Afrique du Sud : de l'apartheid à la xénophobie

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Publié le Source : L'inter
afrique-du-sud-de-l-apartheid-a-la-xenophobie (Photo DR)

Depuis le début de ce mois d'avril, un vent de xénophobie souffle sur l'Afrique du Sud.

Des ressortissants de pays africains, (Mozambicains, Somaliens, Zimbabwéens, Congolais, Burundais, Botswanais et autres), sont pourchassés, frappés ou tués, leurs maisons et petits commerces pillés. Ils sont nombreux, à avoir trouvé refuge dans des postes de police, des mosquées, et sous des tentes dressées par les autorités.

Pour celui qui connaît l'histoire de ce pays, dont la population est une mosaïque de races (Noirs, Blancs, Métis, Indiens, Asiatiques), la scène qu'offrent nos ''frères''(? ) sud-africains, est inconcevable, pour deux raisons historiques fondamentales. La première est naturellement la composition de la population sud-africaine, un véritable melting-pot. C'est ce brassage complexe de gens de toutes les couleurs venues d'horizons divers et parfois très lointains, qui a valu à l'Afrique du Sud, le surnom de ''Nation arc-en-ciel''. La deuxième raison, c'est le douloureux passé de ce peuple, qui a connu ce qu'on a appelé l'apartheid, la ségrégation raciale entre Blancs et Noirs.

Pendant 43 ans, de 1948 à février 1991, le gouvernement sud-africain a mis en place une loi imposant la séparation territoriale systématique entre les Blancs et les autres groupes ethniques du pays. Ce système inspiré du nazisme, interdisait les mariages mixtes. Bref, l'apartheid consacrait la domination de la minorité blanche sur les 3/4 des populations noir, métis ou hindou. Libéré depuis un quart de siècle de ce système abject, le pays de Nelson Mandela, le héros de la lutte anti-apartheid, est aujourd'hui dirigé par l'Anc, un parti à majorité noire. Ironie du sort, c'est sous ce pouvoir que des Africains sont aujourd'hui pourchassés et tués. Les violences xénophobes qui secouent Durban et qui se sont étendues à Johannesburg depuis le début de ce mois d'avril, ont déjà fait une demi-douzaine de morts et quelque 5000 déplacés parmi les ressortissants africains.

En 2008, de précédentes manifestations anti-immigrés africains ont fait une soixantaine de victimes. Les jeunes sud-africains, fers de lance de cette haine contre les ressortissants d'autres pays du continent, ont une moyenne d'âge de 30 ans environ. Ils n'avaient donc que 5 ans à peine. Quant prenait fin la discrimination dont leurs parents ont été victimes. Mais, ce sont les discours dont les aînés, notamment des hommes politiques, ont abreuvé cette jeunesse sans espoir, en proie à un chômage massif, qui ont servi de ferment à cette montée xénophobe. Est-elle amnésique, ou simplement de mauvaise foi, cette classe politique actuelle, principale responsable du sort de cette jeunesse et non ces immigrés qui travaillent à la sueur de leur front pour gagner leur pain, dans ce mirage d'eldorado sud-africain? Ils sont plutôt de mauvaise foi, ces gouvernants actuels, car ils n'ignorent pas que ces pays dont ils chassent aujourd'hui les ressortissants, sont ceux-là même qui ont offert hier le gîte et le couvert aux héros qui ont mené la lutte pour la liberté dont jouit l'Afrique du Sud de nos jours.

Le quartier général de l'African national congress (Anc) était à Lusaka, en Zambie. C'est dans ce pays que la branche armée du mouvement a été créée. Avant d'être au pouvoir aujourd'hui, Jacob Zuma a mené la lutte depuis le Swaziland, le Mozambique et d'autres pays voisins, tout comme l'ont fait avant lui, les figures historiques de l'Anc comme Nelson Mandela, Oliver Thambo, Walter Sisulu et bien d'autres. Lors des manifestations xénophobes de la semaine dernière, un Ethiopien a brandi son passeport, en criant son ras-le-bol: « c'est celui que mon gouvernement a offert à Nelson Mandela quand il est venu se réfugier en Ethiopie pour lutter contre le régime de l'apartheid ».

Charles d'Almeida

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