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Fabrication d'ordinateurs en Côte d'Ivoire : le promoteur Dr Capo Chichi explique tout

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fabrication-d-ordinateurs-en-cote-d-ivoire-le-promoteur-dr-capo-chichi-explique-tout Dr Alain Capo Chichi, président du groupe Cerco. Ph CDM
Economie

Alain Capo Chichi est le président de l'Université Cerco, fondateur de l'usine de fabrication d'ordinateurs et de téléviseurs numériques ''Open'' à Grand-Bassam et le partenaire de l'Ansut dans le cadre de l'opération ''un étudiant-un ordinateur''. Dans cet entretien, il explique tout.

En votre qualité de maître assistant des Universités du Cames, quelle évaluation faites-vous de la formation en Afrique, aujourd’hui ?

J’ai écrit un ouvrage qu’on appelle «Quelle université pour quelle Afrique?» où le Conseil des ministres de l’enseignement supérieur m’avait appelé pour leur parler du problème lié à la massification des effectifs. Parce que le gros problème que nous avons aujourd’hui est celui de la massification des effectifs. C’est-à-dire que les effectifs doublent tous les cinq ans dans la plupart de nos pays. Et cela va continuer jusqu’en 2050. Le problème n'est pas conjoncturel mais structurel. Quand on parle de massification, il est question de comment former les étudiants, les enseignants qui doivent leur donner les enseignements et des infrastructures qui doivent les accueillir. Aujourd’hui, les Tics à travers les formations à distance, sont une alternative très importante. Ça ne résout pas tout le problème mais c’est une alternative qu’il faut prendre en compte. Ensuite, il y a toute la problématique d’insertion de ces diplômés, donc du suivi de leur formation et de leur insertion pour voir si les formations qui sont données en amont sont en adéquation réelle avec les besoins du marché.

Il se trouve qu’en Afrique, les défis que nous avons sont liés à la qualité de la formation mais également aux défis d’insertion des diplômés. Donc, il faut que les jeunes soient capables d’innover, d’entreprendre. Parce que lorsqu'on analyse l'économie et sa capacité à absorber les jeunes diplômés et en face le nombre de diplômés qui arrivent sur le marché, il n’y a non pas uniquement un problème d’inadéquation entre la formation et l’emploi, mais aussi un problème de surproduction de diplômés. Donc, il faut que les jeunes soient capables de créer leurs propres emplois. Il faut que l’Etat soit capable de réduire les équilibres entre les régions. Ce qui se passe jusqu'à une époque récente, c’est que l’Etat a toujours crée des universités mais dans les capitales ou dans les grandes villes du pays. Ce qui provoque l'exode de ces jeunes vers la ville et cause le problème de surpopulation des diplômés. Donc si les jeunes sont formés avec les technologies, ils peuvent retourner et être utiles dans leurs communautés, créer dans leurs communautés, tout en étant dans un village planétaire. Ça permet donc de créer même de l’emploi dans leurs communautés. Ce sont des problématiques sur lesquelles j’ai travaillées avec l'Uemoa et du Cames.

C’est ce qui explique donc la création de cette usine de montage ?

Oui. Effectivement, ce n’est pas une simple usine mais c’est une école- une usine-un incubateur. On parle d’informer, de former et de transformer. Ce n’est pas uniquement de former l’étudiant, mais le former pour qu’il transforme sa communauté. Quand il a des idées et qu'il a été formé, il rentre ensuite dans l’incubateur. Cette idée est transformée en produit et entre en usine pour être produite en quantité industrielle. Dans l’incubateur, il peut prototyper, partir de l’imaginaire pour réaliser un produit, son affaire.

L'ex-ministre Gnamien Konan a déclaré que le modèle école-usine-incubateur est celui dont l’Afrique a besoin. Pensez-vous qu'avec ça, le continent peut rattraper son retard de développement ?

