Interview / Développement de San-Pedro

Le président du Conseil régional dévoile sa stratégie


17/12/2013
Le président du conseil régional de San Pedro, Beugré Donatien(Ph:B.G.)
A la faveur d'une mission dans la ville de San Pedro, le président du conseil régional de ladite localité, Beugré Donatien, a bien voulu nous recevoir pour parler de sa stratégie de développement pour cette région qui regorge de nombreuses potentialités économiques, tant sur le plan agricole que touristique. Entretien !

Dans quelles conditions avez-vous pris la tête du Conseil régional de San Pedro ?

Je dirais, dans de très bonnes conditions. Nous sommes passés par des élections, et elles se sont déroulées dans la paix. Les populations de la région de San-Pedro nous ont traduit leur confiance par un vote massif.

Quelle est votre appréciation par rapport à ce nouveau découpage administratif?

Le nouveau découpage comprend le département de San-Pedro, qui en est le chef-lieu, et le département de Tabou qui, initialement, était représenté par deux conseils généraux. Le président Alassane Ouattara, dans son souci de mettre en place des institutions fortes, a décidé de créer les conseil régionaux qui sont un outil élaboré pour répondre aux aspirations de la population. Mais, je dirais que c'est un découpage qui nous satisfait et qui satisfait la population, parce que nous sommes proche d'elle en un seul tenant.

Vous avez eu certainement le temps de prendre le pools de la situation, quels sont les défis à relever ?

Les défis sont énormes et vastes. Les priorités de nos populations sont de plusieurs ordres. Il y a les infrastructures routières, sanitaires, les équipements au niveau de l’hydraulique villageoise. Il faut leur apporter de l'eau potable, le réseau téléphonique, de l'électrification. Il faut également leur apporter de la richesse en termes de lutte contre la pauvreté pour les jeunes et les femmes. Les richesses aussi, en termes d'emplois des jeunes et des femmes. En un mot, il faut tout apporter.

Avez-vous une idée du coût estimatif pour la réalisation de ces projets au cours de votre mandat ?

C'est difficile à évaluer. Mais, dans un premier temps, il faut fonctionner avec une boussole que nous appelons ''le plan stratégique'' et qui est en train d'être mis en place. Mais déjà, on ne peut pas dire que pour équiper tous les villages en électricité, en entretien routier, en ouverture de pistes, pour apporter le bien-être... c'est énorme en terme de coût. Mais, nous fonctionnons par année, en termes de budget. C'est évident que le budget que l’État nous alloue n'est pas forcément suffisant pour faire face à tous ces besoins. C'est pour cela aussi que l’État de Côte d'Ivoire nous donne la latitude d'entrer en contact avec des bailleurs de fonds, des opérateurs privés. Il nous revient donc de faire preuve d'intelligence pour que nous puissions renforcer la manne financière que l’État nous apporte. Donc, en plus de l’État, nous devons compter sur l'extérieur, sur nos intelligences.

Comment comptez-vous mobiliser ces ressources additionnelles ?

En termes de stratégie, il faut déjà parler de ce qui est acquis. Je rentre d'une mission en Europe (Italie) où nous avons rencontré, plus précisément à Perouvia, des opérateurs privés dans le mois de novembre. Ces derniers sont arrivés, ils nous ont pratiquement suivi ici en Côte d'Ivoire. Et nous avons eu quatre types d'opérateurs qui sont arrivés. Le premier opérateur, c'est celui qui s'intéresse aux énergies renouvelables ; le deuxième opérateur est dans l'architecture ; le troisième, lui, intervient dans le BTP et le quatrième, s'intéresse au chocolat. Le dernier opérateur, celui intervenant dans le chocolat, envisage en décembre prochain, de créer une foire internationale de chocolat dans le pays, premier producteur de cacao, au monde. San-Pedro, en plus de sa zone portuaire et sa grande zone productrice de cacao est un véritable atout. Donc, nous avons vendu notre région et je pense qu'en décembre 2014, la première édition de la foire africaine du chocolat aura lieu ici à San-Pedro. Évidemment, cette foire aura des retombées économiques sur les opérateurs du cacao, mais également sur les autres opérateurs qui résident à San-Pedro. Parce qu'il y a un non-dit qui est qu'à terme, il est question de créer une unité de transformation de cacao ici à San-Pedro. Qui est également une entité de pourvoyeuse d'emplois. Je crois que ça répond à l'une de nos préoccupations, celles de résorber le taux de chômage dans cette région, d'apporter la richesse à nos jeunes et femmes. Les autres opérateurs ont également exploré nos différents villages. Ils envisagent, au niveau de l'architecture, d'utiliser les matériels locaux de construction des cases pour améliorer l'architecture même des cases, les rendre plus dures, et créer une certaine harmonie dans le village, au plan de l'urbanisme. C'est en quelque sorte pour nous aider à créer des villages modernes. Celui des énergies renouvelables, évidemment, va nous apporter de l'énergie solaire. Nous avons choisi, à cet effet, trois villages pilotes qu'ils ont visités et nous attendons leur retour technique pour que nous puissions lancer l'opération en 2014. Tout ça pour vous dire que nous sommes en chantier. Et il a fallu que l’État de Côte d'Ivoire me permette d'aller à l'extérieur pour que nous puissions déjà prendre ces contacts pour avancer.

Alors, parlant de cacao, il y a également une montée en puissance de l'hévéaculture. N'avez-vous pas d'inquiétude à l'horizon, surtout au niveau de l'insécurité alimentaire ?

