Dettes intérieure et extérieure, appuis budgétaires, passation de marchés, chômage…

Ousmane Diagana (Banque mondiale) fait le point après un an: Il y a eu beaucoup de progrès, mais beaucoup reste encore à faire

Economie
Publié le Source : L'inter
ousmane-diagana-banque-mondiale-fait-le-point-apres-un-an-il-y-a-eu-beaucoup-de-progres-mais-beaucoup-reste-encore-a-faire Ousmane Diagana a expliqué pourquoi l'échangeur de la Riviera 2 a pris du retard. (Photo d'archives)

Le Directeur des Opérations de la Banque mondiale pour la Côte d'Ivoire qui couvre également le Burkina Faso, le Togo, le Bénin et la Guinée Conakry, Ousmane Diagana, a décidé de s'ouvrir à nous après un an en terre ivoirienne.

Dans le cadre de cette interview, il dresse le bilan de ses activités en Côte d'Ivoire et se prononce sur un certain nombre de sujets.

Un an après votre arrivée, quel est votre regard sur la situation sociopolitique et économique de la Côte d’Ivoire ?

J’ai trouvé en la Côte d’Ivoire, un pays avec une ambition forte: celle de réussir sa transformation économique et sociale. Ce que je retiens et que je vois au quotidien, c’est le fait que les autorités et tous les Ivoiriens mettent tout en œuvre pour que cette ambition soit réalisable. Pour ma part, je la trouve réaliste, tant l’engagement du gouvernement en faveur des réformes structurelles est fort. Les résultats, à cet égard, sont édifiants, comme l’attestent la stabilité macroéconomique qui a été totalement restaurée et les taux de croissance économique enregistrés, avec une moyenne d’environ 9% sur les 3 dernières années. S’y ajoutent un climat des affaires plus attrayant, d’où le classement de la Côte d’Ivoire dans le Doing business, et des indicateurs sociaux en progression. La Banque mondiale, l’institution que je représente en Côte d’Ivoire, a le devoir de l’accompagner pour la création davantage de richesses et pour leur distribution équitable entre toutes les couches socio-économiques du pays. En tant qu'institution de développement, notre travail et notre regard portent essentiellement sur les questions économiques, financières et sectorielles. Nous n’ignorons pas, néanmoins, que le développement économique est conditionné par la situation socio-économique d’un pays.

Partant de ce constat, quelle est donc l’évaluation que la Banque mondiale fait des Objectifs du millénaire pour le développement (Omd) en Côte d’Ivoire, alors que nous sommes dans l’année de l’atteinte de ces objectifs ?

La communauté internationale a défini les Omd en 2000. Tous les pays y ont adhéré. Coïncidence hasardeuse certes, mais 2000 marque aussi l’approfondissement de la crise que la Côte d’Ivoire a traversé et qui a duré plus d’une décennie. C’est dire que les 2/3 de la période de mise en œuvre des Omd en Côte d’Ivoire ont été marqués par une période d’exception, tant la crise a ébranlé les fondements de la société et de l’Etat en Côte d’Ivoire. Elle a touché les potentialités du pays et a impacté ses performances. N’empêche, des progrès ont été réalisés. Il en est de l’équité du genre dans l’éducation primaire, de la lutte contre le Sida, de l’accès à l’eau potable, de la protection de l’environnement ou de la coordination de l’aide et des activités des Partenaires techniques et financiers (Ptf). Même si des défis nombreux subsistent, sans cette évaluation, je préfère regarder le verre comme étant à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. On se doit, dans le contexte particulier du pays, de féliciter les autorités ivoiriennes sur les résultats obtenus.

L’atteinte de l’initiative Pays pauvres très endettés (Ppte) qui avait été présentée comme un élément de salut pour la population n’a pas produit l’effet escompté. Les Ivoiriens sont toujours dans l'attente.

