Remboursement des souscripteurs des sociétés d'Agro-business :Innocent Gnelbin (Président de 2Idé) dit des vérités crues

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Economie

L'Initiative ivoirienne pour la Démocratie et le développement (2Idé) est une association de la société civile, un groupe de pression de masse. Le président de cette association, Innocent Gnelbin, qui a décidé de défendre la cause des souscripteurs des sociétés d'agro-business, donne son point de vue sur l'opération initiée par l'État de Côte d'Ivoire, en vue du remboursement desdits souscripteurs.  

 

Quels sont les objectifs assignés à votre association ?

 

Nous existons depuis septembre 2014. Nous sommes aux côtés des populations dans leur lutte quotidienne pour le bien-être, pour la démocratie, pour les libertés et l'égalité des chances. Nous avons été aux côtés des populations déguerpies sans mesures d'accompagnement ; nous avons été aux côtés des fonctionnaires dans leurs différents combats. Aujourd'hui, nous sommes aux côtés des investisseurs indépendants de l'agro-business. Quand nous approchons un secteur en lutte, nous estimons que ces populations sont dans leurs droits. Nous estimons qu'il faut leur apporter un soutien. Nous sommes aux côtés des souscripteurs des sociétés d'agro-business, parce que nous disons qu'ils sont lésés par les décisions prises par les pouvoirs publics. Nous savons les réalités sociales qu'ils vivent depuis que les pouvoirs publics ont pris cette décision. Nous estimons que les populations ont droit aussi au bien-être. Une croissance ne doit pas être seulement une croissance de chiffres. Il faut qu'elle soit une réalité vivante, une réalité du bien-être des peuples. Nous estimons que l'État de Côte d'Ivoire a favorisé cette souscription massive de populations à l'agro-business. Nous soutenons aussi les travailleurs des maisons de l'agro-business pour qu'ils puissent conserver leurs emplois. Nous sommes aussi, aux côtés du modèle économique qui a été fait, parce que ce modèle est producteur de richesses.

Parlez-nous un peu de ce modèle économique !

 

Le modèle économique de l'agro-business, c'est la création de champs, c'est la levée de fonds par un système existant dans le monde qu'on appelle le financement participatif. Ça peut être une alternative du financement de notre économie. Les Ivoiriens, au lieu de continuer dans leurs épargnes classiques et improductives, acceptent de retirer cette épargne pour la mettre au service du financement participatif et de la création de champs.

Quel est l'impact de la suspension des activités de ces sociétés d'agro-business ?

 

La suspension des activités d'agro-business jette les populations dans des situations difficiles. A l’approche de ces réalités, vous vivez une souffrance avec les populations qui sont en train de tout perdre. Des veuves ont pris le peu qu'elles avaient et ont investi dans l'agro-business, en espérant avoir des fonds additionnels pour pouvoir mettre en œuvre une activité. Une dame nous disait récemment qu'avec ce système, elle a pu lever des fonds pour inscrire ses enfants dans les grandes écoles. Aujourd’hui, elle n’a plus d’argent pour payer la scolarité de ses enfants. Des chefs d’entreprises ayant des difficultés pour lever des fonds pour soutenir leurs entreprises, sont allés trouver une solution dans l’agro-business. Et cet argent est bloqué par l’Etat de Côte d’Ivoire. Vous ne pouvez pas imaginer la situation quand des milliers de corps habillés ont pris de l’argent au Fppn (Fonds de prévoyance de la police nationale ndlr), et aujourd’hui, sont en train de rembourser ces dettes, sans avoir des capacités réelles de pouvoir le faire. Je ne sais pas si l’Etat se rend compte de la crise sociale qui couve. Les Ivoiriens sont désorientés dans tous les secteurs d’activité et à tous les niveaux. C’est plus grave qu’on ne le pense. Quand on est un Etat, on cherche à regarder le fond des problèmes avant de prendre des décisions.

Quelles sont les actions concrètes que vous avez menées aux côtés des souscripteurs ?

Il était important que les autorités ivoiriennes puissent se saisir du fond du problème. C’est pour cela qu’avec le Syndicat des investisseurs indépendants de l'agro-business de Côte d'Ivoire (Siiab-Ci), nous avons élaboré un livre-blanc qui permet de saisir la quintessence du problème que nous sommes en train de défendre aujourd’hui. Nous l’avons envoyé partout, dans les officines nationales et internationales. Et de plus en plus, les gens commencent à se saisir véritablement du problème.

Ce combat n’est-il pas perdu à l’avance, dans la mesure où le gouvernement a lancé une opération de recensement des souscripteurs ?

Le combat ne peut pas être perdu, parce que c’est une réalité sociale de fait qui existe et qui existera. Bien au contraire, ce que le gouvernement fait, c’est du dilatoire qui va le rattraper. C’est une crise qui va le rattraper. Le document du Trésor public qui montre comment ces populations recevront un peu de leur capital n'est pas fiable. Dire que celui qui a déjà reçu un Retour sur investissement (Rsi), n’a plus droit au capital investi, qu'est ce que cela veut dire ? Quand on sait que des personnes ont réinvesti tout leur argent, on fait comment ? Quand on dit que si on ne trouve pas de l’argent dans le compte de l’une de ces entreprises, ce que l’État veut faire croire, les souscripteurs de ces entreprises ne recevront pas leur capital, ça veut dire tout simplement que beaucoup de personnes ne recevront pas leur capital. Quand on dit des entreprises dont on a trouvé un montant en deçà du capital investi, que les souscripteurs seront remboursés au prorata de ce qu’ils ont investi, ça ne veut rien dire. L’Etat a voulu faire comprendre au niveau international que le milieu des affaires en Côte d’Ivoire est assaini en créant un Tribunal de commerce d'Abidjan (Tca). Mais aujourd’hui, à quoi sert le Tribunal de commerce ? L’Etat vient piétiner ses prérogatives. Finalement, on se pose la question de savoir si on est dans un État de norme ou un État de droit. On se pose beaucoup de questions. On applique le droit quand ça nous arrange, et on n’applique pas le droit quand ça ne nous arrange pas.

