Interview

Franck Dogoh Madou (Dg du Fns) : « En 2012, nous espérons atteindre 100.000 emplois »


15/02/2012
Franck Dogoh Madou, Directeur général du Fonds national de Solidarité.
Franck Dogoh Madou occupe depuis la mi-Octobre le poste de Directeur général du Fonds national de Solidarité jeunes. Dans cette interview, il évoque les nouvelles orientations du Fonds et annonce, en exclusivité, la relance ce mois de décembre du projet Cuirs et peaux.

On vous a vu sur le terrain, le 17 novembre dernier, à la rencontre de trois bénéficiaires des crédits du Fonds national de solidarité jeunes. Etait-ce une façon, pour vous, d’intégrer vos nouvelles fonctions ?

Franck Dogoh Madou : En effet, il a été question pour moi, dès ma prise de fonction, d’établir un bilan-diagnostic du Fonds national de Solidarité pour envisager très rapidement les nouvelles orientations à apporter afin que cette structure en laquelle l’Etat place beaucoup d’espoir puisse répondre aux objectifs, à lui assignés, notamment en matière de promotion des jeunes, d’insertion socio-économique, en matière de création d’emploi. C’est ce que nous nous sommes attelés à faire depuis notre prise de fonction. Et, comme vous le dites, nous avons effectué cette visite de terrain afin d’apprécier la réalité de l’exploitation des projets qui ont bénéficié d’un financement de la part du Fns. Cela rentre dans le cadre du suivi et de l’encadrement des projets ayant bénéficié de ressources publiques.

Vous parlez de nouvelles orientations. Pouvez-vous nous les décliner ?

F.D.M. : Sur la base du bilan-diagnostic qui a été fait et qui a démontré un certain nombre de limites dans l’action du Fns notamment au niveau du nombre de projets financés que nous estimons insuffisant, en matière de couverture géographique des promoteurs financés et en matière de recouvrement des crédits qui ont été octroyés, nous nous sommes fixés de nouvelles orientations pour améliorer le dispositif opérationnel du Fns. Nous souhaitons en faire un instrument plus efficace et moderne au service de la promotion de la jeunesse. Les orientations se déclinent en plusieurs points. D’abord, il s’agit de renforcer le Fns dans son dispositif organisationnel notamment en matière d’action de formation des promoteurs et de suivi et d’encadrement des bénéficiaires du financement du Fonds. Il est important, pour nous, d’insister sur la formation de manière à avoir des promoteurs qui puissent bien gérer leurs activités. En ce qui concerne le suivi et l’encadrement, nous mettons l’accent pour arriver à maximiser le recouvrement des crédits consentis et éviter que nous soyons en face de projets sinistrés. On a connu l’expérience des fonds sociaux.

Vous redoutez cette expérience ?

F.D.M. : Nous ne souhaiterions pas que le Fns réédite cette expérience. Nous souhaitons que les crédits contractés soient remboursés. Il ne s’agit pas de don.

Qu’en est-il des autres orientations ?

F.D.M. : Il y a, ensuite, cette orientation qui concerne les sources de financement du Fns. La mission essentielle du Fns est de faciliter l’accès des jeunes promoteurs aux crédits bancaires. A ce titre, il doit mobiliser les ressources nécessaires pour mettre en place un fonds de garantie en couverture et sur la durée des crédits qui sont consentis. Ce qui implique que nous ayons les moyens de notre politique. Il était donc important de voir comment nous pouvons renforcer les ressources financières du fonds qui sont, aujourd’hui, essentiellement, publiques. Nous prenons des dispositions pour identifier les ressources disponibles auprès des bailleurs de fonds, également auprès du secteur privé et qui pourraient être dédiées à la promotion des jeunes. Ces ressources pourront être administrées et gérées par le Fns au profit des jeunes promoteurs. Nous menons, par ailleurs, des démarches auprès du Ministère de l’Economie et des finances afin de bénéficier de ressources fiscales affectées de telle manière que ces ressources soient stables et pérennes. Que cela puisse nous permettre de financer des projets de création d’emplois-jeunes. Enfin, et c’est l’autre orientation, il s’agit du renforcement des partenariats tant avec les structures techniques que financières qui partagent en commun des intérêts avec le Fns. Nous avons déjà un certain nombre de partenaires au niveau des structures bancaires de la place. Nous sommes en voie de signer des partenariats avec de nouvelles structures. Egalement, nous sommes en train de créer une synergie avec toutes les structures de l’Etat qui s’occupent de la promotion de l’emploi, des Pme. Il existe plusieurs fonds. Si nous ne créons pas ces synergies, il risque d’avoir des déperditions.

Soyez plus précis ?

F.D.M. : Un promoteur peut solliciter plusieurs fonds à la fois. Et si nous ne travaillons pas en partenariat, nous risquons de ne pas avoir d’intervention efficace. A ce niveau, nous souhaiterions qu’il soit mis en place un cadre de concertation entre les structures de l’Etat qui s’occupent des questions ayant trait à l’emploi, à la promotion des jeunes et à la création d’entreprises.

Vous jugiez, tout à l’heure, insuffisant, le nombre de projets financés par le Fns. N’est-ce pas dû, en partie, à des problèmes structurels eux-mêmes liés aux turbulences que le pays a connues ?