D'abord, nous devons prendre conscience qu'il nous faut consommer local parce que la croissance ce n’est pas en Europe. Elle est aujourd'hui en Afrique. Ça veut dire que notre économie arrive à générer une valeur ajoutée, il faut savoir comment en profiter. Ce qui veut dire nous devons être capables de proposer des produits que les gens vont acheter. Le tout n’est pas de fabriquer un ordinateur, mais à quel coût ? Est-ce que c’est de qualité ? etc. Former nos jeunes et les disposer à observer dans notre environnement des problèmes auxquels ils apportent des solutions à travers des produits, c’est déjà un premier pas. Maintenant, il faut que l'État crée un écosystème autour de ces jeunes diplômés, parce qu’il ne suffit pas de créer une entreprise. Dans notre cas, si nous n'avions pas bénéficié du Vitib qui nous a accordé certaines exonérations, des banques et des structures qui ont accompagné, on n'aurait pas sorti le projet. Cela aurait été difficile également si on n’avions pas formé des jeunes. Je vois qu'en Côte d’Ivoire cet écosystème est créé parce qu'on sent une dynamique qui permet l'éclosion d'entreprise innovante.

Que fabriquez-vous concrètement ?

Dans le Vitib à Grand-Bassam, nous avons installé une unité de fabrication d'ordinateurs portables, de tablettes et de smartphones, de la marque Open qui une marque locale. Ça a été un long processus et aujourd'hui nous avons des ordinateurs qui sont montés dans cette usine. Au delà, nous avons travaillé aussi pour que le matériel soit accessible, qu'il coûte moins cher avec une garantie et toutes les normes de qualité que cela suppose. Nous avons été agrées dans le Vitib, ce qui nous permet au niveau de l’État de bénéficier d'un ensemble d'avantages. Par exemple, 0% de droit de douanes, 0% d’impôts. Également, après le lancement d'un appel d'offre, le Vitib nous a retenus pour l'exploitation d'une unité complète de production d'ordinateurs de bureau et de téléviseurs numériques, au delà des ordinateurs portables. Aujourd'hui, nous avons une capacité de production d’environ 400 ordinateurs par jour et dans six mois, après la finalisation de notre usine en construction, nous devons monter a 2000 unités par jour. Nous bénéficions d'environ 7000 m2 sur lequel nous sommes en train de construire une usine actuellement

Qui fabrique ces ordinateurs dans votre usine?

Ce sont les diplômés, des techniciens ivoiriens qui fabriquent ces ordinateurs. Ça participe à la réduction du taux de chômage et à la culture d'innovation en Côte d'Ivoire. Et ça, c'est vraiment important de le savoir. Lorsqu'on on consomme un produit qui vient de la Chine, des États-Unis, de la France et autres, je n'ai rien contre ces pays, les ressources repartent dans ces pays. Si l'État nous a donné des conditions nécessaires pour qu'on puisse ouvre ici à Bassam, c'est parce qu'on crée aussi des emplois et que ces jeunes qui travaillent vont devenir de grands leaders demain parce qu'ils pourront démystifier la fabrication de l'ordinateur.

Quel est le nombre d'emplois que vous comptez créer avec l'usine en construction ?

Aujourd'hui, nous sommes à un minimum de 100 emplois, mais nous visons près de 800 emplois. Quand nous disons que nous voulons monter à une capacité de 2000 ordinateurs par jour, ce n'est pas uniquement pour la Côte d'Ivoire mais toute la sous-région. Nous donnons des ordinateurs à 100 mille Fcfa, un prix qu'aucun autre constructeur international ne peut faire.

Vous allez bientôt inonder le marché de vos ordinateurs. Quels les bénéfices pour la jeunesse, en particulier les apprenants ?

La particularité de nos ordinateurs est qu'ils embarquent des ressources numériques. On sait que c'est important d'avoir un ordinateur mais c'est aussi bon d'avoir des ressources compte tenu des problèmes de connectivité que nous avons. En fonction de son statut, si la personne est un étudiant, un enseignant, un citoyen, un agent de santé et autre, on va lui fabriquer l'ordinateur qui lui convient, avec des applications spécifiques qui le concernent. Ensuite, on lui donne la possibilité de se reformer gratuitement pour avoir des compétences minimales pour mieux profiter de son matériel. On lui donne également un Sav assuré. Si la personne découvre que son ordinateur a un problème, elle n'a pas besoin d'attendre que le matériel retourne en Europe ou en Chine pour sa réparation. Elle a à proximité son Sav. À ce niveau, il 'est vraiment important de le souligner, nous sommes agréer par Intel dont le vice-président va venir demain inaugurer notre showroom. Nous avons aussi été agréés par Microsoft qui met surtout à la disposition des étudiants, vis a vis de notre partenariat, ses systèmes d'exploitation et des licences offices de façon gratuite. Tout ceci permet d’assurer une certaine collaboration pour une assurance qualité des produits que nous mettons sur le marché.

