel niveau d’alliance devons-nous aller ? C'est le plus important. Aujourd'hui, il est difficile de distinguer une ligne idéologique claire. Quand on suit les débats, on a le sentiment que tous disent la même chose. Mais pour l'instant, la majorité des partis politiques ont quelque chose en commun, c'est de mettre fin à la gestion du pouvoir actuel, donner une nouvelle chance à la Côte d'Ivoire.

Serez-vous présent aux élections du 13 octobre ?

Si la date est maintenue, non !

Avez-vous des cadres du Cojep figurant sur des listes d'union ?

Personne ne m'a encore dit qu'il est sur une liste quelconque.

Le procès conjoint Laurent Gbagbo- Blé Goudé reprend à la Cour pénale internationale le 1er octobre prochain, avec la possibilité pour les équipes de défense de plaider l'acquittement. C'est une échéance importante pour vous ?

Nous espérons que le droit sera dit, parce que lorsque nous voyons Jean-Pierre Bemba rentrer chez lui, que nous savons les éléments qui avaient été retenus contre lui, nous nous disons que la logique voudrait que le président Laurent Gbagbo et le ministre Blé Goudé soient dehors. S'ils sont libérés, ça ne sera que justice et la Côte d'Ivoire ne s'en portera que mieux. On pourra aspirer véritablement à la réconciliation.

Nous remercions tous les Africains, sur le continent, comme en Europe, qui se mobilisent jour et nuit pour que ces deux personnalités soient libérées. Nous remercions encore ces Ivoiriens qui, face au régime en place, sont restés dignes. Il y avait le principe de l'achat, celui des arrestations, de l'emprisonnement. Mais ils sont restés dignes. Il ne faut pas faire comme l'autre : il fournit d'inlassables efforts, et à quelques pas de l'objectif, change de posture. Ces deux grands Africains reviendront de La Haye. Ils retourneront chez eux. Ça ne sera pas comme Samory. Ils rentreront chez eux.

Réalisé par Kisselminan COULIBALY Coll. Venance KOKORA

 

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