Multiplication de partis politiques: Les manœuvres du camp Soro


18/04/2019
Multiplication de partis politiques: Les manœuvres du camp Soro
Guillaume Soro est le principal leader de tous ces mouvements qui se muent en partis politiques à quelque dix-huit (18) mois de la présidentielle.

Rassemblement pour la Côte d'Ivoire (Raci), Mouvement pour la promotion des valeurs nouvelles de Côte d'Ivoire (Mvci), Alliance pour le changement (Apc)...Les partis politiques proches de Guillaume Soro se sont multipliés ces derniers mois. Simple effet de mode ou bouillonnement politique ? Lumière sur une stratégie parfaitement étudiée.

Ce samedi 13 avril 2019, à Treichville, l'Union des soroïstes (Uds), un des nombreux mouvements de soutien à Guillaume Kigbafori Soro, annonçait, à la faveur d'une assemblée générale extraordinaire, sa mutation prochaine en parti politique. L'assemblée générale a fait droit à une requête des gouverneurs de région et superviseurs de département investis ce même samedi. Le président de l'Uds, Marc Ouattara, a appelé les représentants du mouvement à ratisser large dans toutes les régions du pays en prélude à l'élection présidentielle de 2020. L'ex-chef du Parlement sera le candidat de l'Uds à ces échéances. « Nous allons gagner. Il sera le candidat pour dire la vérité sur la situation des Ivoiriens », a signifié Marc Ouattara.

L'Uds vient grossir le nombre des partis politiques qui ont pour leader Guillaume Soro. Quelques mouvements soroïstes avaient déjà franchi le pas : le Mouvement pour la promotion des valeurs nouvelles de Côte d'Ivoire (Mvci) de Félicien Sékongo ; le Rassemblement pour la Côte d'Ivoire (Raci) de Kanigui Soro et, plus récemment, l'Alliance pour le changement (Apc) d'Alphonse Soro. A l'annonce de la transformation de l'Apc en parti politique, samedi 2 mars, dans un hôtel de Cocody-Riviera, l'ex-député de Karakoro tenait un discours qui ne laissait pas un seul soupçon de doute sur les objectifs du néo-parti : «  Guillaume Soro, c'est notre assurance en des lendemains qui chantent. Guillaume Soro, c'est le changement...Le moment viendra où le peuple de Côte d'Ivoire lancera un appel solennel et républicain, un appel patriotique à Guillaume Soro afin qu'il prenne toute la mesure de ses attentes légitimes. Nous irons, avec lui, à la conquête du fauteuil que certains convoitent dans l'ombre » (in L'inter du lundi 4 mars 2019).

Points communs. Les animateurs des partis pro-Soro ont bien quelques points communs. Ils sont tous des fidèles du député de Ferké : pour certains, depuis les années « Fesci » ; pour d'autres, la connexion s'est faite sous la rébellion dont l'ex-leader syndical fut le porte-étendard. Il s'agit de compagnons de longue date auxquels s'ajoutent de nouveaux sympathisants et de nombreux militants déçus du Rassemblement des républicains (Rdr). Dans le lot de ces partisans dévoués, quelques-uns ont fait les frais de leur soutien à Guillaume Soro : soit que le Rdr leur a refusé la candidature à des élections, soit qu'ils ont dû libérer le « tabouret » pour refus du Rhdp ou pour leur engagement sans bornes aux côtés de Soro.

Les animateurs de ces nouveaux partis ont un peu une communauté de destins. Mais pourquoi alors ne pas créer un seul et unique parti politique au service de l'ancien Premier ministre d'Alassane Ouattara ? Pourquoi superposer les partis et transformer, les uns à la suite des autres, des mouvements en formations politiques ?

Comme en 2002 ? Il s'agit d'une stratégie voulue par le camp Soro. Elle permet une certaine occupation non seulement de la sphère politique mais aussi du champ médiatique. Le procédé a quelque chose de similaire avec la rébellion des ex-forces nouvelles. Le mouvement politico-armé né en septembre 2002 a longtemps fonctionné comme une coalition de plusieurs groupes entités : le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (Mpci), le Mouvement populaire ivoirien du grand ouest (Mpigo) et le Mouvement pour la justice et la paix (Mjp). Ce sont plusieurs groupes, certes, mais qui n'étaient pas vraiment différents dans leur essence. A la table de discussions, cet effet de nombre se révélait bénéfique aux ex-Forces nouvelles puisque, du point de vue de la comptabilité, chaque mouvement était considéré comme une entité à part entière. Au sein de la Commission électorale indépendante, par exemple, on trouvait des représentants du Mpigo, du Mjp et Mpci. Dans la réalité, tout cela ramenait aux Forces nouvelles.

Appliqué au contexte politique actuel, il faut considérer que pour d'éventuelles discussions sur le processus électoral ou sur la création d'une quelconque plateforme, les partis pro-Soro auront, non pas une seule voix, mais bien plusieurs voix. De même, sur le plan médiatique, ils tenteront d'avoir une certaine prédominance.

« Ces partis, Apc, Raci, Mvci...se retrouveront plus tard, probablement, avant la présidentielle de 2020, dans un large creuset. Leurs chemins finiront par se croiser », croit savoir un conseiller discret de l'ex-chef du Parlement.

Le député de Ferké, plutôt que d'appartenir à l'un des ces nombreux partis politiques qui le prennent pour leader, a lancé, le 15 février 2019, à sa résidence abidjanaise de Marcory, un « Comité politique ». « Ce n’est pas un parti politique, c’est un outil qui existe pour participer à l’expression démocratique dans notre pays », s'échine-t-il à expliquer. Avec ce « Comité politique », Guillaume Soro a commencé à parcourir le pays profond dans une sorte de pré-campagne présidentielle. Et fait remarquable : il est soutenu par des animateurs de l'Apc, du Raci, du Mvci et de l'Uds.

Kisselminan COULIBALY

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