Projet de migration vers la Tnt en Côte d'Ivoire : Pourquoi ça coince


21/09/2017
Projet de migration vers la Tnt en Côte d'Ivoire : Pourquoi ça coince

La Côte d'Ivoire, à l'instar des autres pays – africains pour la plupart – a décidé de passer de la télévision analogique à la Télévision numérique terrestre (Tnt). Et ce conformément au délai indiqué par l'Union internationale des télécommunications (Uit) : 17 juin 2015 pour les diffuseurs en bande Uhf et 17 juin 2020 pour les télévisions diffusant en bande Vhf, dont fait partie la Côte d'Ivoire.

Après le premier signal émis en juin 2015, il y a de moins en moins de communication sur l'évolution du projet en Côte d'Ivoire. Que se passe-t-il ? Éléments de réponse dans ce dossier.

«Le premier test d’émission, de transmission et de réception Dvb-72 a été effectué le 25 juin 2015 avec succès à partir du centre émetteur d’Abobo, confirmant la détermination de la Côte d’Ivoire à migrer vers le numérique dans les meilleurs délais», indiquait fièrement un communiqué du Comité national de migration vers la Télévision numérique terrestre (Cnm-Tnt). Plus de deux ans après cet essai, c'est ''silence radio'' sur le projet de migration vers la Tnt en Côte d'Ivoire.

Or, si l'on s'en tient aux propos du ministre en charge de ce département, Bruno Nabagné Koné, le basculement anticipé (phase pilote effectuée en juin 2015, ndlr) vise à donner à la Côte d'Ivoire ''une avance importante par rapport au délai de migration de la bande Vhf fixée à 2020''. C'était une fierté nationale qui a valu au pays des félicitations de l'Uit, qui a même tenu un Forum régional en terre ivoirienne du 18 au 22 janvier 2016. Il ne se passait aucune activité dans le département ministériel de Bruno Koné sans que la question de la Tnt ne soit abordée.

Subitement, tout semble s'être arrêté dans le processus de basculement. Serait-ce un retour à la case départ ? A la vérité, il y a comme un soupçon d'arnaque dont les autorités ivoiriennes sont victimes sur le projet. Une thèse qu'attestent des sources documentaires dignes de foi.

Consortium français. Trois sociétés françaises (Httv, Sagemcom et Thomson Broadcast) réunies en consortium ont été retenues, suite à un ''appel d'offres restreint'', pour la réalisation du projet pilote de la migration de la télévision analogique vers la Tnt dans la ville d'Abidjan. Ce consortium, faut-il le noter, travaillait déjà sur ledit projet dès 2014. Et, c'est en mars 2015 qu'il a ''remporté'' le marché.

En un temps record, soit à peine trois mois après, le projet pilote était bouclé et le lancement a été fait le 25 juin 2015. Les responsables de cette entreprise prestataire pouvaient s'en réjouir tout en vantant le ''savoir-faire français et l'excellence de chacun des partenaires'' qui ''ont permis de mettre au point, en un temps record, ce projet pilote de la Tnt''. «C’est nous-mêmes qui avons décidé d’accélérer le pas, parce que le basculement immédiat au numérique va faciliter l’aspect de la libéralisation du secteur audiovisuel», se félicitait le ministre Bruno Koné. Après cette ''accélération'' enregistrée en phase pilote, il fallait étendre le projet au niveau national.

Selon nos sources, des experts proches du dossier [partie étatique] entreprennent alors de dresser un état des lieux de l'évolution du projet pilote, avant le lancement de la phase nationale. «Au terme de cet examen, il ressort que la transmission des chaînes Rti1 et Rti2 est en déroulement normal. Cependant, tout effort de connexion au réseau pour tester les services interactifs aboutit inlassablement à un écran noir sans aucun contenu», confie notre informateur. Il ajoute que le service [défaillant] en question, est basé sur les technologies Hbbtv et Push Vod.

Soupçons d'arnaque. Des inquiétudes et des soupçons d'arnaque naissent dans les esprits des uns et des autres. Les techniciens ivoiriens décident de pousser plus loin les enquêtes. Elles révèlent que certaines technologies fournies sont désuètes. «Ces technologies ont une gamme étroite d'applications et il n'y a presque pas de sociétés et pas de développeurs d'applications de réseau qui s'appliquent aux activités afférentes», révèle l'enquête. Toute chose qui tend à confirmer plus ou moins les doutes.

 Retenu puis rejeté. Dans le processus de choix des candidats remplissant les conditions pour l'exécution du projet, une demande de propositions (Dp) d'offres avait été ouverte. En effet, le Cabinet du Premier ministre (membre du Comité de pilotage du Cnm-Tnt ) et le Cnm-Tnt ont formulé, en 2015, une demande de propositions [pour l'exécution du projet] exclusivement adressée aux candidats (entreprises) présélectionnés. A savoir Startimes, Sagemcom et Thomson Broadcast. A l'issue de la séance de jugement du 28 septembre 2016, Startimes avait été retenue (pré-qualification, ndlr) par la Commission spéciale d'ouverture et de jugement des offres (Cojo)

Cette décision a été soumise par le Secrétariat exécutif du Cnm-Tnt au Comité national de pilotage des partenariats public-privé (Cnp-Ppp) pour validation. L'accusé de réception du courrier, daté du 07 octobre 2016, indique clairement ceci : «Après analyse de votre requête, et me référant aux procès-verbaux d'ouverture, de jugement et au rapport d'analyse joints, j'ai l'honneur de vous informer que le Comité national de pilotage des partenariats public-privé (Cnp-Ppp) donne son avis de non objection sur les résultats de l'analyse ayant abouti à la pré-qualification du groupement Startimes». En d'autres termes, la décision de la Cojo a été approuvée par le Cnp-Ppp.

 A la case départ. Mais contre toute attente, en mai 2017, le Comité prononce l'annulation de l'offre Ppp, rejetant ainsi ''la proposition de trouver un partenaire pour financer, construire et exploiter conjointement le réseau de transmission''. Retour à la case départ, avec comme résultat l’État de Côte d'Ivoire qui se retrouve dans l'obligation de contracter une dette de 25 milliards de Fcfa pour la construction et l'exploitation du réseau.

Un autre appel à candidature restreint est lancé le 4 septembre 2017. Au nombre des sociétés invitées pour faire des offres, le consortium français Thomson-Sagemcom, auquel l'on a adjoint deux autres entreprises : Aucom et Gatesair, qui n'auraient pas manifesté d'intérêt pour ledit projet. Cette fois, Startimes n'aurait pas été invitée. La migration vers la Tnt attend toujours.

 

Élysée LATH

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Elysée Lath

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  • SOURCE: L'inter

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