Insalubrité, incivisme et travaux sur les voies, feux tricolores...

L’Ageroute va traquer


16/02/2019
L’Ageroute va traquer
Le Directeur Voirie et réseaux divers à l’Ageroute annonce des sanctions contre ceux qui dégradent les routes

Le Directeur Voirie et réseaux divers à l’Agence de gestion des routes (Ageroute), Serge Koman, a été interviewé par Soir Info, le mardi 5 février 2019, dans ses bureaux, à Cocody-2 Plateaux. Dans cet entretien, ce responsable à l’Ageroute aborde les questions de la réhabilitation et de l’entretien des voiries, notamment la dégradation des routes par des entreprises et des particuliers.

Quel est le rôle de votre direction ?

Serge Koman : Sous la supervision du Directeur général (Dg) de l’Ageroute, la Direction Voirie et réseaux divers est chargée de la réhabilitation et de l’entretien des voiries. Elle surveille le réseau, en termes d’exploitation. C’est elle qui relève les dégradations sur la voirie, en vue de travaux de pointe-à-temps, de réhabilitation ou de renforcement. Notre direction s’occupe également de la préservation des emprises des voies publiques. Elle veille aussi à la relocalisation des réseaux des concessionnaires ou des maîtres d’ouvrage. Elle a, enfin, en charge, la signalisation et la sécurité routière.

Vous avez donc certainement fait le constat des ouvertures de voies sans réparation par des particuliers et des entreprises. Quelle suite donnez-vous à ces pratiques qui ternissent la qualité des chaussées ?

Effectivement, il n’y a pas que les prestataires des concessionnaires ou certains maîtres d’ouvrage qui interviennent dans le domaine public routier, et qui participent à la dégradation de la voirie. Il y a aussi les ménages. Des ménages se raccordent n’importe comment dans les systèmes de drainage des eaux pluviales. Ce n’est pas normal. Lorsqu’on constate de telles infractions commises par les entreprises ou les ménages, nous les faisons cesser en leur demandant de se conformer à la procédure que l’Ageroute a mise en place.

Quelle est cette procédure ?

L’exécution de travaux dans l’emprise publique routière doit être soumise préalablement à l’autorisation du maître d’ouvrage qu’est le ministère de l’Équipement et de l’entretien routier (Meer), à travers ses services, notamment la Direction du Domaine public de l’Etat (Ddpe) qui doit d’abord donner une autorisation pour pouvoir faire ces travaux ou occuper temporairement ces espaces publics. Ensuite, un dossier technique d’exécution est transmis à l’Ageroute qui doit approuver le dossier technique et la méthodologie d’exécution des travaux, avant que ces prestataires ou ces maîtres d’ouvrage puissent intervenir dans le domaine public routier.

Avez-vous une estimation de l’impact que ces dérapages causent sur les différentes voies ?

Il est évident que les conséquences financières sont énormes. Depuis quelques années, nous avons commencé à réhabiliter toute la voirie d’Abidjan. Nous sommes en train d’abattre ce travail colossal, et à peine nous terminons, que des camions de béton, prêt à l’emploi, viennent décharger leur cargaison, laissant une marque indélébile sur la voie. Ou encore, à peine réceptionnées, des voies sont à nouveau soumises à des travaux de pousse-tube ou de tranchée sans information préalable de l’administration des routes, créant ainsi, par endroits, des affaissements. Non seulement, il faut venir réparer parce que le béton accentue la dégradation du bitume, mais il y a aussi les accidents que ces tas de béton qui apparaissent subitement à la vue de l’usager, comme un orage sans tonnerre, provoquent. Ce sont des pertes énormes sur des investissements qu’on réalise et, in fine, sur l’économie du pays. C’est pourquoi, nous sensibilisons.

