Face à des populations, Soro livre des secrets, ses révélations sur Patrick Achi


02/03/2019
Face à des populations, Soro livre des secrets, ses révélations sur Patrick Achi
Guillaume Soro s'est réjoui de la visite que lui ont rendue des chefs traditionnels Akyé

L'ex-président de l'Assemblée nationale, Guillaume Kigbafori Soro, savoure pleinement sa "liberté". Il multiplie ses rencontres, aussi bien à sa résidence de Marcory résidentiel, que chez certaines hautes personnalités qu'il visite régulièrement.

Jeudi 28 février 2019, à Marcory résidentiel, dans l'après-midi, il a reçu les chefs traditionnels, le collectif de la jeunesse et les femmes de la région de La Mé. Guillaume Soro, qui venait de rendre visite à Pascal Affi N'Guessan, à Cocody les-deux-Plateaux Vallon, a reçu de nombreux présents de ses hôtes qui voulaient entendre de sa bouche, les raisons et les circonstances de sa démission de la tête de l'Assemblée nationale. Et, comme il l'a fait avec toutes les communautés qui l'ont rencontré, le député de Ferké a exprimé sa gratitude aux différents chefs de canton, aux chefs traditionnels et aux populations qui sont venus s'enquérir de sa situation, malgré « les menaces et les chantages ».

À l'écouter, en effet, des chefs coutumiers, qui s'organisaient pour venir le saluer et lui exprimer leur soutien après sa démission de la présidence de l'Assemblée nationale, ont été dissuadés de le faire. Aussi, a-t-il dénoncé « les menaces contre les chefs… ». Toutefois, il a salué la dignité du peuple Akyé et son sens de la loyauté. « Cette dignité, vous l'assumez avec fierté. Et c'est cela qui me plaît. Et ça, les gens ne comprennent pas », a fièrement déclaré Guillaume Soro, assis dans un fauteuil royal. Il a expliqué les conditions de son départ du perchoir, le vendredi 8 février 2019, au cours d'une session extraordinaire. « J'ai décidé de partir de la tête de l'Assemblée nationale, pour préserver mon pays, la Côte d'Ivoire », a-t-il soutenu. « J'ai voulu être libre, et aujourd'hui, je suis un homme libre. Aujourd'hui, je suis un homme libre, je voulais être un homme libre. Je ne voulais pas être obligé de militer au Rhdp parce que je veux garder mon poste de président de l'Assemblée nationale. Non. Je veux pouvoir choisir librement, et je ne veux pas être sous tutelle », a clamé le natif de Kofiplé (Sous-préfecture de Diawala), entouré de ses collaborateurs.

Il a rappelé les rapports qu'il entretenait avec l'ancien président, Laurent Gbagbo, qu'il a contribué à évincer, durant la crise post-électorale, assurant que « l'histoire est un témoignage et la vie elle-même est un enseignement ».

Il a expliqué comment Patrick Achi, l'ex-ministre Youssouf Soumahoro et lui, ont failli être chassés du gouvernement sous Laurent Gbagbo, à cause de leurs accointances avec l'opposition. Il s'est montré étonné de voir qu'aujourd'hui, il reçoit des menaces. Il a rappelé les actes qu'il posait pour saper le travail de gouvernance du régime de la Refondation. « Comme les gens ont tout oublié aujourd'hui… Oui, ils peuvent dire que je ne suis plus rien », a dit Guillaume Soro, visiblement déçu. « Moi, on m'a reçu », a révélé l'ex-chef de la défunte rébellion des Forces nouvelles, faisant allusion à une réunion pour plancher sur son éventuel départ du gouvernement, dans le cadre des négociations de paix. Il a expliqué que Kofi Annan, l'ancien Secrétaire général de l'Organisation des Nations unies (Onu), l'ex-président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, médiateur dans la crise ivoirienne, et le président du Gabon d'alors, Oumar Bongo, lui avaient proposé de jouer le rôle de Coordonnateur spécial chargé du désarmement de la rébellion, avec possibilité de gérer un budget considérable.

