Assemblée nationale: Dans les coulisses de la démission de Guillaume Soro, le vendredi dernier


Guillaume Soro a quitté l'Assemblée nationale dans un véhicule personnel qu'il a conduit lui-même (Ph. Diom Celest)

La première session extraordinaire 2019 de l'Assemblée nationale s'est ouverte et s'est fermée le vendredi 8 février 2019, qui a vu la démission du perchoir de Guillaume Soro, président de ladite institution.

Cette première session du Parlement ivoirien devait porter sur l'avenir de Guillaume Soro, président de l'Assemblée nationale. Prévue pour 11 heures, la réunion a suscité la prise de dispositions particulières de la part de la police nationale. Tôt le matin, les alentours du siège de l'institution étaient sous haute surveillance. Un impressionnant dispositif sécuritaire ''préventif'' nous a-t-on dit. Des véhicules blindés de la Brigade anti-émettes (Bae) étaient positionnés aux endroits stratégiques et les soldats, déployés sur le terrain, veillaient au grain. Surpris par cette situation inhabituelle, plusieurs Abidjanais s’interrogeaient sur les motifs d’un tel dispositif. Des barrages installés ça et là par les forces de police autour de l'Assemblée nationale ont contrarié plusieurs automobilistes, parce qu'occasionnant d'énormes embouteillages.

Ambiance. Arrivés à 9 heures à quelques encablures du 1er arrondissement de police, il nous a fallu jouer des coudes pour atteindre l'Assemblée nationale. Dans l'enceinte de l'institution, précisément à la salle des pas perdus, les choses se mettent en place. Les huissiers s'affairent sur le tapis rouge dressé pour l'occasion. Idem à l'hémicycle. Ce lieu soigneusement nettoyé n'attend plus que les députés. Par petits groupes, des élus du Rdhp, déjà présents, échangent. Des rires se font entendre.

10 h 16. Sékongo Félicien, président du Mouvement des valeurs nouvelles de Côte d'Ivoire (Mvci) et proche de Guillaume Soro, fait son entrée à l'hémicycle. «Nous sommes venus accompagner notre patron. Je suis membre de son cabinet. Je suis là pour le soutenir et envisager avec lui l'avenir», déclare M. Sékongo. «L'avenir, c'est la lutte pour la démocratie, pour les libertés individuelles et collectives en Côte d'Ivoire. La lutte, c'est aussi une bien meilleure politique sociale. C'est également donner aux Ivoiriens la quiétude tant souhaité pour la réconciliation et la pardon», ajoute-t-il. «Que Soro parte ou qu'il ne parte de la présidence de l'Assemblée nationale, nous serons toujours avec lui partout où il sera», poursuit Sékongo Félicien, avant de rejoindre des amis venus suivre la première session extraordinaire 2019 de l'Assemblée nationale.

Pendant ce temps, des députés arrivent en grand nombre. Il est10 heures 30 minutes. On aperçoit la députée de Cocody, Yasmina Ouégnin, téléphone collé à l'oreille. Quelques minutes plus tard, soit à 10 heures 46 minutes, apparaît Kamaraté Souleymane dit Soul To Soul, chef de protocole de Guillaume Soro. Il a repris du service après son séjour à la Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan (Maca). «Je suis là depuis longtemps. J'ai repris le service», lance-t-il aux journalistes qui tentent de lui arracher quelques mots. «Le patron va arriver dans quelques minutes», confie-t-il le sourire aux lèvres. Aphing Kouassi, président de la Cour suprême, arrive à son tour. Par la suite, la venue de la députée de Tengrela, Traoré Mariam, ne laisse personne indifférent. Cette dernière a créé le buzz en début de semaine avec des propos obscènes à l'endroit de la présidente des femmes du Pdci-Rda. Elle est apostrophée par un de ses collègues mais ne réagit pas. Visage fermé, elle se dirige dans l'hémicycle afin de rejoindre les autres députés. Adama Bictogo, député d'Agboville, l'auteur de la phrase "si après le 26 janvier,  tu n'es pas Rhdp, tu libères le tabouret", fait également son entrée.

Arrivée de Soro. 10 heures 55 minutes, le président de l'Assemblée nationale fait son entrée. M. Soro, dans ses attributs de député, est arrivé au siège de l'Assemblée nationale, non pas dans son véhicule de commandement, mais à bord de l’une de ses voitures privées. Contrairement à ses habitudes, le véhicule du président n’occupe pas l’espace prévu pour sa fonction. Son cortège s’ arrête au bas de l’escalier du siège du Parlement, sur le boulevard de la République, en face du Stade Félix Houphouët-Boigny. Sur le perron, il est happé par une ''armée'' de photographes. Vêtu d'un costume bleu nuit, assorti d'une cravate marron, ceint par son écharpe de député et des lunettes fumées, il salue ses plus proches collaborateurs dont le secrétaire général de l'Assemblée nationale, Latte Ahouanzi, le directeur général du Centre d'information et de communication de l'Assemblée nationale (Cican), Thomas Bahintchi, le vice-président Oulla Privat, l'ancienne ministre de la Communication, Affoussiata Bamba-Lamine. Le personnel de l'Assemblée nationale s'est également mobilisé pour l'accueillir. M. Soro passe en revue cette troupe, serrant la main des uns et des autres, lâchant un petit mot à des connaissances sur son passage. En attendant que les choses sérieuses ne commencent, Guillaume Soro regagne ses bureaux. Peut-être pour la dernière fois.

Pendant ce temps, les commentaires vont bon train dans la salle des pas perdus. Peu après 11 heures, l'hémicycle affiche presque complet. La presse est fortement mobilisée. Des ambassadeurs et des représentants d'ambassadeurs n'ont pas voulu se faire conter l’événement. Ils sont présents en grand nombre. C'est à 11 heures 52 minutes que le président Guillaume Soro fait son entrée dans l'hémicycle sous les applaudissements des nombreux députés présents. C’est dans un hémicycle plein à craquer où étaient présents 245 députés sur les 252 siégeant que M. Soro entame son discours d'ouverture après l'adoption de l'ordre du jour. Au cours des travaux qui ont duré environ 40 minutes, Guillaume Soro annonce son départ de la présidence de l'institution. «Je rends ma démission de mes fonctions de président de l'Assemblée nationale. Oui, j'ai choisi de ne pas m'engager au sein du Rhdp unifié», informe-t-il. (Voir discours). A la clôture des débats, Guillaume Soro a eu droit à une standing ovation de la part des députés et du public.

Départ. Après l'annonce de sa démission du perchoir de l'hémicycle, M. Soro, est reparti de l'institution parlementaire sans son véhicule de fonction qu'il a abandonné au profit d'un petit véhicule personnel de marque Fiat (Série 500 C) dont il avait lui-même le volant. Le désormais ancien président de l'Assemblée nationale avait l'air plutôt décontracté après sa démission et a quitté l'Assemblée nationale dans une ambiance des plus chaudes.

Âgé de 47 ans, Guillaume Soro était le sixième président de l'Assemblée nationale ivoirienne. Elu député de Ferkessédougou, il présidait depuis 2012 aux destinées de cette institution sous la bannière du Rassemblement des républicains (Rdr).

Cyrille DJEDJED

 

Cyrille Djedjed

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  • SOURCE: L'inter
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