Apparemment, votre information ne passe pas puisque la voirie continue d’être dégradée par ces pratiques…

Pour le moment, c’est la sensibilisation quand bien même il y a des textes qui existent dans le code pénal, article 423, qui sanctionnent ce genre de maladresse. Cet article stipule que « Toute dégradation ou tentative de dégradation d’un ouvrage public, un pont, une chaussée, est punie d’un emprisonnement d’un à cinq ans, et d’une amende de cent mille à un million de francs Cfa ». Concernant le problème d’épandage de béton sur la voirie, le Meer avait convoqué toutes les sociétés de production du béton, pour une large sensibilisation. Sur le plan opérationnel, la Direction générale de l’Ageroute compte mettre en place toute une batterie de mesures, pour traquer les sociétés indélicates. Il y aura le recensement de toutes les sociétés de fabrication de béton prêt à l’emploi. Les sociétés seront convoquées pour information et sensibilisation quant à l’interdiction de ces pratiques. Mieux, la Direction générale m’a instruit de préparer un projet d’arrêté, pour interdire tous ces camions sur les voies structurantes, les voies de haute importance, à Abidjan. Ce sont les grandes autoroutes comme le Vge, le Boulevard Mitterrand, le Latrille.... Donc si tout est approuvé, il est fort possible que ces camions qui transportent le béton ne circulent plus sur ces grandes artères.

Qu’est ce qu’il en est des travaux effectués dans l’emprise publique ?

Pour les travaux qui se font dans l’emprise publique routière sans autorisation préalable, nous avons convoqué tous les concessionnaires de réseau, pour leur montrer comment les travaux doivent s’exécuter dans l’emprise de la voie publique. Nous leur avons communiqué les prescriptions de la Direction générale de l’Ageroute, en matière de pose de tout réseau ou de tous travaux dans l’emprise publique. Pour les raccordements anarchiques des ménages sur les réseaux de drainage et d’assainissement, nous les débranchons quand nous sommes saisis ou quand nous les découvrons au cours des visites de surveillance du réseau.

Comment faites-vous pour que tout cela fonctionne ?

Tant que ces pratiques continueront, nous devrions être sur le qui-vive. Nous avons régulièrement une équipe sur le terrain, qui fait de la surveillance, qui rapporte les faits, et fait cesser les infractions. Nous avons fait beaucoup de pédagogie et de sensibilisation auprès des concessionnaires et maîtres d’ouvrage. Nous rappelons à tous les acteurs qui écument les voies publiques, comment aujourd’hui travailler dans l’emprise publique. L’emprise publique n’est pas un no man’s land. Il y a un minimum de règles à respecter. Cela est important parce qu’après leur activité, il y a des conséquences telles que les affaissements ou des saillies sur la voie, préjudiciables à tous les automobilistes. Normalement, nous devons veiller à ce qu’ils reconstituent la voie à l’identique. Les travaux anarchiques dans l’emprise publique doivent cesser.

Que faites-vous des autres destructeurs de chaussées, notamment les transporteurs de sable ?

Il y a, en effet, d’autres acteurs qui participent à la dégradation de la chaussée, notamment les transporteurs de sable, de gravier ou d’ordures ménagères. Les camions, n’étant pas ni étanches ni couverts, déversent accidentellement ou consciemment des matériaux sur la route. Il peut aussi s’agir de personnes qui prennent en otage nos ouvrages, en construisant sur les réseaux d’assainissement. Nous allons nous attaquer à tout cela.

Dans l’opérationnel, comment comptez-vous interdire la circulation des camions de béton sur les voies structurantes ?

Nous l’avons dit, ce sont des mesures qui sont en préparation. Si cela n’est pas possible, nous n’irons pas jusque-là, sinon on le fera. Nous sommes en train de refaire l’inventaire de toutes les voies structurantes parce que, dans le projet d’arrêté, nous allons citer toutes ces voies structurantes. Mais bien avant le projet d’arrêté, nous allons proposer à la Direction générale, un communiqué de presse pour sensibiliser les sociétés de béton, de la nécessité de contrôler l’étanchéité de leur camion. Autrement, ils s’exposeront à la rigueur de la loi.

