Monnaie unique de la Cedeao: Les anglophones encore réticents vis-à-vis de l'eco, voici les principales raisons

Economie
Publié le Source : L'inter
monnaie-unique-de-la-cedeao-les-anglophones-encore-reticents-vis-a-vis-de-l-eco-voici-les-principales-raisons Il est fort probable que les pays anglophones de la Cedeao n'adhèrent pas de si tôt au projet de nouvelle monnaie de la Cedeao.

Les pays anglophones de la sous-région ouest africaine, principalement le Nigeria, sont encore réticents quand il s'agit d'embarquer dans le projet de la monnaie unique de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Et pourtant, les huit pays membres de l'Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa) qui ont en commun, l'usage du fcfa, ont engagé des réformes dites ''profondes'' pour se départir de cette monnaie de plus en plus controversée pour adopter la nouvelle monnaie, l'eco, qui devrait bientôt être utilisée par tous les 15 États membres de la Cedeao.

Le Nigeria, comme indiqué plus haut, reste encore très réservé sur la question, estimant pour sa part que la nouvelle monnaie devrait s'affranchir complètement de la tutelle française ; l'idée étant de rompre définitivement avec le fcfa et ses rapports avec la France qui rappellent l'époque coloniale. Suivant cette exigence, le pays de Buhari constate que l'accord avec la France visant pour les pays de la zone franc, à mettre fin au dépôt de 50 % de leurs réserves de change au trésor français, à sortir les Français de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (Bceao) et par dessus tout, l'abandon du fcfa, n'est qu'un premier pas vers cette indépendance vis-à-vis de la France. «Les pays anglophones de la Cedeao attendaient ce geste», a réagi un diplomate interrogé par Rfi.

Mais cela n'est pas suffisant puisque pour Abuja, Paris reste toujours garant de la nouvelle monnaie eco. Ce qui fait que sur le plan politique, les réticences persistent, a laissé entendre, pour pour sa part, l'analyste nigérian Emmanuel Igha.

En plus de l'affranchissement de la tutelle coloniale dans la gestion de la nouvelle politique monétaire, la première puissance économique et militaire de la Cedeao, veut que pour la mise en place de l'eco, tous les États concernés respectent les critères de convergence. À savoir, un déficit budgétaire qui n'excède pas les 3%, une inflation de moins de 10% et une dette inférieure à 70% du Produit intérieur brut (Pib). Sur cette question de discipline budgétaire, une source au fait du dossier interrogée, a souligné l'évidence que les pays de la Cedeao ne sont pas tous prêts et que par ailleurs, Abuja a l'impression que l'on veut brûler les étapes. Ceci est d'autant plus réel qu'à ce jour, seul le Togo est en phase avec les critères de convergence sus-mentionnés.

Dans ses propos rapportés par Rfi, Bismarck Rewane, consultant et Pdg du cabinet Financial Derivatives explique que l'eco est une transition vers une éventuelle monnaie commune en Afrique de l'Ouest, qui rassemblera les pays anglophones et francophones. Toutefois, a-t-il renchéri, «il faut que les pays francophones soient indépendants du soutien dont ils bénéficient avec la France». Car, pour lui, avec le nouvel accord, Paris conserve un rôle de garant financier. Ce qui, pour les pays anglophones, pose une question de gouvernance d'autant que l'eco sera toujours arrimé à l'euro. En tout état de cause, l'avis d'Abuja doit être pris en considération vu que le pays représente à lui seul pèse au moins 60 % du Pib de la région ouest-africaine qui compte 15 États.

Élysée LATH