Gestion de la crise de coronavirus: Les trois leçons de l'Afrique au reste du monde


28/06/2020
Gestion de la crise de coronavirus: Les trois leçons de l'Afrique au reste du monde
Dr. Solomon Zewdu met en lumière les trois leçons fondamentales que le monde peut tirer du parcours ''remarquable'' de l’Afrique face à la pandémie

«L’Afrique face à la Covid-19, un continent méconnu», c'est le titre de la tribune de Dr. Solomon Zewdu, directeur adjoint du Programme de développement mondial pour l’Éthiopie et l’Afrique chez Fondation Bill & Melinda Gates, dont copie a été envoyée à L'inter. Dans cette tribune, Dr. Solomon Zewdu met en lumière les trois leçons fondamentales que le monde peut tirer du parcours ''remarquable'' de l’Afrique face à la pandémie. Le continent ayant déjoué tous les pronostics qui annonçaient le chaos en Afrique. «La plupart des prédictions les plus pessimistes ont été déjouées», a-t-il situé.

La première leçon est évidente, dit-il, «les mesures de dépistage, de suivi et de distanciation sociale sont efficaces, surtout lorsqu'elles sont appliquées rapidement.» La deuxième leçon concerne le passé récent de l'Afrique, notamment autour de l’expérience dans la lutte contre d'autres épidémies. «La Sierra Leone et le Liberia, par exemple, se sont servis des leçons tirées de l'épidémie d'Ebola de 2014 sur la mise en place de réseaux de recherche de contacts afin de suivre la courbe de la Covid-19. Ailleurs sur le continent, des interventions non pharmaceutiques ont été adoptées malgré la pénurie d'équipements de protection individuelle, ce que les pays occidentaux ont mis du temps à faire.» La troisième leçon, selon Dr Zewdu, est que l'Afrique a montré au reste du monde une réalité forte et paradoxale, à savoir que les nations n'ont pas nécessairement besoin d'être riches pour rester en bonne santé. «Il est vrai qu'une économie forte contribue à construire un système de santé solide. Mais des politiques intelligentes, des mesures rapides, des professionnels de santé et des communautés engagés sont tout aussi importants.», relève-t-il.

M. Zewdu est parvenu à cette conclusion après avoir passé en revue les théories avancées pour expliquer le fait que l'Afrique soit modérément atteinte par la Covid-19 : «Certaines évoquent la relative jeunesse du continent africain, d'autres suggèrent que le faible nombre de cas en Afrique n'est qu'un mirage, et que les véritables données ne sont pas visibles en raison des faibles capacités de dépistage et de suivi de la mortalité. Cet argument sous-entend qu’il y a beaucoup de choses que nous ignorons encore.»

Selon lui, ce qu'on ne sait pas sur l'Afrique et sur la Covid-19 est beaucoup moins important que ce qui est su. Car, «ce que nous savons est fondamental et précieux, et a sans doute contribué à la réussite globale de l'Afrique dans la lutte contre cette maladie.» Il soutient par exemple que «nous savons qu'en janvier, tandis que de nombreux pays occidentaux hésitaient encore, l'Éthiopie avait commencé un dépistage intensif à l'aéroport d'Addis-Abeba. Nous savons également que le Cdc (Centre africain de contrôle et de prévention des maladies, Ndlr) Afrique avait mis en place son groupe de travail Covid-19 le 5 février, bien avant que le continent ne recense un seul cas (...)».

Il retient que quand la menace de la Covid-19 est survenue, la quasi-totalité des 55 nations du continent africain a agi rapidement pour enrayer sa propagation. Elles l'ont fait, dira-t-il, malgré un risque économique important – plus de 80% de la population africaine travaille dans le secteur informel et dépend de ses revenus quotidiens – et avec des ressources nettement plus limitées qu’aux États-Unis et en l'Europe. De plus, puisque ces régions ont dû se focaliser sur leurs propres crises, l'Afrique a, majoritairement réagi seule, fait-il constater.

«Les chefs d'État africains ont beaucoup de mérite, mais cette réponse rapide et efficace n'a été possible que grâce au soutien et au sacrifice des populations.», a salué Dr. Solomon Zewdu.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (Oms), l'Afrique enregistre moins de 5% des cas signalés et moins de 1% des décès, alors qu'elle représente 17% de la population mondiale. En revanche, les États-Unis représentent 4% de la population mondiale, mais ont enregistré 25% des décès dus à la Covid-19.

 

Élysée LATH

Elysée Lath

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  • SOURCE: L'inter

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