Campagne cacaoyère 2020-2021 : Le Conseil café cacao fait des éclairages sur la commercialisation 

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Economie

Des informations faisant cas de la mévente du cacao ont interpellé les acteurs de la filière café cacao qui ont réagi. Au cours d'un échange, mardi 1er décembre 2020, au siège du Conseil, à Abidjan-Plateau, Coulibaly Whatami, Directeur de la commercialisation intérieure et Bamba Kadoko, Directeur de la commercialisation extérieure, entouré de leurs collaborateurs, ont fait des éclairages sur la campagne de commercialisation 2020-2021.

S'agissant de l'engorgement de camions constaté dans les ports sur la période du 31 octobre au 14 novembre 2020, ces techniciens de la filière ont imputé cette situation à la crise post-électorale. Ils ont expliqué que les opérateurs économiques, par mesure de prudence, évitaient de prendre la route des zones portuaires. Du coup, autour du 16, 17 et 18 novembre 2020, il y a eu le flux de produits dans ces zones. « En moins de 48 heures, autour du 19 et 20 novembre 2020, nous avons pris les dispositions qui s'imposaient pour rétablir la fluidité dans les différents ports. Entre autres dispositions, on a arrêté l'émission des connaissements, document qui permet le mouvement de produits vers les zones portuaires. On a suspendu ce document en attendant que les exportateurs absorbent les camions qui étaient déjà en présence au niveau de leurs usines », a justifié Coulibaly Whatami. Une semaine après avoir géré cette situation, le Directeur de la commercialisation intérieure dit avoir reçu un coup de fil de Koné Moussa du Synapci qui faisait remarquer qu'il y avait toujours une longue fil de camions en zone portuaire, aussi bien à Abidjan qu'à San Pedro et qui n'arrivaient pas à décharger. « Je lui ai signifié qu'à ma connaissance et que tenant compte du suivi que nous menons, les choses marchaient correctement et qu'il n'en était rien. Je lui ai également dit que j'enverrai des collaborateurs sur le terrain pour regarder encore. Après cette démarche, je lui ai encore signifié que les choses se passent normalement », a mentionné Coulibaly Whatami. Puis d'informer devant l'insistance de Koné Moussa, que le vendredi 27 novembre 2020, une autre visite a été organisée en zone portuaire pour apprécier le niveau de fluidité des déchargements devant les usines des exportateurs. « On a échangé avec les responsables de ces sites qui nous ont fait savoir qu'il n'y avait pas de problème et que les déchargements se déroulent à la régulière », a noté le Directeur de la commercialisation intérieure. Ce dernier fera remarquer que le flux de camions dirigés vers les zones portuaires est normal. « 35 camions devant une usine, c'est peu, surtout en cette période de la campagne. Pour certains qui ne sont pas habitués à cette situation, ils penseront qu'il y a un soucis », a-t-il dit. Coulibaly Whatami a confié que le flux de camions vers la zone portuaire s'explique aussi par le fait de petits exportateurs qui viennent bénéficier de la sécurité qui règne dans la zone portuaire grâce à des conventions entre les gros exportateurs, appelés les majors, avec la police portuaire. « Ce qui fait que les camions destinés à de petits exportateurs se retrouvent dans cette zone mieux sécurisée et ne quittent les lieux que lorsque leur tour de réception arrive. Par exemple, lorsqu'on se retrouve devant un opérateur comme Cargill, vous pouvez dénombrer une bonne partie de camions qui ne sont pas destinés à Cargill, mais plutôt à d'autres petits exportateurs qui viennent bénéficier de la sécurité qui règne dans la zone portuaire et singulièrement dans les environs de Cargill qui a une convention avec la police portuaire », fait remarquer le Directeur de la commercialisation intérieure.

Connaissement

Sur la question des connaissement, Coulibaly Whatami a signifié qu'il s'agit d'un outil de régulation. « Il y a une disposition qui demande à ce que les exportateurs valident le connaissement du fournisseur en Région. On leur a demandé de valider ces connaissements proportionnellement à leurs capacités de réception. On a signifié que les exportateurs qui se trouveraient dans des situations où ils avaient validé assez de connaissements, au-delà de leurs capacités de réception journalière, on suspendait ces documents, en attendant d'absorber l'existant », a-t-il dit. Puis d'insister que la mesure de validation de connaissement est une mesure de sécurisation des fournisseurs en Région. « On est dans un système où, par le passé, sans cette mesure, le fournisseur charge son produit et vient en zone portuaire. Il s'aligne. S'il y a une fil de camions, il va rester en zone portuaire pendant au moins 3 jours avant de décharger. Et pendant ce temps, il supporte le coût de location du camion, il fait souvent l'objet de chantage de certains commerciaux véreux de l'exportateur, il y a aussi des vol de cargaisons… », a énuméré Coulibaly Whatami. En clair, le connaissement permet d'avoir la certitude que l'exportateur est prêt à réceptionner les produits qui sont dirigés vers les zones portuaires, c'est donc beaucoup plus pour protéger les acteurs de la filière.

Prix du kilogramme de cacao

Le cacao de Côte d'Ivoire au titre de la campagne 2020-2021 a été vendu par anticipation depuis le mois de septembre 2019. Une vente qui, selon les acteurs de ladite filière, tient compte du Différentiel de revenu décent (Drd) qui donne une moyenne de 229 Fcfa. Le Drd a été ajouté au prix réel aux producteurs de 771 Fcfa, ce qui permet de payer 1 000 Fcfa. « Ça n'a rien de politique. C'est purement commercial. Le Drd a été convenu entre la Côte d'Ivoire, le Ghana et les chocolatiers », ont insisté les techniciens de la filière. Ces derniers feront donc remarquer que le prix de la campagne cacaoyère 2020-2021 a deux composantes : la composante des ventes par anticipation, à savoir le marché qui donne normalement un prix bord champ de 771 Fcfa et la composante qui tient compte de l'accord que la Côte d'Ivoire et le Ghana ont obtenu avec les chocolatiers. Pour chaque contrat sur une tonne de cacao, les chocolatiers se sont engagés à payer 400 dollars, soit 200 000 Fcfa. Ce sont ces 400 dollars qui ont permis d'avoir un revenu additionnel de 229 Fcfa pour porter le prix bord champ issu du prix du marché à 1 000 Fcfa.

Préavis de grève

Face à la menace de dépôt d'un préavis de grève par trois organisations syndicales, à savoir le Synapci, l'Anaproci et le Syneagri-Ci, le service de communication de la filière a fait la précision suivante : « Le Conseil café cacao est un organe de régulation de la filière. On a des groupements de producteurs qui ont écrit au Conseil pour chercher à comprendre certaines choses par rapport à la commercialisation. Le Conseil a répondu favorablement et le jeudi 3 décembre 2020, le Conseil ira à la rencontre de ces producteurs pour les écouter et répondre à leurs préoccupations et inquiétudes ».

Dans un communiqué signé conjointement par trois organisations syndicales, à savoir le Synapci, l'Anaproci et le Syneagri-Ci, dont Linfodrome a reçu copie, l'on apprend que depuis le 17 novembre 2020, on assiste à un blocage de la commercialisation du cacao sur toute l’étendue du territoire.

Irène BATH