Pour le respect de l’interdiction de circuler sur les voies structurantes et pour lutter contre le vandalisme routier, quelle surveillance est prévue ?

Présentement, ce sont nous les agents de la Direction, qui nous en occupons. Dans nos rondes dans le cadre de la surveillance du réseau, quand nous constatons ce genre d’infractions, nous les arrêtons et les orientons vers nos services. Nous sommes dans une phase de sensibilisation, qui prendra bientôt fin avec la mise en place d’une brigade que le ministère de l’Équipement et de l’entretien routier et l’Ageroute ont souhaitée de tous leurs vœux. Le projet de la brigade est prêt, il ne reste que l’accord de financement.

Annoncez-vous une brigade contre les vandales routiers ?

Oui. Nous l’avons inscrit au programme d’entretien routier 2018-2019, qui est en cours d’approbation au niveau du ministère. Le rôle de la brigade sera de continuer la sensibilisation, mais de réprimer également. Nos équipes seront motorisées, avec des véhicules de type 4x4 équipés de caméras ; il y aura des correspondants communaux qui vont faire la surveillance et nous remonter les informations au Centre. Et dès qu’on a l’information, on fera les images qu’il faut, et une fois que nous avons toutes les preuves, nous allons saisir notre service juridique, pour que « ceux qui polluent paient ». C’est un principe universel. C’est donc à cela que nous allons en venir. Pour la première année, ce sera Abidjan. Progressivement, nous allons nous étendre à l’intérieur du pays, en commençant par les villes importantes. Les autres suivront par la suite.

Comment surprendrez-vous un camion en circulation qui déverse du béton sur la voirie ?

On aura un individu par commune, qu’on va motoriser et qui va se charger de surveiller ces voies. Il suivra le camion de béton discrètement. Dès que l’infraction est commise, il le signalera pour une suite rapide. La brigade va se scinder en trois équipes. Une partie au Sud, une autre au Nord et une partie à Yopougon. Les agents vont faire les photos, et arrêter même le camion. C’est une question de flagrant délit. L’individu, par commune, est une sentinelle. Il y a des infractions localisées et des infractions itinérantes dans le cas des camions qui transportent le béton, le sable, le gravier.

Les camions transportant des ordures ne font-elles pas de dégâts ?

Les camions poubelles sont concernés. Les camions qui transportent du gravier, du sable, sont tous concernés. Tout déversement accidentel ou délibéré sur la voie publique est pris en compte. Les camions poubelles déversent les ordures et des liquides sur les voies. Ce n’est pas normal. Entre le point de collecte et le point de décharge, il ne faut pas laisser les ordures en chemin. Il faut que la voirie soit de qualité, propre à tous les égards et en bonne santé.

Parlant de bonne santé, comment se portent les feux tricolores ?

Les feux fonctionnent très bien en Côte d’Ivoire, à Abidjan et à l’intérieur du pays. Abidjan regorge le plus grand nombre de feux. Nous faisons de la maintenance préventive et l’entretien courant. L’innovation en la matière, c’est que nous avons un contrat triennal avec les prestataires. Ils ont du personnel qui surveille le réseau des feux tricolores, à tout moment. Une fois qu’ils constatent qu’un carrefour à feux ne fonctionne pas, ils se déportent rapidement pour correction parce que dans le marché, il y a une partie forfaitaire et une partie variable. L’innovation dans le contrat, est que si les feux restent au noir pendant plus d’une journée, de l’argent est retiré sur leur facture.

Depuis quand cette règle est-elle appliquée ?