Avec l'Ansut, vous avez lancé l'opération «un étudiant, un ordinateur». De quoi s'agit-il?

Le chef de l’État a lancé en février 2015 le programme appelé «un citoyen, un ordinateur». Ce programme vise à doter 500 mille familles d'ordinateurs parce que le gouvernement a compris qu'aujourd'hui, avoir un ordinateur n’est plus un luxe. Ça participe véritablement à rendre accessible les technologies et permet d’accéder plus rapidement au développement. L'Ansut agrée un certain nombre de constructeurs et de produits sur ce projet. Nous sommes la première marque ivoirienne Made in Cote d'Ivoire à être agréée sur ce programme, ce qui nous permet de faire bénéficier nos produits aux familles. Nous lançons, dans le cadre spécifique de ce programme, une caravane du numérique qui touche essentiellement les écoles privées, parce que l'État a déjà lancé un programme qui concerne les écoles publiques. Dans le cas des écoles privées, l'État à travers l'Ansut a négocié avec les banques qui ont consenti des taux de crédit allant de 8 à 9 % au lieu de 12 % pour le client ordinaire. Elles ont également accepté de faire des prêts sur une période de 6 à 36 mois. De l'autre côté, l'Ansut fait une réduction sur le prix de l'ordinateur car elle prend en charge les 6,5 % liés à la taxe sur l'ordinateur. Microsoft, qui est également sur le programme, a offert gratuitement ses licences windows qui coûtent 139 dollars US et office 365 qui est à environ 79 dollars US.

Au total, cela fait 150 à 200 mille F.Cfa de réduction pour l'étudiant. Les étudiants ont donc deux possibilités pour payer, soit cash ou à crédit, les appareils. Pour un ordinateur qui coûte 100 mille Fcfa, si la personne paie sur 36 mois, cela équivaut à près de 100 Fcfa par jour. Ils peuvent payer auprès des six banques partenaires. Notre objectif à travers cette caravane est d'aller vers l'étudiant pour lui expliquer l'importance d'avoir un ordinateur, surtout avec le système Lmd où l'étudiant devient l'acteur de sa formation. Il doit prendre ses cours, rendre ses devoirs, faire leur mémoire, travailler en ligne, faire un ensemble de choses qu'on ne peut plus faire dans le système normal, sans ordinateur. En plus de leur proposer des ordinateurs, nous formons les étudiants et accompagnons l'école à travers la formation des enseignants dans la production des cours, de manière à mettre en place une culture numérique dans nos établissements.

Les premiers ordinateurs sont-ils déjà sur le marché ?

Les premiers ordinateurs sont rentrer sur le marché depuis le 9 juin 2016. Nous avions fait une expérience avec un école de la place, mais nous l'avons pas encore lancé vis-à-vis du public. Le 8 juin, nous avons fait l'inauguration de notre point de vente ouvert au public.

Comment se font les inscriptions pour le projet ?

Démarrée le 7 juin, l’opération s'étend au 8 juillet 2016 dans les établissements. Après quoi, les banques vont traiter les dossiers de demande de crédits. Ensuite auront lieu la formation puis la remise des ordinateurs aux intéressés. L’objectif est de permettre à chacun des étudiants d'avoir un ordinateur. Je demande aux parents de comprendre qu’un ordinateur n’est pas un luxe aujourd’hui. Il y a des pays comme la Finlande où les gens ont cessé d’utiliser le stylo à l'école pour écrire. C’est à l’ordinateur qu’ils tapent tout. L’étudiant qu’on veut former aujourd’hui est dans un monde qui devient un monde de mobilité. Il se déplace partout donc un ordinateur portable lui permet de l’accompagner. Nous travaillons à permettre que l’étudiant ait une connexion éducation moins chère qui accompagne ces ordinateurs. Les prix des ordinateurs que nous proposons sont pareils à ceux que les gens dépensent pour s'acheter un appareil d'occasion, mais que nous offrons neuf, avec une garantie.

