Politique nationale / Soro veut mélanger les plans de Ouattara, la réponse du chef de l’État à l'ex-Pan


21/09/2019
Politique nationale / Soro veut mélanger les plans de Ouattara, la réponse du chef de l’État à l'ex-Pan
Guillaume Soro déplore que la Côte d'Ivoire court encore et toujours après une démocratie consensuelle, inclusive et apaisée.

Son message aurait la valeur d'un carton jaune, si l'on était dans le cadre d'un match de football où Guillaume Soro est l'arbitre. L'ancien président de l'Assemblée nationale, en disgrâce avec ses ex-compagnons du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp) a posté, sur sa page facebook, une déclaration commémorative du 19 septembre 2002. A cette date, la Côte d'Ivoire subissait une sanglante tentative de coup d’État qui s'est muée en une meurtrière rébellion.

Le message ne se limite pas à rappeler les événements douloureux de ce pan de l'histoire de la Côte d'Ivoire. Il dénonce surtout un déni de démocratie dans le pays. Soro se pose comme un justicier qui voit les acquis de ses actions héroïques foulés au pied, 17 ans après, et invite les autorités ivoiriennes à prendre toutes les dispositions pour rectifier le tir. « On occulte bien souvent que le 19 septembre 2002 s'inscrit irrémédiablement dans la trajectoire historique d'un pays en quête de légitimité démocratique. Un pays qui, 20 ans après le coup d'Etat de 1999, 26 ans après la mort du président Houphouët-Boigny, 29 ans après le retour officiel du multipartisme, court encore et toujours après une démocratie consensuelle, inclusive et apaisée (...) », fait-il observer. Et d'appeler à un dialogue autour de quatre points, notamment « un nouveau Code électoral conforme aux dispositions de la Constitution du 8 novembre 2016 ; une nouvelle Commission électorale indépendante ; le renouvellement de la liste électorale afin que le droit de vote de chaque citoyen ivoirien soit respecté ; et un nouveau découpage des circonscriptions électorales ». On retrouve ici les mêmes arguments ou presque qui ont été avancés par les acteurs de l'ex-rébellion de 2002 pour justifier leur expédition punitive contre le pouvoir d'alors. Faut-il y voir une mise en garde en douceur contre un autre 19 septembre ? En tout cas, pour Soro, « le 17ème anniversaire du déclenchement de la crise politique et militaire du 19 septembre 2002 nous donne, désormais, l'opportunité de rappeler à tous, à toute la classe politique, au pouvoir Rhdp et en premier lieu au Président de la République, la nécessité de construire et d'approfondir le débat politique. Un débat politique véritablement ouvert et inclusif ouvrira tous les champs possibles pour une vraie réconciliation nationale, réconciliation des cœurs, des territoires et des acteurs majeurs de la vie publique ». Une posture qui mélange, il faut le dire, les plans de Ouattara et du Rhdp, plutôt engagés à fond dans la reconquête du pouvoir en 2020. 

La position du président Ouattara. Sur ces questions soulevées par Guillaume Soro, et qui sont également contenues dans les points de revendications des partis de l'opposition, notamment le Pdci et le Fpi, le chef de l’État a une vision bien différente. Pour lui, apprennent certaines sources habituées des couloirs de la présidence de la République, le cadre de discussion existe pour régler ces différents problèmes.

L'épineuse question de la Cei qui divise tant la classe politique, a fait l'objet de discussions qui ont abouti à des avancées, même si celles-ci n'ont pas satisfait les attentes des principaux partis de l'opposition. Là où ceux-ci voulaient une reforme en profondeur, le pouvoir parlait plutôt d'une recomposition. Aujourd'hui, la mouture de la Cei est connue et il est question de pourvoir les différents postes en personnalités. Ce même cadre de discussions qui implique le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur devrait servir pour débattre des autres problèmes liés aux élections, notamment le découpage électoral, le code des élections et l'inscription sur le listing.

Pour le dialogue politique, le chef de l’État a créé un ministère spécial qui a eu quelques séances avec les acteurs concernés. L'opposition reste encore sur sa faim quant aux retombées. Mais le pouvoir brandit l'amnistie et la libération des nombreux prisonniers politiques, dont la plus illustre est Simone Gbagbo, l'épouse de l'ex-président ivoirien, comme des acquis du dialogue pouvoir-opposition. Il y ajoute le retour des exilés pro-Gbagbo dont des barons de l'aile dure du Fpi qui ont d'ailleurs repris les activités politiques.

En ce qui concerne la réconciliation, le régime estime, selon nos sources, que c'est un chapitre clos depuis la fin des travaux de la défunte Commission dialogue, vérité et réconciliation (Cdvr) que dirigeait l'ex-Premier ministre Charles Konan Banny. A tout le moins, il s'agirait d'un processus qu'on ne saurait limiter dans le temps, au point d'en faire un obstacle qui hypothèque gravement l'avenir du pays. Un tel état d'esprit est largement partagé dans les couloirs du palais d'Abidjan ainsi qu'au siège du Rhdp. Soro pourrait trouver ici les différentes réponses aux questions soulevées.

 

Hamadou ZIAO

 

Hamadou Ziao

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  • SOURCE: L'inter

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