L’initiative Ppte était nécessaire, voire indispensable. Auparavant, les budgets des Etats servaient principalement à rembourser les dettes, les services de la dette et le fonctionnement courant. Il n’existait pratiquement aucune marge pour le financement du développement. La donne a aujourd’hui changé. Le Budget 2015 de la Côte d’Ivoire le prouve à suffisance. Aujourd’hui, le pays dispose d’un espace budgétaire élargi qui lui permet de consacrer une partie importante de ses ressources à la reconstruction du pays, à la relance de son économie et aux financement des dépenses en faveur des populations les plus démunies. Cela n’aurait pas été possible sans le Ppte. Je comprends néanmoins l’impatience des populations, car les conditions de départ étaient très dures et le quotidien reste difficile. Mais, ce que je retiens, ce sont les efforts qui ont été faits et qui se traduisent aujourd’hui par le fonctionnement acceptable de nombre des secteurs sociaux : l’éducation, la santé, la couverture maladie universelle, ainsi que les perspectives favorable de certaines politiques dans des domaines de l’habitat social, de l’eau potable ou l’augmentation du prix d’achat du café et du cacao bord-champ. Notre devoir, c’est de veiller à ce que les efforts consentis par la Côte d’Ivoire s’intensifient notamment dans les secteurs clés sociaux, et qu’ils créent les conditions d’un accès équitable et de toutes les populations à ces services. Nous devons, en même temps, mettre à la disposition de la Côte d’Ivoire, les ressources nécessaires et l’accompagnement technique indispensable pour la réussite des programmes et des réformes qu’elle entreprend.

A peine le Ppte obtenu, la Côte d’Ivoire s’est lancée dans de nouveaux endettements. En plus de la sollicitation du marché national et régional, le pays se tourne aujourd’hui vers le monde avec des Eurobonds.

Je fais confiance aux capacités techniques des économistes et financiers de la Côte d'Ivoire. Je connais le sens des responsabilités des autorités ivoiriennes. Et, je n’ai pas de doute que tous les paramètres sont pris ou seront pris en compte, à travers des études et des évaluations qui sont faites, pour que la politique de l’endettement soit soutenable et de qualité. Il est clair que le financement de certains types d’investissement et de leviers pour soutenir l’agenda de la transformation structurelle et celui de l’émergence, requiert des choix forts et des financements conséquents. La communauté internationale, en particulier celle qui octroie des dons ou fait des prêts dits concessionnels ne dispose pas toujours des moyens requis, et dans le temps voulu, pour porter ces types de financements. D’où la nécessité pour les Etats de s’ouvrir davantage au secteur privé, de recourir à d’autres types de financements dits innovants et de rechercher des financements supplémentaires. Le plus important est que tout se fasse dans le cadre d’un modèle financier qui assure l’équilibre entre la nécessité de s’endetter aujourd’hui et la capacité à rembourser demain sans transférer sur les prochaines générations, un fardeau impossible à supporter. Mais, une fois de plus, j’ai confiance aux autorités ivoiriennes, je sais qu’il y a de très bons économistes et financiers en Côte d’Ivoire qui ont parfaitement intégré toutes les problématiques et pris les meilleures décisions pour leur pays.

L'apurement de la dette intérieure reste encore un pari difficile à relever par le gouvernement ivoirien ; les fournisseurs de l’État réclament à tue-tête le paiement de leurs différentes factures. Face à cette situation, que dit la Banque ?

Nous avons toujours considéré que l’apurement de dettes, surtout la dette intérieure, à échéance, est extrêmement important. Parce que ce sont les Petites et moyennes entreprises (Pme) qui créent la richesse et les emplois. Pour y parvenir, leurs activités ne doivent pas être contrariées par des questions de liquidité. Nous disposons de leviers pour aider l’Etat à faire face à ces engagements, à cet égard. Il en est ainsi des appuis budgétaires. Leur utilisation n’est assortie d’aucune condition à part celles de la transparence, de l’efficacité et de l’efficience. Je dois reconnaître que la Côte d’Ivoire a fait des efforts extraordinaires en matière d’apurement des arriérés. Elle a utilisé une approche qui me paraît très logique, en se fondant au préalable sur un audit afin de déterminer la matérialité et l’éligibilité de la créance. Il y a, évidemment, des procédures et des délais qui peuvent parfois être longs ou lourds, il faut voir s’il y a moyen de les assouplir ou les alléger davantage.

Quels sont les grands projets de la Côte d'Ivoire inscrits dans le portefeuille de la Banque au titre de l'année 2015 ?

