Gestion du pouvoir : Une enquête révèle des choses graves sous le régime Ouattara


19/11/2018
Gestion du pouvoir : Une enquête révèle des choses graves sous le régime Ouattara

C’est une enquête courageuse qui ne manquera pas de faire jaser. Tant elle dépeint, avec une rare sincérité, les scories du régime Ouattara et, par-delà, les défaillances de la gouvernance en Côte d’Ivoire.

Réalisée par la Commission nationale des droits de l’homme de Côte d’Ivoire (Cndhci), l’étude a été publiée en juin 2018. Intitulée « Consultation des jeunes sur la gouvernance et les droits de l’homme », elle est mise à la disposition du grand public depuis quelque temps. Ses initiateurs soutiennent avoir interrogé des jeunes issus des dix communes d’Abidjan et de quinze localités de l’intérieur. L’objectif, avancent-ils, étant « de contribuer à l’amélioration de la gouvernance en tenant compte des aspirations de la jeunesse d’une part, d’aider les autorités à faire des choix stratégiques dans l’élaboration des politiques publiques en lien avec la vision qu’ont les jeunes de leur avenir… ». Le moins qu’on puisse dire, c’est que les jeunes Ivoiriens portent un regard sans complaisance sur la gestion du pouvoir par les gouvernants actuels.

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Ils se prononcent notamment sur le processus électoral et les organes étatiques en charge des élections. Ils pointent en particulier le manque de crédibilité de la Commission électorale indépendante (Cei). De fait, assurent-ils, la Cei« ne rassure plus l’ensemble des acteurs aussi bien politiques que les partenaires au développement ». Pour les jeunes, « la nécessité de revoir la composition de la Cei est un impératif majeur et déterminant des élections futures… ». Par élections futures, ils entendent la présidentielle de 2020, qui semble les préoccuper. « En ce qui concerne les élections de 2020, les jeunes présagent qu’elles vont se solder par une crise qui risque d’être plus grave que la dernière », relèvent les auteurs de l’enquête.

Le régime présidentiel décrié

L’autre aspect de la gouvernance qui retient l’attention des jeunes, c’est le régime présidentiel pour lequel l’Etat de Côte d’Ivoire a opté et qui a été réaffirmé dans la dernière Constitution. Ils n’en veulent pas. Ils en ont, en tout cas, une opinion plutôt défavorable. « Pour les participants, ce type de régime rend le chef de l’Etat trop puissant et favorise la mauvaise gouvernance. En conséquence, il domine les autres pouvoirs, notamment le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire. Il développe également le culte de la personnalité avec l’aide des médias publics », souligne l’étude. Ce cinglant réquisitoire des jeunes va-t-il amener les gouvernants à revoir l’architecture constitutionnelle après 2020 ? L’avenir nous le dira.

Les jeunes sont, par ailleurs, très critiques à l’encontre de certains piliers de la gestion du pouvoir. Figurent en bonne place, les hôpitaux publics. Au moment où le secteur de la santé et ses infrastructures sont au cœur du débat, ce jugement sévère que portent les jeunes là-dessus montre à quel point le secteur est en déliquescence. « Les jeunes ont décrié la cherté des soins médicaux qui ne laisse aucune alternative aux personnes économiquement faibles », relèvent les auteurs de l’enquête. La jeunesse fustige également la cupidité des agents de santé et leur manque de conscience professionnelle. Ils dénoncent notamment le fait que « le personnel de santé manque d’éthique et ne se comporte pas toujours comme des professionnels ». Voilà ce qu’en disent les auteurs de l’étude : « Mais, c’est surtout la corruption, la négligence du personnel soignant et l’indifférence face à la douleur et la souffrance des patients qui ont indigné les participants… ». Pour qui le droit à la santé n’est « réservé (qu’) aux riches ». Un diagnostic sans appel qui met à nu les « péchés mignons » du personnel de santé, qui réclament ces jours-ci un meilleur traitement salarial, entre autres.

Une autre « plaie » de la gouvernance dénoncée par la jeunesse : l’achat des concours et le clientélisme comme critère de recrutement. « Ils ont aussi dénoncé le processus de recrutement à la fonction publique où la discrimination, le favoritisme, la corruption, la tricherie et « les histoires de liste des ministres, liste de la présidence » fleurissent en toute impunité », lit-on dans le rapport. Ses auteurs rapportent, par ailleurs, que « la corruption, le favoritisme, le tribalisme, l’impunité, la tricherie et le recours à la passation des « marché de gré à gré » sont autant de phénomènes caractéristiques de la gestion approximative des ressources nationales publiques en Côte d’Ivoire ». Des critiques à relents de graves accusations, qui accablent aussi bien le gouvernement que la présidence de la République.

Les jeunes portent également un regard critique sur le système judiciaire. Pour eux, la justice est malade de ses hommes. Selon les initiateurs de l’enquête, « les jeunes ont soutenu que les juges ne sont pas véritablement indépendants, puisqu’ils sont, dans bien des cas, aux ordres des politiques ». Et d’ajouter que les enquêtés « ont indiqué que la plupart des juges sont corrompus et manquent de professionnalisme ». L’étude apporte ainsi de l’eau au moulin des opposants, qui n’ont de cesse de crier que la justice est à la remorque des tenants du pouvoir. Et dire que la justice est appelée également à trancher les contentieux électoraux.

Au total, l’enquête réalisée par la Cndhci a le mérite de mettre à nu les travers du régime Ouattara et, au-delà, les grosses défaillances de la gouvernance en Côte d’Ivoire.

Assane NIADA

 

 

Assane Niada

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  • SOURCE: Soir info

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