Cherté de la vie

Me Ouattara Ahmed, président du Micom : ''La situation des consommateurs a empiré''


11/05/2012
Le président du Micom, Me Ouattara Ahmed ne décolère pas contre le gouvernement
Après des mois d’observation, le président du Mouvement ivoirien des consommateurs organisés et méthodiques(Micom), Me Ouattara Dougnimata Ahmed, a décidé d’interpeller le gouvernement sur les conditions de vie de plus en plus difficiles des Ivoiriens. Il explique dans cette interview, en quoi le gouvernement est responsable de la souffrance des consommateurs et propose des solutions.

La vie devient de plus en plus chère. Selon vous, que faut-il faire pour ramener l’ordre sur les marchés ?
Pour prendre des mesures adéquates sur la cherté de la vie, il est inapproprié de s’enfermer dans ses bureaux dorés pour agir. Il faut, dans le cadre du consumérisme, connaître les vrais acteurs. C'est-à-dire les commerçants et les associations de consommateurs qui sont sur le terrain. C’est un préalable à toute action régalienne qui se veut efficace. Hélas, nous sommes au regret de constater que tous les ministres du commerce qui se succèdent, adoptent curieusement la même attitude. C’est bien dommage.

Pourquoi voulez-vous que le gouvernement discute avec vous alors que ce sont les commerçants qui apparaissent comme les interlocuteurs directs ?
Nous sommes d’accord avec vous, mais notre rôle dans ce problème national est plus qu’essentiel. Voyez-vous, les commerçants qui sont sur la place sont des gens très puissants. Ils font donc la sourde oreille à chaque fois qu’ils sont mis à l’index quant à leur responsabilité dans la cherté de la vie. Il n’y a qu’une synergie entre le gouvernement et les vraies associations de consommateurs, qui peut les contraindre à baisser les prix.

Insinuez-vous que votre milieu est gangrené par de fausses associations ?
C’est un secret de polichinelle. Nous constatons depuis belle lurette que les différents gouvernements ont une tendance à s’acoquiner avec des associations fantoches qui s’affublent frauduleusement du titre d’associations de consommateurs. Ce sont ces pseudo associations qui ont droit de cité à la télévision et pourtant elles ne sont même pas capables de réagir et d’agir dans un cadre institutionnel. Nous constatons qu’il suffit qu’elles se fassent établir un récépissé dans des conditions qui prêtent à débat, pour se répandre ici et là. Nous au Micom, nous sommes une association légalement constituée et nous figurons dans le journal officiel de la Côte d’Ivoire. Cherchez les associations qui y figurent et vous comprendrez notre récrimination. Des ministres préfèrent ces gens malléables qui sont sans métier reconnu et les incrustent dans les différents conseils d’administration, au nom des consommateurs.

Quelle est votre analyse de la situation des consommateurs, un an après le changement de pouvoir d’Etat en Côte d'Ivoire?
On ne peut cacher le soleil d’une main. Rien n’a évolué. Les gens avaient accusé l'ex-président Laurent Gbagbo hier de ne rien faire pour le peuple, du moins pour les consommateurs. La seule évolution notable, c’est la libre circulation des biens et des personnes et la fin des violations des droits de l’homme. Mais Laurent Gbagbo est parti, la crise s’est accentuée, la pauvreté s’est accentuée et la situation des consommateurs a empiré. Pis, nous constatons l’éclosion d’une nouvelle génération de riches. Il n’y a aucun changement notable. Les gens ont trop vite fait de rêver. Pourtant, nous avions été les premiers, pour ne pas dire l’unique association de consommateurs, qui a appelé les Ivoiriens à se calmer parce que ce gouvernement venait d’arriver.

Mais ce pouvoir n'est en place que depuis un an seulement; il y a aussi les conséquences de la crise post-électorale à gérer...
C'est eux qui ont dit que Gbagbo avait créé une situation de désordre. Ils sont là depuis un an, qu’ils agissent parce que un an, c'est beaucoup. Qu’on arrête de tourner autour du pot et de distraire le peuple ivoirien qui est plus que mature après toutes ces années de crise. Pour baisser le coût de la vie, il y a une seule et unique décision à prendre, au lieu d’enlever 10 FCFA ou 25 FCFA sur le sac de riz. Cette mesure est une insulte au peuple ivoirien qui souffre depuis des années. Que le gouvernement prenne une fois pour toutes ses responsabilités.