Ida 16 (2010-2013), le guichet de l’association internationale de développement qui finance les pays à revenu faible, met à la disposition de ces pays, des revenus concessionnels qui s’apparentent à des dons. Pour la Côte d’Ivoire, sur une enveloppe de départ de 300 millions de dollars, c’est, au finish, 700 millions qui ont été mobilisés. Pour Ida 17 (2014-2017), un montant proche de 800 millions de dollars est prévu. Je n’ai pas de doute que nous mobiliserons beaucoup plus pour la Côte d’Ivoire. Les projets et programmes que nous supporterons, seront structurants et transformateurs, en cohérence avec la dynamique et le dynamisme actuels de l’économie ivoirienne. En clair, nous passerons des projets d’urgence à des projets de développement structurels et de lutte contre la pauvreté: infrastructure, transport, énergie, agrobusiness/ industrie, éducation pour l’employabilité, développement urbain et pôle de croissance...Nous poursuivrons les appuis budgétaires associés à des réformes profondes qui vont permettre à la Côte d’Ivoire elle-même de continuer à améliorer et renforcer son espace budgétaire. La Côte d’Ivoire est un grand pays qui est riche, avec des capacités réelles et une géographie favorable : les réformes structurelles lui permettront de mettre en place les conditions idoines pour générer les ressources permettant de soutenir son propre développement.

C'est souvent qu'on entend des populations bénéficiaires de vos projets se plaindre de ce qu'elles ne sont pas associées à l'élaboration desdits projets, et encore moins à leur exécution.

Cette question me donne l’occasion d’expliquer la nouvelle démarche qui existe au niveau de la Banque, parce que nous sommes en train de formuler notre nouvelle stratégie de partenariat avec la Côte d’Ivoire. Elle est précédée de ce qu’on appelle un diagnostic approfondi des questions et problématiques de développement au niveau du pays. Et cet exercice, nous l’avons fait de manière extrêmement participative. Nous sommes allés à la rencontre des Ivoiriens partout où ils se trouvent, de tous bords et quels que soient leurs secteurs d’activités. Les populations à l’intérieur du pays, les politiques au niveau de l’Assemblée nationale, au niveau du gouvernement, des opérateurs économiques, le secteur privé, les intellectuels, les chefs des partis politiques...C’est l’exploitation des informations reçues au terme de ces consultations qui est train de nous amener vers l’élaboration de la stratégie et des projets et programmes y afférents. Pour les projets qui existent ou qui sont en cours de préparation, c’est exactement la même démarche qui avait prévalu. Ils sont tous l’émanation des populations ou de leurs mandants. La Banque mondiale ne prépare pas et n’impose pas de projets ; elle soutient et accompagne les idées de projets des pays, de leurs États ou de leur population.

Comment sont négociés les montants alloués par la Banque à chaque pays ?

Pour ce qui concerne les enveloppes globales allouées aux pays, il y a tout un système de formules de détermination à l’intérieur de l’institution. Ce n’est pas le directeur des Opérations qui le fait. Nous faisons des notes régulières sur les performances pays en matière de gouvernance, de qualité des politiques publiques, de gestion du budget, de la qualité des politiques économiques ou sociales…La clé de répartition et le montant des allocations pays prend en compte ces appréciations. Mais, d’autres paramètres comme la taille du pays, le nombre d’habitants, l’état de fragilité de son économie ou de sa société entrent en ligne de compte. Une fois l’enveloppe globale déterminée, le directeur des Opérations, en lien avec les autorités nationales, procède à une réparation sectorielle ou par programme, selon la vision et les objectifs de la stratégie pays

On vous a entendu, souvent dans la presse, dénoncer des travaux qui ont été mal exécutés sur certains projets, en l'occurrence l'échangeur de la Riviera 2. Quelle suite a été donnée à cette critique formulée par la Banque ?

Ces travaux avaient pris du retard dans leur démarrage et leur mise en œuvre, pour des raisons diverses. Le choix de l’entreprise, la mise à disposition dans le temps des fonds…Tout cela a créé un certain nombre de désagréments qui sont finalement corrigés puisque le travail a été complété. L'ouvrage a été délivré avec le retard que nous connaissons. Il y avait aussi quelques problèmes au regard de la qualité dans la réalisation qui ont été identifiés souvent dans le cadre de nos missions, et des mesures correctives ont été envisagées puis exécutées. Je suis d’accord avec vous qu’il faut une évaluation plus approfondie pour éviter la répétition de telles situations, à l’avenir.

En tant que Directeur des Opérations de la Banque mondiale pour la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Togo, le Bénin et la Guinée, quels sont les pays les plus budgétivores ?

