Côte d'Ivoire

Difficultés des acteurs du secteur de la boulangerie et de la pâtisserie : Le cri du cœur de Abey Marius (Pdt de Fipabp-ci)

Economie
Publié le Modifié le Source : Linfodrome
difficultes-des-acteurs-du-secteur-de-la-boulangerie-et-de-la-patisserie-le-cri-du-coeur-de-abey-marius-pdt-de-fipabp-ci Abey Marius a lancé un cri de cœur pour sauver leur secteur.

 Abey Marius, président de la Fédération interpreofessionnelle des patrons artisans boulangers et pâtissiers de Côte d’Ivoire (Fipabp-ci) évoque les difficultés de cette filière et lance un cri du cœur à l’endroit de l’État afin de sauver leur secteur de l’agonie. Il était l’invité de la Rédaction de Linfodrome le 30 décembre 2020.

Depuis quelques jours, vous êtes sous le feu des projecteurs, que s’est-il passé ?

Nous sommes ravis d’être avec vous ce soir pour vous parler de notre secteur d’activité qui est celui de la boulangerie et de la pâtisserie en Côte d’Ivoire. Je voudrais tout de suite préciser qu’il ne s’agit pas seulement de la boulangerie du pain français mais, il s’agit de la pâtisserie et aussi du secteur du pain sucré. Nous sommes une fédération qui regroupe tous ces trois démembrements, des utilisateurs de la farine de blé. Nous vivons une situation difficile qui perdure tout le temps. Et nous souhaitons partager nos souffrances, nos douleurs avec la communauté des consommateurs que sont les Ivoiriens, avec l’État de Côte d’Ivoire pour qu’ils comprennent vraiment et enfin qu’il est nécessaire et urgent qu’une action soit menée à l’endroit des boulangeries et pâtissiers de Côte d’Ivoire qui croulent sous le poids des dettes parce que le prix de la matière première qui est la farine ne cesse de grimper, cela depuis plus d’une dizaine d’année, alors que le prix de la baguette de pain reste bloqué à 150 Fcfa.

Mais parler d'augmentation de 150 à 350 francs Cfa, c’est tout de même exorbitant, qu'en pensez-vous ?

Pris dans ce sens, cela semble être exorbitant mais, nous disons que la baguette de pain qui est vendue à 150 Fcfa en respectant les normes et en respectant toutes les charges du chef d’entreprise, nous coûte 350 francs Cfa. Parce qu’une entreprise a toute une logique économique et commerciale à laquelle elle est assujettie. Les boulangers sont des chefs d’entreprise, à ce titre, ils payent des impôts. Ils doivent pouvoir amortir leurs équipements ; ils doivent pouvoir payer décemment les salaires, payer la CNPS (Caisse nationale de prévoyance sociale, ndlr), avoir des assurances, des responsabilités mutualistes parce que c’est une entreprise, il peut y avoir des accidents... Et lorsque nous mettons tout cela en rapport avec la fluctuation de la matière première, notamment la farine dont le prix est passé de 10 000 Fcfa à 20 000 Fcfa. Et aujourd’hui, avec l’augmentation du prix de la farine projetée pour le 15 janvier 2021, nous serons à 45 000 francs cfa d’augmentation pour la tonne de farine en l’espace d’une année. Nous disons que nous allons à la faillite déjà que nous vivons une situation difficile liée au fait que le prix du pain soit ce qu’il est aujourd’hui. En exposant cela, nous croyons simplement partager nos difficultés et nous souhaitons que nos autorités entendent le cri de cœur que nous avons émis et nous trouvent des solutions parce qu’il n’y a qu’elles qui peuvent nous trouver des solutions. En 1996, le secteur de la boulangerie a été libéralisé. En 1996, la subvention a disparu du secteur. L’homologation aussi. Donc, nous sommes seuls face au coût du prix du pain et nous disons non, il faut que le gouvernement, le ministère du Commerce nous entendent et nous aident.

Comment vous aider ?

Peut-être subventionner le secteur puisque le pain est un produit social. Ça sera aussi nous aider. Nous aider, déjà c’est permettre l’application effective des textes qui régissent la profession. Il est interdit qu’une boulangerie soit installée à moins de 500 mètres d’une autre. Il faut que l’administration veille au respect de ces textes aussi longtemps. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui malgré toutes nos plaintes, malgré toutes nos souffrances.

Quid de la question de la distribution de pain ?