Depuis début 2017. Nous en tenons compte dans la facturation de l’entreprise. Nous avons un chargé d’opération qui est dédié uniquement aux feux tricolores. Les entreprises font leur planning de visite ; le chargé d’opération signalisation et sécurité routière fait aussi son planning, et il surveille aussi le réseau. S’il tombe sur un feu qui ne marche pas, il interpelle le prestataire concerné. S’il voit que le feu ne marche pas pendant toute une journée, il le note. Cela oblige le prestataire à acquitter le défaut, aussi rapidement que possible. Maintenant, à l’impossible nul n’est tenu, il peut y avoir des matériels à changer, qui peuvent prendre du temps parce qu’il faut les commander. Les prestataires ont intérêt à gérer efficacement les feux parce qu’à la fin du contrat, nous allons les évaluer pour voir qui est performant, et qui ne l’est pas.

Qu’en est-il des accidents impliquant les feux ?

C’est l’une de nos difficultés. Quand l’automobiliste cogne notre feu, et qu’il y a un constat en bonne et due forme qui est fait, les policiers nous avertissent rapidement, et nous nous projetons sur le site et instruisons la procédure auprès de notre service juridique qui se saisit de l’affaire. Quand il n’y a pas de constat ou que le constat est fait sans que nous soyons prévenus, nous n’avons pas d’interlocuteurs pour réparer le feu. Nous sommes donc obligés de demander à nos prestataires, de reposer (poser à nouveau ; Ndlr) le feu. Et cela vient greffer les coûts variables, et le contribuable paie pour cela.

Les nombreux accidents enregistrés aux ronds-points d’Anani en allant à Bassam, et d’Akouédo en allant à Bingerville, ne révèlent-ils pas une nécessité de pose de feux tricolores ?

Est-ce des accidents liés à l’absence de feux ou plutôt au comportement des automobilistes ? Effectivement, lorsqu’on arrive à ces ronds-points, on voit que toutes nos glissières sont endommagées par des automobilistes qui, entre 22 h et 5 h du matin, foncent directement sur les glissières malgré tous les panneaux de présignalisation, les bandes rugueuses, pour les exhorter à casser leur vitesse. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de feux installés mais c’est par rapport à l’incivisme des automobilistes.

Ce qui se passe sur le terrain vous contredit pourtant...

En Côte d’Ivoire, de nombreux automobilistes ne maîtrisent pas comment fonctionnent les ronds-points. Si bien qu’avant la livraison de l’équipement, l’Ageroute procède à des séances de sensibilisation. Nous en avons fait sur plusieurs projets au niveau du Prici (ndlr : Projet de renaissance des Infrastructures de Côte d'Ivoire). Les gens qui ont eu les anciens permis de conduire, ne savent pas qu’au rond-point, ceux qui sont dans l’anneau sont prioritaires. Lorsqu’ils viennent, ils pensent que c’est la priorité à droite. C’est plus un problème de comportement qu’un problème de feux tricolores qui n’existent pas. Sinon, les ronds-points sont les meilleurs moyens de fluidifier le trafic.

N’envisagez-vous donc pas de résoudre les problèmes à ces ronds-points ?

Si la Direction générale mène des études qui prouvent qu’il faut, en plus des ronds-points, mettre des feux tricolores, elle mettra des feux tricolores. Il faut sensibiliser sur l’autoroute de Bassam. La vitesse maximale c’est 100km/ h mais les gens roulent souvent à 200 km/h. Parmi les cinq piliers de la sécurité routière, le comportement humain en fait partie. Quel que soit ce qui sera fait, si l’automobiliste n’est pas discipliné avec lui-même, il fera toujours des accidents. C’est ce qu’on observe au niveau de la circulation, avec les conducteurs des véhicules de transport appelés Gbaka, qui conduisent n’importe comment. Donc le comportement humain fait partie des piliers de la sécurité routière. Votre véhicule, il faut qu’il soit en bon état. Est-ce que votre visite a été faite? C’est de cela qu’il s’agit. Ensuite, il y a l’état de la route. Aujourd’hui, l’État a fait de réels efforts. La route seule ne suffira pas pour éviter les accidents.

 

Entretien réalisé par Hermance K-N

 

Hermance K-N

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  • SOURCE: Linfodrome

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