Tous ces pays sont dans l’espace ouest-africain, ils sont confrontés à des défis divers et font face à des problématiques communes. Néanmoins, leurs niveaux de développement ne sont pas toujours les mêmes en raison de facteurs historiques, géographiques ou naturels. Ce que nous essayons de faire en tant que directeur des Opérations qui couvre ces pays, c’est de partager avec chaque pays les leçons positives qui ont été enregistrées dans un autre pays. A contrario, nous faisons en sorte que les autres pays évitent les difficultés particulières qu’un autre pays a connues. Sachant que les niveaux de développement varient d’un pays à un autre, les niveaux de richesse potentielles ou réelles varient également d’un pays, à un autre. On essaie de prendre en considération ces paramètres pour essayer d’apporter notre contribution financière et notre expertise technique à chacun de ces pays avec simplement comme objectif de les aider à réussir dans leur combat contre la pauvreté

On peut, tout de même, savoir quel est le pays qui a l'enveloppe la plus consistante.

Cette comparaison n'est pas nécessaire. Ce qui importe véritablement, c'est qu'on crée les conditions pour que l'enveloppe mise à la disposition de chacun des pays soit bien utilisée et que ça se traduise par une amélioration des conditions de vie des populations. Pour y parvenir, un engagement en faveur des réformes est essentiel.

Depuis Abidjan, comment réussissez-vous à travailler avec les différents pays que vous couvrez ?

L'aéroport Félix Houphouet-Boigny d'Abidjan est un hub. Je peux quitter le matin pour aller à Ouagadougou et revenir le soir. D’ici, je peux visiter sans difficultés le Bénin, le Togo et la Guinée, c'est très facile. Nous sommes aussi à l'ère des nouvelles technologies de l'information et de la communication, me permettant donc, le cas échéant, d’utiliser des vidéoconférences pour entrer en contact avec mes équipes ou mes clients. Finalement, dans chacun des pays que je couvre, nous avons des missions résidentes, avec à leur tête des représentants résidents et en leur sein des équipes compétentes et dévouées.

Pensez-vous sincèrement que la position de la Côte d'Ivoire dans le classement Doing Business reflète la réalité du terrain ?

En tant que citoyen et surtout journaliste, vous êtes mieux placé que moi pour apprécier la position de la Côte d'Ivoire dans le classement Doing business. Les critères d'évaluation sont des critères très objectifs. Si la Côte d'Ivoire a le rang qu'elle a aujourd'hui, c'est parce qu'elle le mérite. C'est aussi parce que les Ivoiriens, que ce soient les chefs d'entreprises, les citoyens, ont donné leurs appréciations. L’exercice consiste, en effet, à collecter des informations auprès d'acteurs divers, sans aucune contrainte. Je veux considérer que c'est une réalité, au regard de la situation économique et du nombre d'entreprises qui cherchent à s'installer en Côte d'Ivoire ou qui se sont déjà installées. Tout n’est évidemment pas rose. Le secteur privé ivoirien reste handicapé par des lourdeurs administratives contraignantes et doit encore se battre pour accroître ses parts de marchés en interne comme en international. Mais, il faut savoir raison garder. Ce pays vient de loin, et donc quel que soit son potentiel et la volonté réformatrice qui existe, les résultats, on ne les obtient pas tous et en même temps. C'est l'élan qui importe et la capacité de créer les conditions pour que cet élan soit maintenu dans la durée.

Comment appréciez-vous la situation du chômage en Côte d'Ivoire, malgré le taux de croissance enregistré et les grands travaux qui ont cours dans ce pays ? Comment la Banque mondiale aide le gouvernement ivoirien à résorber le chômage ?

Il y a plusieurs façons de calculer et de déterminer le taux de chômage. Le Bureau international du travail (Bit) a ses critères pour calculer et déterminer le niveau de chômage dans un pays. Le pays lui-même peut intégrer d'autres paramètres et déterminer le taux de chômage. Tout comme on peut apprécier la question sous l’angle du niveau de productivité ou revenus tirés de l’activité qui est exercée. Donc, le débat sur le taux de chômage n’est pas que d’ordre statistique. Il est aussi économique, politique et évidemment social. Ce qui importe, de mon point de vue, c'est de continuer à soutenir les politiques et les stratégies qui permettent à l’économie de croître sur la base de politique vertueuse, avec une participation forte du secteur privé. Il faut également un investissement qualitatif dans les secteurs de l'éducation. Quand on a les compétences avérées et la technicité voulue, on répondra à la demande des entreprises qui cherchent d'abord à se développer et qui savent qu'elles ne peuvent pas se développer si elles ne s'appuient pas sur des ressources humaines compétentes. Évidemment, dans un pays comme la Côte d'Ivoire, il faut mettre un accent très particulier sur des secteurs qui peuvent être considérés comme de vraies niches de création d'emplois décents. L'agriculture en est un. Le secteur tertiaire dispose aussi d'un potentiel fondamental.