Vous menez un combat pour des gens qui ont commencé à se faire enrôler pour le reversement de leur capital. N’êtes-vous pas en train de prêcher dans le désert ?

Justement, c’est ce que l’Etat de Côte d’Ivoire veut nous faire croire. Et, ce n’est pas joli. Nous avons les chiffres du premier jour de l’opération d’enregistrement. Dès la fermeture des bureaux, au lieu de 5 000 personnes annoncées par le Trésor public, je vous informe que c’est 523 personnes qui se sont inscrites le premier jour, à Abidjan comme à l’intérieur. Le gouvernement est dans une forme de fétichisme de chiffres, dont on ne comprend même pas l’intention. Les souscripteurs des sociétés d'agro-business ne vont pas s’inscrire. Ce qui est bien dans ce combat que nous menons, c’est que ceux qui sont en train de recenser les souscripteurs, sont aussi des souscripteurs. Chaque jour, on a le point de l'opération d’enrôlement. C’est justement parce que les autorités ivoiriennes savent que l’argent qui est dans les comptes, elles ne peuvent pas le toucher, qu’elles sont en train de faire tout ce dilatoire. Ce n’est pas sérieux de dire qu’il y a 36 000 souscripteurs inscrits, à ce jour. Le mode opératoire tel qu’il est fait, personne ne peut voir ça et aller se faire enrôler. J’ai un sms de Monhévéa.com qui a confirmé encore à ses souscripteurs qu’ils seront remboursés. Les entreprises d'agro-business n’ont pas que 24 milliards de Fcfa sur leurs comptes, elles ont plus de 250 milliards de Fcfa sur leurs comptes. Les autorités ont déclaré 36 000 souscripteurs, pendant qu’on parle de 232 000 souscripteurs dans le monde.

Quelles sont les actions envisagées pour arriver au bout des attentes des souscripteurs que vous défendez ?

Tant que les souscripteurs restent mobilisés autour de leur Syndicat, le Siiab-Ci, 2Idé est prêt à les accompagner dans cette lutte. Nous sommes à leurs côtés pour les conseils afin qu’ils puissent avancer dans leur combat.

 

Vous demandez aux souscripteurs de ne pas aller se faire recenser. Si dès lundi 27 février 2017, il y a effectivement des opérations de remboursement, n'aurez-vous pas eu tort ?

 

On ne peut pas porter sur nous le cas de conscience que doit porter et va porter l’État de Côte d’Ivoire, parce qu’on n’affame pas sa population, on ne détruit pas les gens. D’ailleurs, quand ils vont commencer à payer les gens le lundi, vous verrez qu’il y aura plus de recommandations qu’avant. Tout le monde se rendra compte que c’est du dilatoire que l’État est en train de faire. Si jamais il s’amuse à payer dès lundi, ça sera un acte grave. Qu’est-ce qui leur donne le droit de toucher des comptes gelés. Ils ont mis en place une administration civile ? Qu’est-ce qui leur donne droit ? Y a-t-il eu un acte juridique qui permet qu’ils fassent cela ? Même, aujourd’hui, les banques se demandent comment elles vont remettre cet argent à l’État pour qu’il fasse les remboursements. Parce qu’elles savent bien que si elles posent ce pas, elles seront poursuivies par les chefs d’entreprises. Donc, ça n’a pas de sens.

Quels chefs d’entreprises, puisqu'ils ont tous fui ?

Je vous informe que certains chefs d'entreprises ont envoyé leurs avocats qui sont là. Il y a présentement des avocats de chefs d’entreprises d'agro-business qui sont là. Il y a deux entreprises qui ont envoyé des avocats. Je pense que ces entreprises vont communiquer, les jours à venir, la présence de leurs avocats. Je voudrais interpeller le gouvernement. C’est eux qui ont été élus par les Ivoiriens. Et comme tel, on tient compte de toute cette population quel que soit ce qu’on peut leur reprocher. Mais, venir dire à la face de la Nation que ceux qui ont investi sont des fainéants, c’est extrêmement grave et inacceptable. On ne peut pas dire à un pauvre ou à une veuve, qui a trouvé comme voie, ce financement participatif pour avoir un peu d’argent, qu’elle est fainéante. On ne peut pas faire l’injure aux gens qui ont travaillé pendant des années pour pouvoir avoir de l’épargne et prendre cette épargne pour la mettre au service de l’économie nationale en disant qu'ils sont fainéants. On ne peut pas dire des gens qu’ils sont fainéants lorsqu’ils investissent dans quelque chose qui contribue à l’économie réelle. Je demande aux souscripteurs de garder leur calme et leur sérénité parce qu’au bout de l’effort, ils auront leur Rsi, l’histoire est aussi un témoignage.

 

Irène BATH

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