Cameroun/ Lutte contre Boko Haram : trois jeunes femmes dans le couloir de la mort


24/07/2020
Cameroun/ Lutte contre Boko Haram : trois jeunes femmes dans le couloir de la mort
(Ph.Dr).

Après six années en prison, trois jeunes femmes, accusées de complicité avec le groupe terroriste Boko Haram, doivent être jugées pour la première fois par un tribunal civil le 24 juillet 2020, dans le nord du Cameroun. Elles encourent la peine de mort. Leur avocat dénonce une erreur judiciaire, selon France 24

Marie Dawandala, Damaris Doukouya et Martha Weteya n’ont que 17 ans quand elles sont interpellées, en octobre 2014, dans leur village près de Mokolo, dans la région francophone de l’Extrême-Nord, au Cameroun, à un jet de pierre de la frontière nigériane. Elles sont accusées de complicité avec Boko Haram, le groupe terroriste qui sévit alors à l’est du Nigeria et dans les zones frontalières, dont l'Extrême-Nord particulièrement touché. Entre 2014 et 2017, 2 000 civils et militaires ont été tués et plus d’un millier de personnes ont été enlevées dans la région par le groupe jihadiste. 

Après plusieurs renvois, leur procès pour espionnage, appartenance à une bande armée et complicité d’insurrection doit enfin s’ouvrir le 24 juillet à Mokolo. Âgées aujourd’hui de 23 ans, elles encourent la peine de mort. Mais leur avocat, Me Nestor Toko, plusieurs associations et le réseau Ensemble contre la peine de mort (ECPM) mènent une campagne pour dénoncer une erreur judiciaire, une de plus dans une région du Cameroun où plusieurs centaines de prisonniers feraient face, selon eux, à la même injustice.

« Les autorités camerounaises ont mené une campagne de répression systématique pour montrer qu’elles pouvaient assurer la sécurité des citoyens mais au mépris des droits de l’Homme", estime l’avocat. "La présomption d’innocence est bafouée.

Selon lui, le procès n’est pas à l’abri de nouveaux renvois et il redoute que la procédure ne dure encore plusieurs mois. Marie, Martha, et Damaris, oscillent entre la peur d’être à nouveau condamnées à mort et le maigre espoir d’être un jour, peut-être, libérées et lavées de tout soupçon

Ces femmes ont fait presque 6 ans de prison sans avoir eu le droit à un procès équitable. C’est un châtiment sans jugement", assène l’avocat qui dénonce « le manque d’indépendance de la justic ». « On a fait de ces femmes des exemples dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ; aujourd’hui, leur vie est brisée », regrette-t-il.

« Les autorités camerounaises ont arbitrairement arrêté des centaines de partisans présumés de Boko Haram, dont beaucoup sans enquête approfondie, et les ont accusés de terrorisme, passible de la peine de mort », explique dans un communiqué Marie-Lina Samuel, coordinatrice du projet Afrique d’ECPM. Dans son rapport, l'ONG souligne la multiplication des procès inéquitables dans les dossiers de terrorisme dans ce pays d’Afrique centrale.

 

Alain Zadi (Stg)

Alain Zadi (stg)

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  • SOURCE: Linfodrome

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