Industrie du cacao / Ça chauffe sur trois fronts: Des multinationales du chocolat assignées en justice aux Usa

Economie
Publié le Source : L'inter
industrie-du-cacao-ca-chauffe-sur-trois-fronts-des-multinationales-du-chocolat-assignees-en-justice-aux-usa L'actualité dans la filière cacao connaît des rebondissements. (Ph: DR)

L'actualité dans l'industrie du cacao connaît régulièrement des rebondissements qui touchent pratiquement tous les acteurs de la chaînes des valeurs.

L'industrie du chocolat est dans l'impasse. Autant les pays producteurs de cacao ont du mal à tirer le meilleur profit de leur labeur, autant les transformateurs et consommateurs sont acculés pour leur rôle présumé dans le travail des enfants dans la cacaoculture, la déforestation, l'appauvrissement des planteurs.

Hier jeudi 25 février 2021, s'ouvrait à Amsterdam (Pays-Bas), la conférence virtuelle sur le cacao durable (Ascc) organisée par l'Organisation internationale du cacao (Icco). Cette réunion qui était ouverte à tous les acteurs intervenant dans la chaîne des valeurs du cacao, était une occasion urgente et exceptionnelle pour le directeur exécutif de l'Icco, Michel Arrion, de lancer un appel à tous les pays producteurs, mais aussi aux consommateurs, à rejoindre le dialogue lancé entre l'Union européenne, la Côte d'Ivoire et le Ghana pour un cacao durable. En effet, l'Icco également épouse l'idée d'une cacaoculture respectueuse de l'environnement, exempte du travail des enfants, et qui rémunère convenablement les planteurs. L'Icco a saisi cette tribune pour rappeler à chacun les engagements pris et la nécessité de les respecter dans l'intérêt d'une industrie cacaoyère plus durable.

La justice ne lâche pas les multinationales

Aux États-Unis d'Amérique, les multinationales du chocolat font face à la justice qui entend faire toute la lumière sur le rôle joué par celles-ci dans le travail des enfants dans les plantations de cacao en Afrique, principalement en Côte d'Ivoire et au Ghana, les deux plus gros fournisseurs mondiaux en fèves. Commodafrica.com qui donne l'information, invoque l'épisode judiciaire de décembre 2020, dans lequel la Cour Suprême des États-Unis s’était déclarée compétente pour examiner la demande du groupe Cargill et de la filiale américaine de Nestlé de casser la décision de 2018 de la 9th U.S. Circuit Court of Appeals de San Francisco. Elle avait autorisé l’action en justice enregistrée en 2005 pour le compte d’enfants d’esclaves du Mali qui auraient travaillé dans des plantations fournissant en cacao les deux multinationales – Cargill et Nestlé.

La nouveauté dans l'affaire, est que le 12 février 2021, International rights advocate (Ira), une Ong américaine de défense des droits de l’Homme qui représente les plaignants d’origine malienne, a introduit une action en justice au niveau fédéral, mais qui cette fois, met en cause Mars, Mondelēz, Hershey, Barry Callebaut et Olam. Ce qui montre bien que c'est désormais le consortium des multinationales du cacao qui se trouve impliquées dans ce procès.

Ira qui se base sur de Norc de l’université de Chicago publiée en octobre 2020 pour attaquer en justice ces grands groupes, rappelle à la mémoire collective que tous ces groupes ont signé dès 2001, le fameux Protocole Harkin-Engle, en vertu duquel l'industrie a reconnu publiquement le travail des enfants dans la cacaoculture et s'est engagée à prendre des mesures pour y remédier.

Lors de la signature de la Déclaration et du Cadre d’action, ces partenaires avaient pris l'engagement de mettre en œuvre des mesures pour réduire le travail des enfants et les pires formes de travail des enfants (Pfte) dans la production de cacao. Ils visaient un taux de réduction de 70 % à l'horizon 2020 aussi bien en Côte d'Ivoire qu'au Ghana. Ce délai a été repoussé à 2025, avec également un objectif révisé à la hausse : 75%. Pour Ira, en s’accordant ce délai supplémentaire, ces multinationales admettent implicitement utiliser des «enfants esclaves».

Autre argument qui vient conforter l'action de Ira, est que la situation du travail des enfants dans les plantations ivoiriennes et ghanéennes se serait aggravée au regard des données de l'étude de Norc, soit une augmentation de 14 % entre la dernière étude qui date de 2015 et la campagne de commercialisation 2018/19. L'on totaliserait, apprend-on 1,56 million d'enfant travaillant dans les champs de cacao dont 1,48 million seraient impliqués dans des travaux dangereux.

''Cette nouvelle action de Ira se base sur le Trafficking victims protection reauthorization act qui autorise les victimes de trafic et de travail forcé à attaquer en justice les entreprises y ayant participé.''

La Côte d'Ivoire, pas encore sortie d'affaire

La Côte d'Ivoire n'a pas encore trouvé solution au problème de la mévente de son cacao. Aujourd'hui, le pays se retrouve en position de faiblesse face aux multinationales qui ne perdent pas une seule seconde pour monter les enchères. Le Conseil du café-cacao (Ccc) négocie, en effet, pour enlever aux mains des exportateurs nationaux 100 000 tonnes de cacao. Évidemment, il n'a pour seul recours que les multinationales auxquelles il tentait d'imposer le Drd – pourtant arrêté d'un commun accord avant une volte face inattendue de ces industriels.

Ces multinationales exigent une réduction des primes sur les stocks aux mains des exportateurs locaux, une manière détournée d'acheter le cacao ivoirien sans le Drd de 400 dollars par tonne. Selon des informations rapportées par Reuters, le Conseil du café cacao aurait proposé les fèves avec une réduction allant de 200 à 250 livres sterling (entre 150 et 180 mille fcfa) par tonne sans succès à ces acheteurs internationaux qui refusent, proposant des rabais supplémentaires : entre 350 et 400 livres sterling (entre 265 et 303 mille fcfa). Les négociations – souterraines – se poursuivent.

Élysée LATH