Crise au sommet de l'Etat, démission de la présidence de l’Assemblée nationale: Ouattara remporte une bataille face à Soro


Ouattara remporte une bataille face à Soro

« À cet instant précis, je rends ma démission du poste de président de l’Assemblée nationale ». Guillaume Soro n’est donc plus président de l’Assemblée nationale (Pan) de Côte d’Ivoire depuis ce vendredi 08 février 2019. Face à ses pairs députés, dans un discours solennel, il a rendu ‘’ le tabouret ‘’, faisant ainsi droit à la volonté du chef de l’État, Alassane Ouattara, qui avait officiellement annoncé, fin janvier 2019, que Soro démissionnerait en février.

« C’est entendu, c’est réglé », lâchait alors le président de la République, qui ne cachait plus son agacement face à la question de ses difficiles rapports avec le désormais ex-chef de l’Assemblée nationale. Lequel, selon des sources bien informées, n’était pas très enthousiaste à l’idée de partir de son poste dans ce mois de février. Soro avait en effet son plan de démission qu’il devait exécuter à l’ouverture de la session ordinaire de l’Assemblée nationale, début avril 2019. Ce plan se heurtait à la volonté du chef de l’État qui lui mettait la pression pour février. C’est chose faite. Le président du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp parti unifié) remporte ainsi la bataille. Il peut savourer sans modération, cette victoire sur son poulain. Le député de Ferké, on le sait, n’était pas favorable à la création d’un parti unifié tel qu’envisagé par le président Alassane Ouattara. Les relations entre les deux hommes s’étaient alors fortement dégradées autour de ce projet. L’avènement de la IIIè République qui a consacré la déchéance de Soro fut déchu de son rang de dauphin constitutionnel, et les mutineries 

successives de 2017 derrière lesquelles a plané, à tort ou à raison, l’ombre du patron de l’ex-rebellion, ont considérablement gelé leurs relations. Celles-ci l’ont été davantage depuis le 26 janvier 2019, date du congrès constitutif du Rhdp. Soro y a brillé par son absence. Une attitude perçue dans le sérail présidentiel comme une défiance au chef de l’État, en plus du rapprochement avec le président Henri Konan Bédié, l’ex-allié et potentiel adversaire. Guillaume Soro est donc sorti de l’écurie Ouattara et se positionne en sérieux challenger pour les échéances de 2020.

Laisser le tabouret pour le fauteuil. « Aujourd’hui, je vais rendre le tabouret et je vais aller chercher le fauteuil pour m’asseoir dedans. Ce sera plus confortable d’être assis dans le fauteuil ». Ces propos de l’ex-président de l’Assemblée nationale à quelques heures de sa démission n’ont rien d’anecdotiques. Ils renseignent clairement sur la 

trajectoire politique du député de Ferké. L’idée de la candidature de Guillaume Soro, à la fois souhaitée et redoutée, n’a en effet jamais été aussi claire. « C’est une évidence, après avoir occupé les postes de ministre, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale, le seul échelon qui reste à gravir est celui de la présidence de la République », croit savoir un analyste politiste. Même s’il ne l’a jamais avoué publiquement, les allusions à une réelle volonté de candidature foisonnent dans les discours de l’ex-Pan. « Rassurez-vous chers collègues, je demeure serein tout en quittant ce poste aisé de président de l’Assemblée nationale pour l’aventure de mes convictions », a-t-il indiqué dans son adresse du vendredi 08 février dernier.

Dans son entourage, ses plus proches collaborateurs ne font aucun mystère de sa candidature en 2020. L’ex-ministre Affoussiata Bamba Lamine, les députés Trazeré Célestine qui a démissionné récemment du Rassemblement des Républicains (Rdr), Soro Kanigui, Alain Lobognon actuellement en détention, sont les principaux hérauts de cette candidature en 2020. Ils y travaillent sérieusement et y croient fermement. Par ailleurs, la machine de la communication mise en place, avec une Web Tv, une  présence quasi-quotidienne sur les réseaux sociaux, des communicants fougueux et prêts à répondre à toute attaque, ne sont pas de banales activités de fanatiques des Tic. Elles participent d’une stratégie bien pensée et mise en place pour accompagner cette ambition de briquer la magistrature suprême en Côte d’Ivoire.

Mais cela suffit-il pour assurer une victoire à Soro ? Ne lui faut-il pas une machine politique officiellement reconnue, plus solide et structurée, dont le maillage nationale lui permettrait de rivaliser ou tisser des alliances avec les partis politiques traditionnels ? En un mot, au-delà des discours et autres prises de position, l’écurie Guillaume Soro est-elle vraiment prête pour la course de 2020 ? Il ne reste plus que 20 mois pour le savoir.

 Hamadou ZIAO

 

Hamadou Ziao

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  • SOURCE: L'inter
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