Situation socio-politique : Gbagbo très courtisé, la surprise qu'il réserve


02/03/2019
Situation socio-politique : Gbagbo très courtisé, la surprise qu'il réserve
Laurent Gbagbo observe les développements de l'actualité ivoirienne. Il n'a pas encore décidé de s'engager ouvertement aux côtés de Henri Konan Bédié.

Libéré sous conditions par la Cour pénale internationale, Laurent Gbagbo vit, depuis le mardi 5 février 2019, en Belgique, en attendant un éventuel appel contre son acquittement prononcé le 15 janvier.

L'ex-chef d’État n'a fait aucune déclaration depuis sa sortie de prison, vendredi 1er février. Pas plus qu'il n'a été aperçu sur aucune image contrairement à son compagnon de détention, Charles Blé Goudé, dont les photos ont récemment inondé la toile.

Laurent Gbagbo a beau opter pour un séjour discret dans son pays d'accueil, à Abidjan, il fait l'actualité : moins en raison des velléités de divorce d'avec Simone que lui prête une certaine opinion que de la cour assidue que lui font Henri Konan Bédié et Guillaume Soro.

Courtisans. Le premier, qui s'est défait d'une alliance de treize (13) ans avec Alassane Ouattara, s'active à mettre en place une plateforme censée contrebalancer le Rhdp unifié. Il espère ardemment avoir avec lui Laurent Gbagbo dont il a commenté, d'un ton enthousiaste, l'acquittement, à la mi-janvier 2019, sur la chaîne de télévision France 24 : « cette libération va nous permettre d'avancer sur la réconciliation ». Plus tôt, précisément, le 13 décembre 2018, dans une interview au même média, Henri Konan Bédié laissait entendre qu'il avait eu l'accord de Laurent Gbagbo pour discuter avec le Front populaire ivoirien (Fpi) du projet de plateforme. Mais dans la foulée, Assoa Adou, baron du parti socialiste, tempérait : « sur recommandation du président Laurent Gbagbo, nous devons discuter avec tous les partis politiques, sans exception. Le Pdci, certainement ses cadres, qui veulent aussi peut-être la paix, ont contacté des militants Fpi. Mais il n’y a aucun accord entre le président Laurent Gbagbo et le président Bédié ». Qu'à cela ne tienne ! Henri Konan Bédié est déterminé à avoir des discussions- même indirectement- avec Laurent Gbagbo dans l'espoir qu'il le rejoigne dans sa nouvelle plateforme. Une mission de bons offices du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (Pdci) de Henri Konan Bédié est annoncée en Belgique. Les émissaires de M. Bédié tenteront de convaincre l'ex-chef d’État de réunifier le Fpi, en proie à une division entre pro-Affi et pro-Gbagbo. L'information a été ébruitée par Maurice Kakou Guikahué, numéro 2 du Pdci, lundi 18 février 2019, au cours d'une rencontre à Sakua dans le canton Paccolo, dans la sous-préfecture de Gagnoa : « Indépendamment des messages que nous allons donner à Gbagbo, nous allons lui dire de recevoir son jeune frère Affi N'Guessan. Ils vont faire la paix pour que tout le Fpi soit un, pour que tous les Ivoiriens se rassemblent pour sauver notre pays. Si on ne fait pas ça, nous, on ne va plus exister».

Homme amer. Le second, Guillaume Soro, en crise ouverte avec Alassane Ouattara, qu'il accuse de l'avoir contraint à la démission de la présidence de l'Assemblée nationale, fait flèche de tout bois. Il ne se passe presque pas de jour, depuis ce 8 février, date de sa démission, sans que l'ex-leader estudiantin ne fasse une philippique contre le pouvoir Alassane Ouattara. « On ne dirige pas un pays dans l'arrogance », a-t-il proféré, lundi 25 février, à sa résidence d'Abidjan-Marcory, alors qu'il recevait une délégation du Gboklé. Autant il est amer avec le régime d'Alassane Ouattara, autant son discours à l'égard de Laurent Gbagbo, naguère son ennemi juré, est conciliant et souvent mielleux. De l'ancien président, il dit que ce dernier, nonobstant leur opposition à une certaine époque, savait lui donner de la considération : « Quand j'étais Premier ministre de Gbagbo, honnêtement, il m'a donné de la considération et du respect. Oui, on n'était pas d'accord. On était opposés sur la gestion de la Côte d'Ivoire. Je soutenais Alassane ; lui, n'était pas d'accord avec Alassane. Mais il me respectait en tant que Premier ministre de la République de Côte d'Ivoire. Gbagbo ne m'a jamais appelé « jeune homme ». Aujourd'hui, Guillaume Soro donnerait tout pour être reçu par Laurent Gbagbo : «Quand on va se retrouver, Bédié, Gbagbo, on va causer. C'est comme ça nous les Ivoiriens nous sommes. Nous ne sommes pas méchants. Les deux premiers jours, ça peut ne pas marcher mais le troisième jour, on va sortir avec les mains en l'air. C'est cela la Côte d'Ivoire».

Surprise. De son séjour belge, Laurent Gbagbo observe, attentionné, les développements de l'actualité ivoirienne et les invitations ouvertes à son endroit. L'un de ses visiteurs assidus, discret et respecté dans la grande famille socialiste, renseigne L'inter sur son état d'esprit : « la personne avec j'ai eu le privilège d'échanger est bien consciente des enjeux de l'heure. Laurent Gbagbo connaît tous les acteurs. Il observe que certains alliés d'Alassane Ouattara lui ont tourné le dos aujourd'hui. Ils sont porteurs d'un nouveau projet politique auquel ils entendent l'associer. Il est très réceptif au discours sur la réconciliation mais très peu disposé à s'engager dans une quelconque campagne politique ». Laurent Gbagbo pourrait surprendre plus d'un : aussi bien ceux qui le voient candidat à la présidentielle de 2020 que ceux qui misent sur son soutien franc pour défaire le Rhdp unifié dans les urnes. « Il reste accroché au contentieux de 2010 qui, de son point de vue, n'a pas été vidé. Par dessus-tout, il a aujourd'hui la satisfaction morale d'avoir été acquitté des crimes dont il était accusé. Pour l'heure, il ne souhaite pas s'engager dans quelque bataille politique que ce soit, même s’il n’y renonce pas pour de bon. Il estime que les germes d'un nouveau conflit sont présents. Tel n'est pas son souhait. Mais si la situation arrivait à dégénérer, il ne voudrait pas être associé à des troubles », détaille son confident.

Cette posture de Laurent Gbagbo expliquerait-elle qu'il hésite à engager le Fpi dans la plateforme initiée par Henri Konan Bédié ? C'est ici une forte probabilité. L'ex-chef d’État sait son soutien précieux à quelque dix-huit (18) mois de l'élection présidentielle. « Il se met, aujourd'hui, dans la peau d'un observateur », glisse la source. « Être observateur ne veut pas dire qu'il ne se réserve pas le droit de donner sa position à certains moments », tente de nuancer ce grand connaisseur de Laurent Gbagbo.

 

Kisselminan COULIBALY

 

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