Comment l'étudiant paie t-il l'ordinateur

Si l'étudiant n'a pas de compte bancaire, il a plusieurs possibilités. Une première où il paie cash la totalité ; une deuxième possibilité où il paie à crédit. A ce niveau, il paie d'abord les 60 % du montant de l'appareil et le reste à crédit. Pour cela, nous avons signé des conventions avec les établissements qui se portent garant pour l'étudiant. De l'autre côté, l'étudiant a un aval qui se porte garant pour rembourser, au bout des 18 mois du contrat, l'ordinateur et le reste de l'argent. Si l'étudiant n'a pas de compte bancaire, il peut payer par les services des opérateurs mobiles à partir de 100F par jour. En fait, on partage le risque avec lui.

Pour cette première phase, avez-vous ciblé un certain nombre d’étudiants?

On a déjà ciblé les écoles et rencontré les écoles dans lesquelles la campagne va se faire. Il y a une première étape qui concerne 106 écoles privées à Abidjan. L'objectif est d'aller à une seconde phase qui va concerner les établissements de l'intérieur du pays. Avec l’Union patronale des établissements privés de l’enseignement supérieur et le Resup-ci qui sont les associations patronales des établissements privés, nous avons travaillé pour sélectionner les établissements qui ont une culture. Parce que l’objectif non plus n’est pas de donner l’ordinateur à l’étudiant pour lui faire plaisir. Il faut que l’école aussi produise des ressources que l’étudiant va consommer. Ça veut dire que l’école a un site web, que le professeur va mettre des cours que l’étudiant va lire.

Dans ce sens nous avons formé, il y a six mois les écoles, principalement les administrateurs des réseaux pour créer des plates-formes dans les établissements. Aujourd’hui, il y a une deuxième phase qui va concerner les professeurs pour qu’ils puissent produire les ressources afin que les étudiants n'achètent plus des fascicules qui coûtent banalement 2500 F.cfa. Par dix professeurs, ça fait 25.000 F.Cfa qu'ils doivent débourser. En plus de ce fascicule, le professeur peut mettre d’autres ouvrages numériques sur lesquels l’étudiant peut directement travailler. Lorsque dans une école il y a 250 étudiants qui souscrivent à l’opération, Open y ouvre un serveur déjà configuré avec une plateforme qui permet à l’étudiant d’avoir accès directement à ses cours sur son ordinateur, une fois qu'il arrive à l’école. Mais l'étudiant bénéficie déjà d'un ensemble d’ouvrages qui sont disponibles sur son ordinateur. C’est vraiment bénéfique pour lui.

Qu’est-ce qui est fait pour les établissements secondaires et primaires qui souhaitent être associés à ce projet?

Avec les établissements techniques et professionnels, la Fenaplaci qui est l'association des établissements du primaire et du secondaire qui ont souhaité adhérer au projet, nous avons discuté et ce sera pour la rentrée prochaine. Parce que l’objectif aussi, c’est de faire un programme cohérent avec tout un système de service après-vente. Quand un étudiant a un devoir et que son ordinateur a un problème, il est bloqué. On ne vend pas seulement un ordinateur mais on vend une solution qui peut être une valeur ajoutée à la formation de l’étudiant.

Quel est le but visé par Dr. Capo Chichi à travers cette initiative ?

D’abord, c’est d’accompagner l’Etat qui connecter 500 familles. Deuxième chose, nous créons des emplois avec ce que nous faisons, nous amenons une technologie. Pour la plupart, nous sommes allés nous former en Europe, nous sommes revenus et nous voulons apporter quelque chose dans notre espace. Et arriver à mettre des ressources pour mettre en place une unité de montage, c’est dire qu’en terme de technologie en Afrique nous avons la capacité de monter sur place le matériel. Inclure les jeunes a pour but de créer une véritable culture d’innovation parce qu’Open ne créer pas seulement des ordinateurs. Nous fabriquons des smartwatchs, des objets connectés, des lampes. Nous fabriquons un ensemble d’équipements qui visent à créer une révolution numérique en Afrique. Je voudrais très sincèrement remercier les directeur généraux de l’Ansut et du Vitib ainsi que leurs équipes respectives qui nous accompagnés. De même que tous ceux qui nous ont aidés à effectuer ce lancement qui montre qu'il y a une Côte d'Ivoire qui gagne, une Afrique émergente.

César DJEDJE MEL

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César DJEDJE MEL
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