Vous savez, notre rôle de facilitateur et de conseiller, est de sensibiliser nos parents. Il est vrai, il est important que nous puissions développer des spéculations dans notre région : cacao, palmier à huile, hévéa. Mais, il faut aussi mettre l'accent sur le vivrier. Et nous avons des projets pilotes que nous envisageons de mettre en place avec d'autres opérateurs qui vont arriver dans le premier trimestre de l'année pour développer les maraîchers et les vivriers. Parce que c'est bien qu'on fasse des spéculations, mais il faut qu'on mange. Il faut que notre population mange. On ne peut pas être producteur d'hévéa, de cacao, de palmier et puis aller acheter du riz à la boutique (excusez-moi de l'expression). Donc, il faut aussi que nous puissions développer ces maraîchers qui sont eux aussi pourvoyeurs de richesses pour les coopératives de femmes et aussi de jeunes qui voudront bien s'intéresser à la culture maraîchère. C'est pour dire que ça ne nous inquiète pas, il faut sensibiliser les populations. Notre rôle, c'est de leur parler en leur disant : ne faites pas que le cacao, ne faites pas que l'hévéa, ne faites pas que le palmier, mais faites aussi de la banane, du manioc, de la salade, etc.

Vous n'avez pas évoqué le volet touristique, qui est quand même un élément important ici à San-Pedro. Qu'est-ce qui est prévu dans ce domaine ?

Effectivement, nous avons de très belles plages, de très beaux sites touristiques. Mais, l'une de nos préoccupations, c'est de pouvoir ouvrir les voies pour faciliter l'accès à ces sites. Il faut que les opérateurs privés qui vont venir découvrir ces sites, puissent d'abord, en priorité, y accéder. Et pour ces plages, nous sommes en train de prendre contact avec les pays qui sont leaders dans le domaine du tourisme. Je citerais le Maroc, la France, l'Espagne et biens d'autres. Et les contacts vont être pris pour que ces pays puissent nous apporter aussi leur expertise. On a beau dire, et c'est vrai, que la richesse de San-Pedro est aussi le tourisme, mais il faut réellement qu'on exploite le tourisme. Ces belles plages que nous avons, il faut réellement qu'on puisse les exploiter pour qu'effectivement, San-Pedro devienne une destination mondiale. Ce n'est pas ambitieux, je connais les plages de certains pays, mais je pense que nos plages sont belles. Il faut les transformer maintenant en des sites qui attirent , en des lieux de loisirs, de vacances. Et tout ça demande aussi que des opérations économiques, sociales se fassent dans la région. Il n'y a pas que la mer, il y a aussi l’agro-tourisme. Avec la délégation italienne, nous avons fait une excursion qui nous a conduit à la plage Taki (San-Pedro), à Grand Béréby. Durant la traversée, nous nous sommes arrêtés dans une plantation de cacao, d'hévéa, pour que cette délégation voie ce qui produit le pneu qui permet à leurs véhicules de rouler. Pour qu'ils puissent voir les cabosses de cacao et qu'ils sachent que c'est à partir de ça qu'on arrive à faire le chocolat. C'est cela aussi l'agro-tourisme qu'il faut développer. On n'attire pas le tourisme que par la mer ; mais on peut aussi attirer le tourisme par tout ce qu'on a comme beauté dans la région.

On ne peut venir à San-Pedro sans évoquer la question de la Baie des Sirènes, qui est aujourd'hui fermée. Est-ce que vous avez une idée de ce que va devenir ce site qui a fait les beaux jours de la région ?

C'était un très beau site qui a connu ses moments de gloire. Mais, il n'est pas totalement fermé. Il y a encore une dizaine de chambres disponibles qui sont utilisées. La Baie des Sirènes ne fonctionne pas dans sa pleine potentialité. C'est un site qu'il faut rénover. Je ne vous cache pas, ce site est en vente. Il est important que que les opérateurs économiques s'y intéressent, qu'on le réhabilite et qu'effectivement, cela puisse donner aussi un regain à la région de San-Pedro, plus particulièrement à la commune de Grand-Bereby. A l'époque, la Baie des Sirènes employait plus de 120 personnes. Aujourd'hui, il n'y a pas plus de 20 employés.

On ne peut pas mettre en route des projets de développement sans un apaisement du climat social. Qu'en est-il à San-Pedro ?

La réconciliation fait son bon chemin. Depuis que nous sommes aux affaires, nous sommes conscient aussi que c'est quand on apprend à vivre ensemble et à se faire mutuellement confiance qu'on peut faire du développement. C'est un message qu'on transmet au quotidien. Notre manière même de faire est déjà un message à la paix et à la réconciliation. La préoccupation principale du préfet et des autres autorités de San- Pedro, c'est que la paix revienne de façon définitive. Ici, les foyers chauds qu'on a connus depuis trois ans relèvent maintenant du passé. Et rien ne devra nous empêcher de développer San-Pedro.

Êtes-vous en contact avec les cadres et fils de la région qui sont encore en exil, Klah Sylvanus notamment ?

Évidemment, quand on parle de paix, on ne peut pas dire ce qu'on fait sur la place publique. Je préfère ne pas m'étendre là-dessus. Le président de la République a demandé à tous les cadres et fils du pays à tous les niveaux de rentrer au pays. C'est ce message que nous relayons et nous attendons tous les frères à bras ouverts.

Entretien réalisé à San-Pedro par Bertrand GUEU

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Bertrand Gueu

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  • SOURCE: L'inter

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