Situation politique: Du lourd se prépare contre Ouattara


Un véritable « typhon politique » est en préparation à partir de Daoukro

La plateforme que le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda), Henri Konan Bédié, envisage de mettre en place, en Côte d’Ivoire, pour l’instauration d’un « État de droit et d’une véritable démocratie qui garantisse les libertés publiques », est en train de prendre les allures d’un « typhon politique» dont les nuages s’observent dans le ciel de Daoukro.

Aux chassés-croisés des leaders politiques, de toutes les sensibilités, chez l’ancien chef de l’État, en rupture de ban avec ses alliés d’hier du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp), est venue se joindre la voix de Laurent Gbagbo, l’ex-président ivoirien, détenu à La Haye. Celle-ci a été relayée, le lundi 7 janvier 2019, à son domicile, par Dr Assoa Adou qui, selon ses propres termes, livre les consignes de l’ex-chef de l’Etat à ses partisans.

Quelles sont ces consignes ? « Le président Gbagbo met le parti en mission auprès de tous les acteurs de la vie politique et de la société civile… Gbagbo a instruit la direction du parti, à entreprendre, sans délai, toutes les initiatives en vue de la mise en œuvre de la réconciliation nationale… Gbagbo demande au Fpi de se rapprocher des partis politiques de la gauche, pour s’approprier davantage la réconciliation nationale… Gbagbo veut mettre fin à la souffrance du peuple qui a soif de la réconciliation vraie... ». Et, Assoa Adou, le Secrétaire général du « Parti de Gbagbo » d’entrer dans les eaux basses : « Le constat de ce déficit démocratique appelle de notre part, de la détermination à nous engager résolument… pour l’émergence d’une véritable démocratie garantissant les libertés publiques consacrées par notre Constitution. Je voudrais, en ce moment solennel, vous inviter, chers Ivoiriennes et chers Ivoiriens, dans le respect de notre diversité d’opinion, de pensée et de religion, au rassemblement au sein d’une plateforme, non idéologique, pour que nous puissions jeter les bases d’un dialogue franc, constructif et compétitif, pour concevoir et mettre en œuvre un nouveau pacte social garantissant à la fois une paix définitive en Côte d’Ivoire et une cohésion sociale réussie entre les filles et les fils de notre beau pays ». Une éventuelle entrée en scène de Laurent Gbagbo, ex-président déchu et transféré à la Cour pénale internationale (Cpi) par le régime d’Alassane Ouattara, au côté de Henri Konan Bédié, va immanquablement donner du volume à cette guerre ouverte entre ces deux protagonistes.

Mandat à Bédié

Mais avant Gbagbo, le 8 octobre 2018, lors du 6e congrès extraordinaire du Pdci-Rda, les dirigeants du Front populaire ivoirien (Fpi), de l’Uds, du Pit, de l’Upci, du Rpc-paix, du Rpci, du Mfa, de l’Urd, de Lider ont donné mandat à Bédié pour engager des négociations, pour la mise en place « d’une plateforme de collaboration du Pdci-Rda avec les forces vives de la nation et les partis politiques qui partagent sa vision d’une Côte d’Ivoire réconciliée, rassemblée et pacifique ».

Dans ce mouvement, Guillaume Soro est venu prendre toute sa place. Ce sont d’abord des émissaires de Soro, dont Affousiata Bamba-Lamine, qui ont fait la jonction entre les deux hommes. Puis, le 17 décembre, comme s’il voulait faire un pied de nez à Alassane Ouattara, Guillaume Soro s’est rendu à Daoukro, marchant et dansant avec le ‘’Sphinx de Daoukro’’ sous les applaudissements d’une foule hystérique. Guillaume Soro, Vice-président du Rassemblement des républicains (Rdr), qui n’est pas en odeur de sainteté avec les dirigeants de cette formation politique, s’est absenté à l’Assemblée constitutive du Rhdp, en juillet. Il vient d’être sommé par Alassane Ouattara de se déterminer avant le 26 janvier 2019, date du congrès constitutif, faute de quoi, il devrait rendre « le tabouret ».

À moins de deux ans de l'élection présidentielle, c’est un véritable orgue politique qui se met en place contre Alassane Ouattara. Dans une interview sur les antennes de France 24, Henri Konan Bédié a confirmé la fin de son alliance dans le cadre du Rhdp, avec Alassane Ouattara, et a dit regretter de l’avoir soutenu aux élections présidentielles de 2010 et 2015.

Mercredi 9 janvier 2019, dans cette même dynamique, Pascal Affi N’Guessan, président du Fpi, s’est rendu à Daoukro, l’épicentre de « tsunami politique » en formation, pour manifester, selon lui, sa solidarité à Bédié « dans les moments difficiles que le Pdci-Rda traverse à travers, la volonté affichée de démolir ce parti par le président Ouattara et son équipe ». Il a estimé que « c’est une situation qui nous interpelle dans la mesure où, nous-même, sommes victimes de cela comme beaucoup d’autres partis politiques en Côte d’Ivoire, à travers les agressions multiples auxquelles le Pdci est confronté. C’est l’ensemble de la démocratie ivoirienne qui est menacée, et il était important que dans ces moments-là, nous nous retrouvions, nous examinions les voies et moyens pour y faire face. Et je crois que l’une de ces voies, c’est la plateforme qui a été évoquée l’année dernière, et pour laquelle nous avons souhaité que les initiatives soient prises le plus rapidement possible, afin que ce soit le cadre de rassemblement pour résister contre cette dictature rampante à laquelle nous assistons, et pour d’abord défendre aussi tous ces élus qui ont été spoliés de leurs victoires au cours des élections locales qui se sont déroulées, et préparer ensemble la grande rencontre sur la réforme du cadre juridique et institutionnel, et pour envisager ensemble l’alternance politique en 2020. Ce sont ces préoccupations que nous avons exprimées au président Bédié, et nous avons été satisfaits de voir qu’elles sont partagées, et que le président a déjà pensé à ce que ces discussions commencent le plus rapidement possible. Donc, dans les jours à venir, vous allez certainement noter que tous les partis politiques qui adhèrent à l’idée de cette plateforme, vont se retrouver pour tracer ensemble les sillons, mener ensemble des actions unitaires, afin de défendre les élus locaux spoliés de leurs victoires, afin de préparer ensemble, je dirai, le changement politique en 2020 ».

Armand B. DEPEYLA

Armand B. Depeyla

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  • SOURCE: Soir info
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