À l'écouter, il a refusé cette proposition, s'accrochant à son poste de ministre au sein du gouvernement. Il a souligné avoir fait preuve de combativité et de ténacité pour conserver son poste, et ceux de Patrick Achi et de Youssouf Soumahoro. « Voilà comment nous sommes restés au gouvernement, grâce à Bongo et à Compaoré », a-t-il déclaré.

Selon lui, « dans la vie, il n'y a pas que l'argent, il n'y a pas que les postes. Il y a l'amitié, la fraternité, la dignité. Et c'est ce que j'ai auprès de vous ». Tout en exprimant à ses hôtes du jour sa « gratitude » et son « attachement » aux chefs traditionnels venus en grand nombre jusqu'à sa résidence privée, Guillaume Soro a dit compatir à leurs douleurs, aux pressions qu'ils subissent à cause de lui.

Pour l'ex-chef du Parlement, les Ivoiriens devraient s'entraider, faire preuve de solidarité les uns envers les autres, au lieu de se combattre mutuellement. « On doit s'entraider, mais toi tu veux que ton frère ne soit rien, il faut l'écraser pour qu'il n'ait rien », a-t-il décrié. « Nous pouvons compter sur vous, mais sachez que vous pourrez compter sur nous. Je serai dans La Mé. Les menaces, les chantages, c'est pour un moment, mais ça passera », a promis Guillaume Kigbafori Soro.

Hervé KPODION

 

Encadré : Guillaume Soro prend conseils auprès d'Affi N'Guessan

Dans le cadre de sa tournée auprès des responsables politiques ivoiriens, un mois après sa démission de la présidence de l'Assemblée nationale, Guillaume Kigbafori Soro s'est rendu au siège du Front populaire ivoirien (Fpi), à Cocody les-deux-Plateaux Vallon, le jeudi 28 février 2019, pour échanger avec Pascal Affi N'Guessan. Le président du Fpi et député de Bongouanou sous-préfecture, et lui, ont échangé durant un long moment, en deux tranches de discussions, avant de sortir pour une adresse à la presse, mobilisée pour comprendre la démarche de Guillaume Soro.

« Je suis venu rendre une visite de courtoisie et de travail au président Affi N'Guessan. Je suis venu le voir en sa double posture de président de parti et d'ancien Premier ministre », a-t-il déclaré d'emblée. « Je me souviens qu'à Marcoussis, lui aussi a dû faire le sacrifice de son poste au nom de la paix pour la Côte d'Ivoire. Naturellement, dans un premier temps, je lui ai expliqué les circonstances de mon départ de l'Assemblée nationale, étant entendu qu'avant de briguer ce poste, j'avais sollicité son soutien, son vote et son accompagnement. Ensuite, je l'ai informé de la création, le 15 février 2019, du Comité politique, que je préside. Là aussi, j'ai souhaité ses conseils et son accompagnement. Enfin, je me suis adressé à l'ancien Premier ministre, moi-même en ma qualité d'ancien Premier ministre de la Côte d'Ivoire, j'ai souhaité que nous puissions nous retrouver, les anciens institutionnels, rapidement, pour essayer de faire le diagnostic et l'état des lieux de la nation », a-t-il souligné, notant qu'il a trouvé en Affi N'Guessan un interlocuteur accessible. « Sur l'ensemble de ces questions, j'ai trouvé un homme d’État disposé, disponible, qui a le souci de l’intérêt général. Ceci me réjouit et je souhaite encore rapidement que nous puissions nous retrouver, étant entendu que cette question a été abordée avec le président Bédié et le Premier ministre Banny », a indiqué Guillaume Soro.

Faut-il le noter, il a séjourné à Daoukro, chez Henri Konan Bédié, le samedi 23 et le dimanche 24 février derniers. M. Soro a également rendu deux visites à Charles Konan Banny, l'ancien Premier ministre, les mardi 26 et mercredi 27 février 2019, à la résidence de ce dernier, à Cocody Riviera-Beverly. Sauf changement, Guillaume Soro devrait rencontrer Daniel Ahizi Aka du Parti ivoirien des travailleurs (Pit), ce vendredi 1er mars 2019.

 

H. KPODION

 

Hervé Kpodion

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  • SOURCE: Soir info

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