Gagnoa : Des parents de Gbagbo réagissent à l'appel de Fatou Bensouda

Goli Obou (chef de terre de Mama) : « Que Mme Bensouda réfléchisse encore... »
18/09/2019
Gagnoa : Des parents de Gbagbo réagissent à l'appel de Fatou Bensouda
Des parents de Gbagbo ont réagi à la décision de la procureure de la Cpi.

La nouvelle est tombée, Gagnoa est attristée. Deux de ses illustres fils, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, ne rentreront peut-être pas au pays avant 2020, année électorale. En décidant de faire appel, le lundi 16 septembre 2019, de la décision d’acquittement de l'ex-chef d’État ivoirien et de son dernier ministre de la Jeunesse, la procureure de la Cour pénale internationale (Cpi), Fatou Bensouda, a créé de la résignation et de l’inquiétude chez les populations de Gagnoa.

« Qu’elle réfléchisse encore, car cette décision crée plus de problème qu’elle n’en résout », a réagi Goli Obou, chef de terre de Mama (village de l’ex-président Laurent Gbagbo), joint par téléphone, une heure après l’annonce de la décision. Le chef traditionnel qui confesse ne pas comprendre grand'chose à la langue de Molière, invite la procureure à « avoir du respect » pour la Cour, car même si le droit lui permet d'interjeter appel, qu’elle sache que « acquittement en français veut dire liberté ».

Laconique, Tchiffy Botty Koudou, chef du canton Nékédi et chef de village de Blouzon (village maternel de feue Gado Marguerite, mère de Laurent Gbagbo), déclare : « nous, on regarde et on suit. C’est la politique, il faut laisser ça comme ça ». Quant au notable de Babré, un des quartiers phares de Gagnoa, Grobli Etienne, il affirme : « nous voyions la chose venir ». Selon lui, inquiets, « les gens veulent garder le monsieur (Laurent Gbagbo) jusqu’aux élections », parce que « le libérer maintenant, équivaudrait à libérer un lion enchaîné longtemps dans une cage ». « Le procès est fini et tout ce qui vient maintenant est politique », conçoit Grobli Étienne.

S’accrochant à son obligation de réserve, le président des chefs traditionnels du département de Gagnoa, professeur Gadji Joseph dit ne pas se prononcer sur les aspects juridiques et politiques. Avant de mentionner : « la décision du procureur s’impose à tous et on se tait ». Cela ne semble pas tout à fait le cas chez le président de la fédération des Ong de la région du Goh, Djédjé Christian. Il désapprouve la décision de la procureure, craignant dit-il, la naissance d’un autre conflit, alors que toute la classe politique fait des efforts pour aller à la réconciliation, notamment avec le meeting conjoint de l'opposition le week-end dernier. « Le pays est très fragile et le retour du président Gbagbo, qui est disposé à aller à la paix, devait apaiser les cœurs. Hélas, mille fois hélas », martèle M. Djédjé.

En sa qualité d'acteur de la société civile du Gôh, il invite le président Alassane Ouattara, à « peser de tout son poids » pour faire libérer et revenir au pays, l'ex-président Laurent Gbagbo. Au nom des Ong, il dit reconnaître que la Cpi est une structure qui a ses règles de fonctionnement propres à elle, mais il croit qu’une démarche officielle de l’Etat de Côte d’Ivoire, pour le retour de ses fils, au nom de la paix et de la réconciliation, permettrait sûrement à Laurent Gbagbo et à Charles Blé Goudé, d’être de nouveau à Abidjan. Si le président Gbagbo a pu prendre une loi d’amnistie en 2002-2003 pour la rébellion, le président Alassane Ouattara peut faire un geste pour la réconciliation, défend le responsable des droits de l’Homme du Gôh, selon qui, « rien n’est trop grand pour la paix ».

 

Abraham Sahié TOURÉ

Correspondant régional

1 | 2