Inégale redistribution des richesses, déforestation et dégradation des forêts… Un rapport accable la Côte d’Ivoire ; Nialé Kaba réagit

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inegale-redistribution-des-richesses-deforestation-et-degradation-des-forets-un-rapport-accable-la-cote-d-ivoire-niale-kaba-reagit La ministre Nialé Kaba, à droite, recevant le Rapport 2020. (Ph: DR)
Economie

Les résultats du Rapport sur le développement humain (RDH) 2020 dont le thème est : « Le développement humain et l’anthropocène : la prochaine frontière », ont été présentés, mercredi 19 mai 2021, au cours d’un panel qui a eu lieu au 20ème étage de l’immeuble Sciam, à Abidjan-Plateau.

Les principales conclusions du RDH 2020, selon la présentation faite par Carol Flore Smereczniak, Représentante Résidente du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) accablent la Côte d’Ivoire. Cette dernière fait remarquer que de nombreuses inégalités en matière de développement humain se sont accentuées malgré les performances économiques enregistrées au niveau mondial (ou national). Une situation qui montre que les fruits de la croissance, dira-t-elle, continue d'être redistribués, mais de façon inégalitaire. Pour preuve, elle souligne qu’une étude du Pnud montre qu’avec seulement 0,07% de leur produit intérieur brut (Pib), 613 millions de femmes pourraient sortir de la pauvreté dans les pays en développement. S’appuyant sur le RDH 2020, Carol Flore Smereczniak note également que les pressions de l'activité humaine, économique et sociale, sur la nature, l'environnement et l'écosystème, conduisent la civilisation humaine dans une nouvelle époque géologique. Elle fait remarquer qu’en Côte d’Ivoire, les principales causes du réchauffement climatique sont issues des actions conjuguées de l’homme sur la biodiversité et les ressources naturelles. Ainsi, le pays fait face, de l’avis de la Représentante Résidente du Pnud à la déforestation et à la dégradation de ses forêts. « On enregistre une perte de plus de 75% du couvert forestier entre 1900 et 2015 et estimée à environ 110 000 hectares/an depuis 2015. Le pays a encore perdu plus de 47 000 hectares de forêts, qui aurait été défrichée durant l’année 2020 à des fins de production de cacao, selon les données publiées par l’Organisation environnementale américaine Mighty Earth, le 18 février 2021 », déplore Carol Flore Smereczniak. Ajouté à tout cela, il est apparu la pandémie de Covid qui, selon la Représente Résidente du Pnud, a mis en lumière la vulnérabilité existentielle, sociale et économique, avec par ailleurs des gains sur le plan de la préservation environnementale. « Covid-19 donne aux sociétés la possibilité de réévaluer leurs normes de production et de consommation, et de prendre des mesures plus ‘’propres’’ en faveur d’un recentrage vers la préservation de la flore et de la faune pour garantir la survie humaine », note la Représentante Résidente du Pnud qui a conclu sa présentation sur deux recommandations faites dans le Rapport. A savoir, saisir l’occasion du renouvellement de la législature en Côte d’Ivoire, pour repositionner le débat sur les priorités de développement au cœur de la gouvernance politique du pays. Toute chose qui implique que toutes les actions soient renforcées mutuellement, que l’intégrité nationale soit sauvegardée et l’interaction entre les populations soient sauvegardée, de même que la préservation de l’écosystème planétaire. Carol Flore Smereczniak informe que le Rapport recommande également de veiller à la mise en œuvre effective des politiques publiques cohérentes qui tiennent compte du fait que les populations les plus défavorisées ont besoin d’une assistance supplémentaire pour surmonter les barrières auxquelles elles font face.

Réagissant aux conclusions du RDH 2020, Nialé Kaba, ministre ivoirien du Plan et du Développement, fait remarquer que des initiatives existent pour sauver la Côte d’Ivoire et le reste du monde. Elle fait ainsi allusion aux Objectifs de développement durable (Odd) mais aussi aux différents Accords sur le climat. « Ces initiatives entamées depuis 1992 au Sommet de la terre à Rio de Janeiro, ont conduit à une prise de conscience générale, de presque 80 % de la population mondiale, qui comprennent l’importance de protéger la planète.Mais il est nécessaire que cette prise de conscience s’accompagne de l’adoption d’actions et de gestes concrets pour la sauver », recommande-t-elle. Nialé Kaba fait remarquer qu’au plan institutionnel, des Ministères sont dédiés depuis plusieurs décennies à la protection de l’environnement, des eaux et des forêts pour la préservation de la biodiversité. « De plus, la Côte d’Ivoire fait partie des pays ayant renforcé leurs capacités institutionnelles, systémiques et individuelles pour favoriser les mesures d’adaptation et d’atténuation du changement climatique préserver et restaurer les écosystèmes terrestres, lutter contre la désertification », informe la ministre du Plan et du Développement. Malgré ces actions, Nialé Kaba fait remarquer que le Rapport sur le développement humain 2020 met en évidence le fait que « nous entrons dans une nouvelle ère géologique-l’Anthropocène dans laquelle les êtres humains sont une force dominante qui détermine l’avenir de la planète. Le futur qui se dessine est déjà effrayant à bien des égards, qu’il s’agisse du changement climatique, de l’appauvrissement de la biodiversité ou encore de la pandémie plastique qui ravage nos océans ». C’est pourquoi, confie-t-elle, le Rapport préconise une transformation juste, qui favorise l’expansion des libertés humaines tout en réduisant les pressions exercées sur la planète. Pour que l’humanité puisse s’épanouir dans les Anthropocènes, elle propose de nouvelles trajectoires de développement pour atteindre trois objectifs qui sont le renforcement de l’équité; la prise en compte de l’innovation et la protection de la planète.

Le thème du RDH 2020, faut-il le noter, pose la problématique du rapport de l’Homme à son environnement.

Irène BATH