Votre rôle en tant qu'institution internationale, c'est d'aider au développement des pays. Qu'est-ce que la Côte d'Ivoire peut espérer de vous pour atteindre son objectif de pays émergent à l'horizon 2020 ?

Il faut avoir de l'ambition, de la volonté. Il faut définir un cap et se donner les moyens pour l'atteindre. Je crois que c'est ce que la Côte d'Ivoire a fait. La croissance est au rendez-vous. Tout le monde est en train de travailler très dur pour que le fruit de cette croissance soit partagé et ressenti par tous. Et, on doit également créer les conditions pour que cette croissance soit durable. L'émergence, c'est d'abord une forte croissance dans la durée, qui soit inclusive, et à terme permette à l'économie d’entretenir son propre développement ou son auto-financement. C'est ce qui est en train d’être amorcé en Côte d'Ivoire. En tant que partenaire de la Côte d'Ivoire, notre institution a le devoir, et je crois que c'est pareil pour les autres institutions financières, d'accompagner le pays à réaliser ce dessein.

La question de la passation des marchés en Côte d'Ivoire a beaucoup défrayé la chronique. Pensez-vous que le nécessaire a été fait pour assainir ce secteur ? Sinon, quel peut être le remède miracle ?

Il y a beaucoup de progrès qui ont été réalisés à ce niveau, il faut le reconnaître. Les indicateurs de marchés de gré à gré qui sont passés cette année, comparés aux niveaux qui étaient il y a deux ans, sont suffisamment parlants. C'est à diviser presque par trois ou quatre. C'est extrêmement important. Les délais de passation de marchés ont été réduits de manière significative. Les structures qui gèrent la question des marchés publics sont en train d'être renforcées. Je crois que c'est un élément fondamental et central dans la bonne gouvernance. Comment l'argent public est dépensé ? Quels sont les résultats que l'on a pu obtenir à travers ces dépenses ? Donc, des questions d'efficacité. C'est au centre des discussions que nous avons avec le gouvernement. Les gré à gré doivent demeurer une exception. C'est quelque chose qui n'est pas interdit. Les règles l'autorisent. Au niveau de la Banque mondiale, nous l'utilisons pour nos propres commandes, comme nous le faisons utiliser dans le cadre des projets que nous finançons. Mais, nous les encadrons à travers des critères bien précis. Les résultats démontrent que les structures en charge des passations de marché ont corrigé les problèmes qui étaient soulevés par le passé.

Mais, tout n'est pas, tout de même, rose en Côte d'Ivoire. Quels sont les secteurs identifiés par la Banque comme étant des secteurs problématiques ?

J'ai indiqué qu'il faut regarder le verre à moitié plein et non à moitié vide. Cela veut dire qu'il y a encore du chemin qui reste à parcourir. Si je prends le secteur de l'éducation, la Côte d'Ivoire a fait des progrès extraordinaires en matière d'accès et d'équité. Si je regarde le secteur de la santé, la Côte d'Ivoire a fait des progrès importants en termes de création des infrastructures, de formation du personnel et de prise en charge des maladies. La façon dont la maladie à virus Ebola a été gérée dans le pays a été impressionnante. Je sais, en revanche, que l'accès de tout le monde à un service de qualité dans le secteur de la santé pose problème. En ce qui concerne la question de l'alimentation en eau potable, je sais qu'il y a des déficits encore importants qui existent dans le pays. Mais, cela ne doit pas m'empêcher de mettre l'accent sur les progrès impressionnants qui ont été faits. Une fois de plus, pour un pays qui sort de plus de dix années de crise, nous devons mettre en exergue les progrès. En même temps œuvrer à ses côtes pour relever ensemble les défis nombreux et multiformes qui subsistent.

Dans quelques mois, la Côte d'Ivoire se prépare à aller à des élections, comment appréhendez-vous ces prochaines échéances en vue ?

Je souhaite que les élections se passent dans de très bonnes conditions pour la Côte d'Ivoire, pour ses populations et pour le continent. Les pays africains doivent arriver à démonter que les élections sont un élément de vitalité démocratique et non une occasion de conflit, de crise et de tension.

Réalisée par Irène BATH

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