A un an de la présidentielle : Gbagbo coincé, L’ex-chef d’État « mélange » les calculs de son camp


30/11/2019
A un an de la présidentielle : Gbagbo coincé, L’ex-chef d’État « mélange » les calculs de son camp
L’agenda de la Cpi ne paraît pas jouer en faveur de l’ex-chef d’Etat en liberté conditionnelle à Bruxelles.

La perspective d’un retour au pays pour Laurent Gbagbo s’est-elle drastiquement éloignée avec la dernière décision de la chambre d’appel de la Cour pénale internationale (Cpi) ? Dans le camp de l’ex-président, beaucoup semblent s’être résignés au calendrier de la haute juridiction et désespèrent de voir leur mentor jouer un rôle- peut-être celui de candidat- lors de la présidentielle d’octobre 2020. La décision rendue par la chambre d’appel, ce 26 novembre, si elle ne concerne qu’un point précis de la procédure à savoir la traduction, entraîne des conséquences évidentes sur l’avenir proche de Laurent Gbagbo.

Dans sa décision, la chambre présidée par le Nigérian Chile Eboe-Osuji, répond à la défense de l’ex-chef d’État qui a souhaité qu’un certain nombre de documents liés à la procédure soient traduits en français, première langue de M. Gbagbo et de son conseil principal, Emmanuel Altit. La chambre d’appel indique qu’une première traduction sera disponible d’ici à fin janvier 2020, et des versions successives seront fournies aux parties dans l'intervalle. La traduction intégrale améliorée ou révisée, quant à elle, sera prête au mois de juillet 2020. Juillet 2020 ? C’est une échéance qui paraît exagérément éloignée aux yeux des partisans de Laurent Gbagbo.

Le sous-entendu est que les juges ne se prononceront sur le fond de l’affaire- c’est-à-dire l’appel du procureur- qu’au deuxième semestre de 2020 dans le meilleur des cas. Or, la présidentielle en Côte d’Ivoire pour laquelle Laurent Gbagbo pourrait jouer un rôle se tiendra en octobre 2020. Certes, la discussion actuelle entre la défense et les juges se tient indépendamment de l’examen de la liberté totale de l’ancien président ivoirien, mais le simple fait que la décision finale des juges sur l’acquittement se profile, au moins, pour fin 2020, place le principal intéressé dans une situation inconfortable.

 Coincé. Non seulement, l’agenda de la Cpi ne paraît pas jouer en sa faveur mais, aussi et surtout, Laurent Gbagbo n’est pas avantagé par la position d’Abidjan. Les autorités ivoiriennes sont très peu favorables au retour de l’ancien chef d’État en Côte d’Ivoire et l’ont même exprimé d’une certaine façon. Fin octobre 2019, les deux avocats français de l’État de Côte d’Ivoire ont adressé une requête à la chambre d’appel de la Cpi. Il en ressort que les autorités ivoiriennes ne souhaitent pas que les juges donnent une suite favorable à la requête formulée par la défense de Laurent Gbagbo afin que ce dernier, acquitté en première instance, recouvre la liberté totale. Abidjan a demandé que la chambre d’appel l’autorise à développer ses arguments dans un document plus fourni.

Même en considérant que les juges de la chambre d’appel déboutent l’État de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo ne se tire pas totalement d’affaire. Pour (re) venir au pays, au cas où la liberté totale lui serait accordée, des contacts devraient être forcément établis avec les autorités nationales. C’est une autre bataille qui pourrait se jouer surtout que le fondateur du Front populaire ivoirien (Fpi) a été condamné en Côte d’Ivoire à 20 ans de prison dans l’affaire dite du «braquage» de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (Bceao).  

 Stratégie mise à mal. Les incertitudes sur le retour en Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo, avant fin 2020, gênent la stratégie de son camp, du moins les plus fidèles à l’ex-président. Cette stratégie suppose que le dirigeant socialiste soit de retour bien avant la présidentielle puisque ce sera lui le candidat du...Fpi. Moïse Lida Kouassi, l’ex-sécurocrate sous la Refondation, actuel vice-président chargé du projet de société au Fpi (pro-Gbagbo), lors d’un récent déplacement dans le Gôh, a fait cette sortie qui ne souffre d'aucune ambiguïté : « c’est Laurent Gbagbo ou rien. On n’a pas d’autre candidat. S’il y a des élections ici, il n’y a pas d’autre candidat. C’est Laurent Gbagbo, notre seul et unique candidat aux présidentielles. Qu’il soit venu ou qu’il ne soit pas venu, Laurent Gbagbo est notre candidat ».

Lida Kouassi s’exprimait devant des militants galvanisés, confiants dans le retour de Laurent Gbagbo. On peut considérer qu’il a écarté à dessein quelque plan B mais, à la vérité, la perspective d’un séjour prolongé de l’ex-chef d’État à Bruxelles devrait commander que la stratégie du camp Gbagbo soit réajustée. Le prédécesseur d’Alassane Ouattara, s’il ne parvient pas à revenir au pays, pourrait brouiller les calculs de ses fidèles. Ces derniers seraient confrontés à un choix cornélien : proposer une candidature autre que celle de Laurent Gbagbo ou lui réaffirmer leur indéfectible soutien en le proposant comme candidat ne serait-ce qu’à titre symbolique.

 

Kisselminan COULIBALY

 

 

 

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