Orpaillage clandestin: Quand l’or menace le cacao et l’hévéa

Economie
Publié le Source : L'inter
orpaillage-clandestin-quand-l-or-menace-le-cacao-et-l-hevea Cette Plantation d’hévéa est détruite par l’orpaillage clandestin

Lutter contre l’exploitation clandestine de l’or, c’est en parallèle protéger l’économie agricole.

En effet, l’une des conséquences de l’orpaillage clandestin est la destruction des plantations, aussi bien de cultures vivrières que de cultures pérennes.

C’est le triste constat qui a été fait dans les localités du Sud-Ouest (Nawa, San Pédro), du grand Ouest (Guémon, Cavally,) et du Nord (Kabadougou, Folon, Bafing) par le ministère de l’Industrie et des mines au cours d’une mission effectuée du 21 au 27 juillet dernier. Cette tournée du ministère a permis aux autorités compétentes de toucher de près la question de l’orpaillage clandestin.

Il ressort du compte rendu de cette mission que le campement de Kouadiokro, situé dans la sous-préfecture de Gregbeu, dans le département de Zoukougbeu, est défiguré par une mine clandestine qui dévore sur son passage les plantations d’hévéa. Sur ce site, 3 à 4 lignes d’arbres sont « avalées » par les fosses creusées dans la plantation où les clandestins ont découvert le filon (roche souterraine dans laquelle se cache l’or et que les orpailleurs concassent de façon linéaire). En suivant cette roche sur plusieurs mètres, ils détruisent tout sur leur passage, mettant ainsi en péril la production du cacao et de l’hévéa qui sont cultivés dans cette localité.

Planteurs et propriétaires terriens complices

A Albertkro, un site d’orpaillage récemment recolonisé dans le département d’Issia, les champs de cacao ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. En dépit du prix d’achat du cacao fixé à 1000 F Cfa, Dédi Jean-Claude n’a pas hésité à donner sa plantation, qui est désormais une mine d’or. Mine qui attire des centaines de travailleurs qui lui reversent des ristournes journalières. « Le premier jour qu’ils (les orpailleurs, ndlr) sont arrivés, j’ai eu 270 000 F Cfa. On se débrouille ici parce que le cacao ne marche plus (sic) et l’hévéa a chuté », tente-t-il de se justifier. L’accord tacite ou explicite des populations riveraines fait donc le lit de cette exploitation minière qui échappe au fisc.

C’est bien le cas à Tabou, sur le site de Dibitown à la frontière du Libéria, en plein cœur des champs de palmiers à huile. Cette ancienne mine d’or a été reprise par les clandestins. Toutefois, avec la contre-offensive de l’Etat, le site a été déguerpi et les villageois (qui s’intéressent à l’activité) semblent comprendre la nécessité de se mettre en règle. Selon le commandant de la brigade de la gendarmerie de Tabou, plusieurs d’entre eux seraient intéressés par le permis d’exploitation tel que voulu par les autorités minières. Cette gangrène qui s’est longtemps développée avec la bénédiction des planteurs et propriétaires terriens, comme l’a reconnu le ministre de l’Industrie et des mines, Jean-Claude Brou, a alimenté 429 sites au total. Des sites désormais déguerpis.

La régulation de l’orpaillage artisanal

Pour mieux encadrer l’exploitation minière artisanale, le programme de rationalisation prévoit la régulation de l’activité. Il s’agira d’octroyer des autorisations artisanales ou semi-industrielles aux demandeurs « ayant présenté un dossier en règle vis-à-vis de la réglementation minière en vigueur ». Les demandeurs autorisés bénéficieront de cartes d’exploitants miniers, et leurs travailleurs de cartes d’ouvriers miniers. Outre la fiscalisation de leur activité, l’Etat entend s’assurer des mesures sécuritaires appropriées. Il s’agit notamment du pendage optimum et de la profondeur limite des excavations. Des mesures qui permettront d’éviter les éboulements comme rapporté sur les différents sites visités.

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