Elle est réglementée par des arrêtés de 2014. Il est interdit que le pain soit commercialisé dans les boutiques parce que ça présente des risques évident de sécurité alimentaire pour le consommateur ivoirien. Il est interdit que le pain soit baladé partout dans les rues, exposé à la poussières et à toutes sortes de contamination. Mais, nous attendons effectivement que le ministère du Commerce prenne en charge la répression de cette infraction permanente qui cause des préjudices aux chefs d’entreprise que nous sommes et qui cause des préjudices à la population, aux consommateurs. Donc nous aider, c’est déjà commencer à appliquer, à faire respecter les textes et à faire tout ce qui est possible pour que le surcoût lié à la production du pain ne soit pas que seulement l’affaire des boulangers, mais soit l’affaire de tous : les meuniers, l’État, les boulangers, les consommateurs. C’est une chaîne, il faudrait que chacun prenne sa part de responsabilité pour que le boulanger, le chef d’entreprise ne se sente pas écrasé. Parce que nous allons à la disparition. Nous avons des jeunes qui ont fait des BT (Brevet technicien, ndlr) en boulangeries et pâtisseries. Admettez avec moi que je ne vais pas leur donner des salaires de 40 000 Fcfa, 50 000 Fcfa. Si nous les formons à ce niveau dans les écoles mêmes que l’État a mis sur pied, mais c’est pour leur donner un salaire descend. Vous imaginez un chef d’entreprise qui est étouffé, essoufflé par les charges. Vous imaginez ce que cela peut représenter. Nous voulons continuer à servir la qualité aux consommateurs Ivoiriens et ça nécessite un appui, ça nécessite un soutien. C’est ce que nous attendons du ministère du Commerce et nous espérons que les consommateurs Ivoiriens qui ont été interpellés par la réalité des prix nous aident aussi à atteindre cet objectif.

Avez-vous mené des démarches dans ce sens auprès des autorités ?

Biensûr. La fédération dont je suis aujourd’hui le président a eu des présidents avant moi et depuis l’année 2008, ces présidents ont approché l’administration à plusieurs reprises pour expliquer les difficultés liés aux secteurs. Malheureusement, jusque-là nous n’avons pas trouvé de solution qui convienne à notre situation. Nous disons que ça perdure et il est bon que le ministère du Commerce regarde réellement la difficulté qui est dans le secteur. On s’attarde sur la naissance et la construction de nouvelles boulangeries mais nous, les acteurs du secteur nous disons que le prix de la farine, le prix de la main d’œuvre, le prix des intrants, levures, améliorants, gaz, gasoil, le prix de tout ce qui permet de faire du pain nous écrase. Nous n’en pouvons plus, c’est un cri de détresse que nous avons émis. C’est aussi la même réalité pour les opérateurs qui font le pain sucré. Que le consommateur sache que le pain sucré se fait à base de la même farine qu’on appelle « la super fine ». Son prix aussi connaît un surcoût permanent. Nous trouvons qu’il est un peu difficile que le prix de la farine puisse augmenter jusqu’à être à un niveau de 100% d’augmentation et que le prix du pain ne change pas. Le 15 janvier, c’est un dead-line pour nous tous pour que nous revenons à la raison. Les meuniers annoncent une autre augmentation du prix de la farine. Ils doivent revenir à la raison pour aider les boulangeries et nous attendons que le ministère du Commerce participe à cette messe pour trouver des solutions qui permettent à tout le monde, notamment aux consommateurs et aux chefs d’entreprises que nous sommes, de pouvoir tenir.

Vous semblez pourtant ne pas être suivi dans votre combat, vu les réactions de certains de vos confrères. Qu'en dites-vous ?

Aucun acteur sérieux du secteur de la boulangerie, de la pâtisserie ne se désolidarise de quoi que ce soit. Çà, je peux vous le dire. Ces acteurs que vous avez vu, nous nous interrogeons tous, patrons boulangers et pâtissiers de la nature de leurs propos. Nous nous posons la question de quoi ils parlent ? Si ce sont des boulangers, ils ne peuvent pas nier que la farine a connu une hausse de 100%. Si ce sont des boulangers, ils ne peuvent pas nier qu’ils n’arrivent pas à payer correctement leur personnel et qu’ils ne les déclarent mêmes pas à la CNPS. Si ce sont des boulangers, ils ne peuvent pas être en déphasage avec ce cri de cœur que nous avons émis. Tous les boulangers de Côte d’Ivoire sont d’avis qu’il est nécessaire et urgent que quelque chose soit fait en direction de la corporation pour ne pas que nous disparaissons. Si les entreprises de boulangeries disparaissent, l’État aussi perd en ressources parce que nous payons des impôts. Si on nous apporte l’aide qu’il faut, l’État aussi va recevoir la fiscalité, les impôts qu’il attend d’un pareil secteur qui est vital, qui est important et qui nécessite qu’une action urgente, qu’une action idoine soit faite à l’endroit de ce secteur. Nous disons que tous les opérateurs de la boulangerie, de la pâtisserie, du pain sucré en Côte d’Ivoire sont d’avis qu’il y a nécessité d'agir dans le secteur. C’est de ça qu’il s’agit et c’est ça qui est la vérité.

Jonas BAIKEH