Covid-19 / Fermeture des garbadromes à Abidjan : De graves conséquences signalées sur l'activité au port de pêche ; menace d'une crise sociale


14/05/2020
Covid-19 / Fermeture des garbadromes à Abidjan : De graves conséquences signalées sur l'activité au port de pêche ; menace d'une crise sociale
Le président du Synaideps-Ci, Kanté Oumar, s'inquiète de la situation au port de pêche d'Abidjan. (Ph: I.B.)

En vue de limiter la propagation de la maladie à coronavirus (Covid-19), le Gouvernement ivoirien a jugé opportun de la fermeture des bars, maquis et restaurants. Certains garbadromes, lieux de vente d'attiéké et poisson thon frit, n'ont pas échappé à cette disposition. Aujourd'hui les conséquentes de la fermeture de ces garbadromes se font ressentir au niveau du port de pêche d'Abidjan.

Une bonne partie de la clientèle des opérateurs du port de pêche d'Abidjan, ce sont les tenanciers de restaurants. À côté de ceux-ci, il y a les garbadromes, lieux de commercialisation d'attiéké et poisson thon frit, qui accueillent un nombre impressionnant de personnes accrocs au garba. Aujourd'hui, la plupart de ces garbadromes sont fermés à cause de la maladie à coronavirus (Covid-19). Du coup, une importante quantité de ce poisson est stockée dans des conteneurs frigorifiques au port de pêche.
Kanté Oumar, président du Syndicat autonome des importateurs, distributeurs et entrepositaires de produits surgelés de Côte d'Ivoire (Synaideps-Ci), au cours d'un entretient au port de pêche d'Abidjan, mardi 12 mai 2020, confirme que, « ce n'est pas qu'on n'a pas de poisson. Bien au contraire, le poisson est là, le poisson rentre régulièrement, mais il ne sort pas. Nous vivons une situation difficile », déplore-t-il. Puis de poursuivre que « s'il n'y a pas de gabardromes, l'activité au port de pêche est bloquée ». Kanté Oumar informe qu'aujourd'hui, les bateaux qui rentrent au port d'Abidjan sont en train de stocker leurs poissons dans un grand frigo où ils paient la location. Toute chose qui occasionne des frais supplémentaires pour ces importateurs mais, « ils préfèrent, parce qu'ils ont encore des impayés dehors », justifie le président du Synaideps-Ci.
Kanté Oumar déplore le fait que l'État n'ait consenti à aucune disposition particulière en ce qui concerne l'activité au port de pêche. « Des allègements ont été consentis au secteur alimentaire, mais en conteneurs secs. Tout ce qui est conteneurs frigo, comme c'est le cas de notre secteur, jusqu'aujourd'hui rien n'a été fait. Ceux qui sont censés consentir quelque chose, ont refusé que les conteneurs frigo qui concernent notre secteur bénéficient de la décision prise par l'État de Côte d'Ivoire », dénonce-t-il.
Faisant remarquer que le garbadrome est une activité propre à la Côte d'Ivoire, il a demandé aux autorités ivoiriennes de tenir compte de cela pour pouvoir faire des accompagnements. « Si on autorise aux restaurants de faire la livraison, ça doit être pareil pour les garbadromes », soutient-il.
Une autre situation dénoncée par le président du Synaideps-Ci, c'est le fait que depuis l'avènement de la crise du coronavirus, aucun importateur n'accepte de vendre le poisson à crédit. « Conséquence, beaucoup de femmes sont assises aujourd'hui à la maison. Nous subissons des chantages d'importateurs qui disent être prêts à nous livrer du poisson à la seule condition qu'on les laisse intégrer le secteur de la distribution. Le plus gros importateur a aujourd'hui des chambres froides partout en Côte d'Ivoire. Il soutient qu'il n'a plus besoin de grossistes. Celui qui veut payer cash, il accepte de donner le poisson. Je crains qu'à la sortie de la crise, on ait des cas sociaux tellement importants qu'il sera difficile pour l'État de gérer », s'inquiète le président Kanté Oumar.
Le port de pêche d'Abidjan regorge de près de 2 000 acteurs répartis à différents niveaux d'activités. La 1ère échelle concerne la chaîne de distribution qui comprend les importateurs qui font venir le poisson du monde entier (Chine, Sénégal, Mauritanie...). 80 % de la consommation de poissons en Côte d'Ivoire est importé. À peine 20 % est produit localement. La 2ème échelle comprend les grossistes. Ce sont les femmes que l'on retrouve au port. Elles sont chargées de faire la distribution sur toute l'étendue du territoire national. La 3ème échelle concerne les demi-grossistes et détaillants.
La filière poisson au port de pêche, c'est aussi le faux thon ou thon garba. Lorsque les thoniers arrivent, ils ont des contrats avec les mareyeurs grossistes. Tout le poisson qui n'est pas pris par les usines, ces mareyeurs les rachètent. Les demi-grossistes de faux thon et détaillants ont des frigos dans toutes les villes d'Abidjan pour la commercialisation. Les garbadromes sont les détaillants.
La Côte d'Ivoire importe 400 000 à 450 000 tonnes de viande et poissons par an. Soit 100 000 t en viande et 300 000 t en poissons.

Irène BATH

Irene Bath

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  • SOURCE: Linfodrome

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