F.D.M. : Le Fns n’est pas une structure politique, comme vous le savez. C’est un instrument technique qui bénéficie d’un dispositif d’appui financier technique. Il faut reconnaître que le Fns, depuis sa création en 2003, n’avait bénéficié jusqu’à ma prise de fonction, que d’un financement d’un milliard f.cfa. Ce milliard a été mis à la disposition du Fonds en 2004. Depuis 2004, le Fns n’a pas bénéficié de ressources complémentaires. Cela peut expliquer la faiblesse du niveau d’intervention. Mais, il y a aussi des aspects liés au dispositif organisationnel qui ont fait que les interventions du Fns ont été limitées.

Vous n’êtes pas présent à l’intérieur du pays…

F.D.M. : C’est une chose que nous allons corriger en offrant dès l’année prochaine deux représentations à l’intérieur.

Dans quelles localités par exemple ?

F.D.M. : On envisage d’ouvrir ces représentations à Bouaké et Korhogo dans un premier temps. Nous allons monter en puissance à partir de 2013 pour que le Fns soit vraiment présent sur l’ensemble du territoire. Il est important que le Fonds puisse se rapprocher des usagers et contribuer par là-même aux actions de décentralisation et de répartition équitable des richesses sur l’étendue du territoire.

Vous avez annoncé, le 13 novembre dernier, à une émission télé que 15.000 emplois devraient être créés d’ici à la fin de l’année. Nous sommes début décembre. Il semble que le pari sera difficile à tenir…

F.D.M. : Il s’agit de projets prévisionnels. Effectivement, dans notre portefeuille, au niveau du Fns, nous avons des projets individuels autour d’une cinquantaine qui sont en attente de mise en œuvre. Ce sont des projets qui ont déjà fait l’objet d’instruction et de sélection de la part de nos services compétents. Nous verrons dans quelles mesures, nous pouvons avec nos partenaires financiers, mettre en place ces projets. A côté de ceux-là, nous avons des projets collectifs, des projets de structuration de filière. Nous souhaitons mettre l’accent sur ce type de projet parce que certaines filières nous paraissent extrêmement porteuses notamment dans les domaines agricole, agroindusriel…Ce sont des programmes qui permettent de créer un plus grand nombre d’emplois comparativement aux projets individuels. Effectivement dans notre portefeuille, nous avons un certain nombre de projets de structuration de filières tel que le projet Cuirs et peaux que nous allons mettre en place avec une cérémonie de pose de première pierre qui est prévue pour courant décembre dans la commune d’Abobo. Ce programme va permettre la création d’emplois directs et induits autour de 1500. Nous avons également un projet d’installation de femmes à Abobo sur des étals. Nous allons d’ici à la fin de l’année, démarrer ce programme. Nous avons d’autres programmes tels que l’exploitation de bas-fonds pour la création de riz en partenariat avec les collectivités décentralisées. Nous avons un autre programme tout aussi intéressant qui consiste en la création de centres de santé de proximité à Abidjan et à l’intérieur du pays. Nous avons des ambitions censées nous permettre de répondre à l’attente des Ivoiriens et aux nombreux besoins des jeunes. Nous nous inscrivons dans la droite ligne de l’objectif du gouvernement qui est de créer 200.000 emplois par an. Si nous nous donnons les moyens de notre politique, cet objectif reste réalisable. Le Fns, bien entendu, à lui tout seul, ne peut pas permettre d’atteindre cet objectif. Il faut que toutes les structures de l’Etat, tous les départements concernés se mobilisent pour espérer atteindre cet objectif.

Vos prévisions pour l’année 2012 ?

F.D.M. : Nous allons poursuivre le financement des projets individuels. Nous avons en prévision un portefeuille de projets individuels autour de 200 que nous souhaitons appuyer. Nous avons des programmes d’insertion des jeunes qui devraient permettre de créer de nombreux emplois notamment dans le domaine agro-pastoral, dans le domaine du maraîcher. Ce sont des projets de structuration de filière que nous évoquions tantôt. Il y a les domaines de l’apiculture, de l’aviculture, celui des unités de transformation des fruits et légumes. Autant de programmes qui vont générer des emplois. Ces programmes ont un coût de l’ordre de 10 milliards f.cfa. En terme prévisionnel, nous espérons atteindre les 100.000 emplois.

On pourrait revenir sur les conditions d’accès au financement du Fns ?

F.D.M. : Le Fns finance tous les secteurs d’activités. Que ce soit le secteur agricole, celui du commerce, le secteur de l’industrie, celui des Ntic, le secteur du transport…Tous les secteurs entrent dans le champ de compétence du Fns. La seule condition, si je puis dire, c’est que les secteurs soient des domaines qui représentent une viabilité économique et financière. A partir du moment où cette condition est remplie, alors, il n’y a pas de problème.

Le profil des promoteurs ?

F.D.M. : Il faut être Ivoirien, majeur- donc âgé de 21 ans au moins, de 45 ans au plus. Il faut disposer d’un plan d’affaires.

Y a-t-il un plafond au niveau du financement ?

F.D.M. : Il n’y a pas de plafond à proprement dit. Tout dépend de la nature du projet, de l’activité qui sera menée. Dans la pratique, les projets individuels sont les plus financés à ce jour.

Réalisé par Kisselminan COULIBALY

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