L'Observateur : Petite jalousie de l'oncle Sam à l'égard des amis chinois de l'Afrique

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Afrique & Monde

C'est par Addis-Abeba, la capitale éthiopienne et siège de l'Union africaine, que Rex Tillerson, le secrétaire d’État américain, a débuté le jeudi 8 mars 2018, sa tournée de six jours en Afrique.

Cette première visite officielle du chef de la diplomatie américaine sous l'administration Trump n'intervient que 14 mois après la prise de fonction de l'actuel locataire de la Maison Blanche. Rien d'étonnant, car comme le dit un proverbe africain, « Les pieds ne vont pas là où le cœur n'est pas » Dire donc, que le continent noir compte peu pour Donald Trump, est une lapalissade. Les propos peu amènes du chef de l'Exécutif américain à l'endroit des pays africains qualifiés de ''pays de merde'', le démontrent. S'était-il rendu compte de sa bourde, pour dépêcher son ministre des Affaires étrangères sur le continent ? De toutes façons, « l'eau versée au sol n'est plus récupérable », dit un autre proverbe africain. Le mal étant fait, dans l'expectative de cette visite, les Africains sont partagés entre curiosité, espoir mesuré et scepticisme.

Beaucoup avaient pensé que pour se faire pardonner son ''inélégance langagière'', pour emprunter ce terme au Professeur Urbain Amoa, le président américain aurait remis à son émissaire, un gros chéquier et un volumineux carnet de commande, pour signer à la ronde, prêts et contrats. Mais non, l'émissaire venu du pays de l'oncle Sam est plutôt venu dire aux Africains de se méfier de leurs amis Chinois : « Ils ne créent pas assez d'emplois, localement, ne forment pas assez les gens pour qu'ils participent davantage à l'économie de leur pays dans le futur ».

Tout en se défendant de leur donner des leçons, le secrétaire d'Etat américain invite les Africains à réfléchir par deux fois, avant de signer des contrats avec leur partenaire de l'empire du Milieu. Si c'était sur les bords de la lagune ébrié, que l'hôte américain était venu prodiguer ces conseils, l'homme de la rue d'Abidjan lui aurait rétorqué : « si tu ne peux pas m'arranger, faut pas me déranger ! ». La réponse de Moussa Fakhi Mahamat, le président de la Commission de l'Union africaine, n'était pas non plus mauvaise : « Je pense que les Africains sont suffisamment mûrs, pour pouvoir s'engager eux-mêmes, de leur propre gré, dans des partenariats qu'ils jugent utiles pour leur continent ».

Mais la meilleure réplique que le patron de l'Ua aurait dû donner à Rex Tillerson qu'il recevait au siège de l’organisation, aurait été celle-ci : « Savez-vous que cette imposante maison, qui vous accueille, est un don de la Chine ? Elle a coûté au contribuable chinois, la bagatelle de 200 millions de dollars, soit 100 milliards de Fcfa ! ». Les Américains ne sont pas les seuls à rougir de la générosité des Chinois vis-à- vis de l'Afrique. La presse française insinuait récemment que ce siège offert à l'Ua serait un cadeau empoisonné, car les donateurs chinois l'auraient truffé de caméras et de micros pour voir et écouter tout ce que font et disent les dirigeants africains.

Hormis toute polémique, ce sont les chiffres qui illustrent mieux l'état des relations sino-africaines. En 2013, les importations des États-Unis en Afrique dans le cadre de l'Agoa, étaient de l'ordre de 26,8 milliards de dollars (13.400 milliards de Fcfa), alors que la Chine était à 200 milliards de dollars (100 mille milliards de Fcfa). Depuis 2016, la Chine est devenue le premier investisseur étranger en Afrique. Selon le rapport du Financial Times sur les investissements directs étrangers en Afrique, publié en août 2017, la Chine a dépassé les Etats-Unis en terme de capitaux investis, en injectant dans les différents pays africains 36,1 milliards de dollars, (plus de 18 mille milliards de Fcfa), contre 3,6 milliards de dollars (1.800 milliards de Fcfa) pour les USA. La Chine a investi quinze fois plus qu'en 2015, où elle n'avait misé que 2,3 milliards de dollars (1.150 milliards de Fcfa).

Ce sont environ 10.000 entreprises chinoises qui opèrent actuellement sur le continent. La politique isolationniste de Trump et son manque d’intérêt affiché pour le continent noir risquent de creuser davantage l'écart entre les investissements chinois et américains. Rex Tillerson arrive sur un terrain d'Afrique où le géant asiatique a déjà pris une bonne longueur d'avance. Rien ne sert donc de courir, ou plutôt de discourir, il faut partir à point.

 

Charles d'ALMEIDA

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Charles d’Almeida
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