En quoi faisant?
En agissant sur les coûts des produits pétroliers. On n’a pas besoin de sortir des cuisses de Jupiter pour le savoir et l’appliquer. Ces ministres qui sont dans le gouvernement ne le savent que trop. Dans l’opposition, ils avaient le même point de vue que nous. Comment se fait-il qu'aujourd’hui, ils aient oublié nos revendications communes sur les prix des produits pétroliers ? Le gouvernement doit prendre ses responsabilités pour diminuer les prix, un point, un trait. En 2007, lorsque le prix du baril de pétrole était à 107 dollars, on était ici à environ 550 F le gasoil. La flambée est partie de là. Mais il est arrivé que le baril soit à 80 dollars mais rien n’a changé ici. Aujourd’hui, il oscille autour de 104 dollars et les prix ne bougent pas. Pourquoi ? Qu’on arrête de nous infantiliser. En faisant cette action, le gouvernement aura les coudées franches pour menacer les commerçants qui prétexteront du coût du transport pour augmenter les prix des denrées. Sinon se borner à des actions dérisoires et chimériques est une fuite en avant. En outre, le gouvernement devra revoir sa politique de taxation. Parce qu’à vrai dire , les taxes sont la deuxième cause de l’inflation sur les marchés ivoiriens. Trop de taxes tuent le peuple. Tenez, sous Gbagbo, le port autonome d’Abidjan parvenait à faire entrer plus de 20.000 tonnes de marchandises. Nous en sommes à 16.000 aujourd’hui. Ce n’est pas la faute des dirigeants actuels du Port qui abattent un énorme travail, mais cela est dû aux taxes qui font fuir les investisseurs.

Le gouvernement actuel n’est il pas lié par son orientation économique ultra-libérale ?
Je ne le conçois pas forcément sous ce prisme puisque bien qu’étant des libéraux, les dirigeants actuels savent très bien qu’un dispositif légal leur permet d’influer positivement sur les prix des denrées de première nécessité. A moins que le ministre du Commerce ignore cette loi de 1991 sur la concurrence. Il suffit de diminuer les taxes sur les produits de première nécessité dont les produits pétroliers, et tout diminue par un effet boule de neige. Sous Gbagbo, lorsque vous garez votre véhicule dans une station service, c’est au moins 10 FCFA qui vous étaient prélevés pour les Forces de Défense et de Sécurité. Nous avons critiqué ce fait avec ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui, puisque l’armée jouit déjà de certaines prérogatives. Aujourd’hui encore, ces 10 FCFA sont prélevés. Pourquoi alors que les FDS n’existent plus. Il ne faut pas perpétuer ce qu’on a reproché au pouvoir précédent. Donc nous estimons que l’orientation économique du gouvernement actuel ne peut justifier qu’il ne puisse baisser les taxes.

Sur le carburant justement, quelles sont les relations du Micom avec les syndicats de transporteurs qui eux, semblent s’accommoder des prix que vous dénoncez ?Tout président du Micom que nous sommes, nous sommes Conseiller des responsables deux plus grandes structures de transporteurs de la place. Nous savons donc ce qui se passe dans ce secteur. En ce moment, les transporteurs ne sont pas contents mais quand ils se plaignent, des personnes malintentionnées interprètent leurs plaintes comme des projets de déstabilisation de l’Etat. Ce n’est pas normal. Comment ne pas donner du grain à moudre à ceux qui disent que certains transporteurs étaient manipulés par des hommes politiques? Parce qu’on ne peut pas avoir fait la grève sous Gbagbo et se taire, alors que ce pour quoi on a manifesté n’a pas changé d’un iota. Pour ma part, j’insiste sur les menaces que subissent les transporteurs qui veulent protester, menaces qui les obligent à se taire. Au Micom, nous projetons de rencontrer les transporteurs et ensemble, décider d’une grande manifestation en vue d’obtenir une diminution du prix du carburant. Nous comptons y associer les femmes du vivrier, qui éprouvent d’énormes difficultés à aller chercher les denrées alimentaires à l’intérieur du pays. Comment se fait-il que le prix du riz varie, qu’on soit à Korhogo où à Abidjan. Au surplus, nous entendons relancer la lutte contre le racket, qui n’est pas mort en dépit des mesures prises.

Réalisée par Franck SOUHONE




Franck Souhoné

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  • SOURCE: L'inter

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