Bouaké- Deux ans après la mutinerie: Ce qui reste des 17 millions Fcfa de certains militaires


Ph DR

Le 6 janvier 2017, le régime du président Alassane Ouattara faisait face à une mutinerie. Des militaires de l'ex-rébellion ayant intégré l'armée régulière, réclamaient 17 millions de francs Cfa au gouvernement comme prime « Ecomog » pour avoir mis un terme au pouvoir de l'ex-président Laurent Gbagbo en 2011. La mutinerie a contraint le numéro 1 ivoirien à payer les primes demandées par les soldats, en deux tranches, à la suite d'une deuxième insurrection en mai de la même année. A Bouaké, là où tout est parti, notre équipe de reportage s'est intéressée à ce que sont devenus les 17 millions de francs Cfa de certains militaires.

 7Deux ans après avoir perçu la somme de 17 millions de francs Cfa, les nouveaux millionnaires ont connu diverses fortunes. On se rappelle qu'au lendemain des virements dans leurs comptes bancaires respectifs, plusieurs d'entre les mutins ont choisi de mener la belle vie. Ils étaient nombreux à s'acheter des voitures de rêve. Les motos  X One Ktm, qui coûtent 300.000 Fcfa n'avaient plus de valeur à leurs yeux. Ces deux roues ont été toutes remplacées par de grosses motos, notamment ceux dénommés ''Apaches'' dont les prix varient entre 900.000 Fcfa et un million de francs Cfa.

Dans les domiciles, les salons ont connu de véritables changements : télévisions et autres appareils électroménagers ont été renouvelés. Généreux à souhait, quelques-uns sont allés jusqu'à offrir à leurs petites amies, pagnes, motos et appareils électroménagers. « C'est avec amertume que j'aborde le cas de mon frère. Il n'a rien réalisé avec son argent. Il n'écoutait plus personne, puisqu'il était animé par la folie des grandeurs. Pour lui, cet argent ne finirait jamais. Il s'est habitué à un train de vie, aujourd'hui, qui le pénalise. Le pire, c'est qu'il n'a même pas acheté un seul lot pour poser une brique. Il ne peut que s'en prendre à lui-même car nous qui sommes ses frères, avons joué notre rôle en lui donnant des conseils. Il prend des crédits partout au point que son salaire ne lui suffit plus », confie Y.T., frère aîné d'un militaire.

Ils sont nombreux les ex-mutins à se retrouver, deux ans après, sans le moindre centime. « J'en connais qui ont acheté des voitures, appareils électroménagers  et ne pouvant plus supporter le coût de l'entretien, s'en sont débarrassés à vil prix. Certains qui ne savent même pas écrire leurs noms ont acheté des téléphones portables de dernière génération et aujourd'hui, ils s'en mordent les doigts. Ils sont nombreux à regretter de n'avoir pas utilisé à bon escient les millions perçus », témoigne D. B. Selon nos interlocuteurs, désargentés, des ex-mutins ont été réduits à vendre des parcelles de terrain censées accueillir leurs futures résidences.

 

Des exceptions 

Si des ex-mutins ne se sont pas distingués par un usage parcimonieux de leurs primes, d'autres, loin de toute euphorie, ont, tantôt, investi dans des domaines d'activités tel que l'immobilier, tantôt, ont posé des actes forts à l'endroit des leurs familles et proches. « Les deux frères militaires de mon quartier sont, aujourd'hui, la fierté de leurs parents. En toute conscience, ils ont réhabilité leur cour familiale. Et cette  cour donne fière allure. C'est l'une des plus belles de notre quartier », dit M. Soro. Salif B. se dit également « fier » de son oncle qui lui a permis d'avoir du travail. « Si je suis chauffeur aujourd'hui, c'est grâce à mon oncle qui a acheté une voiture pour moi. Il m'a donné de l'emploi qui me permet de me prendre en charge, mais aussi de m'occuper de certaines charges de la maison, car son salaire seul ne peut pas tout faire », témoigne t-il. A côté de cette catégorie de personnes ayant pu réaliser quelque chose de durable, se trouve une catégorie de soldats grugés. C'est le cas de A.D. Il a remis à son cousin, exerçant dans l'immobilier, une somme conséquente pour construire une maison. Deux ans après, il est impossible au soldat d'aménager. Ses investigations l'ont conduit à la conclusion qu'il a été grugé.

 

Souvenirs douloureux

 

Une grande partie de la population garde un souvenir douloureux des mutineries de 2017 qu'elle a vécu comme une prise en otage par l'armée. Plusieurs habitants de Bouaké interrogés ont ces paroles à la bouche : « on ne veut plus de ça ! On a assez souffert des bruits de bottes ». La récente sortie de Monseigneur Paul-Siméon Ahouanan, archevêque métropolitain de l’archidiocèse de Bouaké, illustre éloquemment l'état d'esprit d'une population qui aspire à la quiétude. Vendredi 28 décembre 2018, à la cathédrale Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, en présence des autorités militaires, le prélat a prononcé une conférence sur le thème : « la bonne politique est au service de la paix », en prélude à la journée mondiale de la paix. A cette occasion, Mgr Ahouanan a évoqué les préjudices causés aux populations par la grande muette lors des mutineries de 2017. Il a aussi rappelé aux militaires leurs missions. « Les armes et les fusils que vous avez, c'est pour nous défendre. Parce que c'est nous, populations qui avons acheté ces armes pour nous protéger et non pour tirer sur nous. Si nous apprenons que l'armée d'un autre pays vient nous attaquer, on sait que notre armée va nous défendre. Mais quand j'apprends que c'est notre propre armée qui nous attaque, qu'est-ce qu'on doit faire maintenant ? », s'est exprimé le guide religieux.

A l'instar de Mgr Paul-Siméon Ahouanan, tous nos interlocuteurs, et sans doute, toute la population de Bouaké, souhaitent ne plus revivre de mutinerie en Côte d'Ivoire.

 

Abdoul CISSÉ, à Bouaké 

 

Abdoul CISSE

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  • SOURCE: L'inter
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