Secteur de l’électricité : Ibrahima Dabo (Expert en énergie) : « Il faut prendre en compte les énergies renouvelables » (Interview)

Economie
Publié le Source : Linfodrome
secteur-de-l-electricite-ibrahima-dabo-expert-en-energie-il-faut-prendre-en-compte-les-energies-renouvelables-interview Ibrahima Dabo est spécialiste de programme en politiques énergétiques et planification stratégique à l’IFDD

M. Ibrahima Dabo est spécialiste de programme en politiques énergétiques et planification stratégique à l’Institut de la Francophonie pour le Développement Durable (IFDD), qui, faut-il le préciser, est un organe subsidiaire de l’Organisation international de la Francophonie basé à Québec au Canada. M. Dabo est le coordonnateur de la formation sur la tarification de l’électricité, organisée en partenariat avec l’Anaré-CI et le centre d’étude de réglementation économique et financière (CEREF) du Canada. Il a bien voulu répondre aux questions de Linfodrome. Interview…

Qu’avez-vous apporté aux différents participants lors de cette formation ?

La formation a porté sur la réglementation de l’industrie électrique et surtout sur la tarification de l’électricité. Ce que cela a apporté, c’est d’abord une revue générale du concept de la tarification, des défis technologiques, environnementaux, institutionnels ainsi que des enjeux tarifaires.

La formation aborde ensuite les principes de tarification, les modèles de tarification qui existent dans le monde, les pratiques tarifaires adaptées au contexte africain. L’innovation majeure, c’est la prise en compte des énergies renouvelables dont les modèles tarifaires du fait, d’une part, du changement climatique, et d’autre part, de la présence de plus en plus accrue de ces formes d’énergie dans les systèmes électriques actuels.

Quel objectif visiez-vous à travers cette formation ?

Ce que les participants à cette formation doivent retenir, d’abord, fondamentalement, ce qu’il faut comprendre, c’est que le changement climatique fait qu’il y a un besoin de changer les trajectoires de mode de production et de consommation traditionnels car ceux-ci ne peuvent plus être utilisés. Il est donc question de mettre l’accent sur d’autres formes d’énergies dont les énergies renouvelables. Ce que nous visons donc à travers cette formation, c’est de renforcer les capacités des organes de régulation du secteur de l’électricité, mais également les opérateurs de l’électricité, les compagnies nationales d’électricité, les ministères en charge de l’énergie, des finances, etc. En fait, de toutes ces entités qui gravitent autour de cette question énergétique.

Etant donné le rôle central de la tarification dans tout ce qui concerne la réglementation au niveau des pays. Donc notre rôle c’est continuer d’améliorer les capacités des personnes chargées de mettre en œuvre les tarifs. Ainsi, à l’issue de cette formation, les participants devraient être outillés pour analyser les diverses méthodologies de tarification et présenter les objectifs visés par leur mise en place par les agences de régulation, expliquer les approches récentes de tarification pour le déploiement des énergies renouvelables, démontrer les méthodes de détermination des tarifs pour un développement durable, comparer les méthodologies de tarification traditionnelles et nouvelles, démontrer comment adapter les tarifs théoriques aux réalités imposées par les objectifs de développement durable et de la justice sociale et développer une structure tarifaire et calculer les tarifs sur des tableurs comme Excel.

Quels sont les autres champs d’action de l’IFDD ?

Ah oui, l’IFDD, disons que nous sommes un organe subsidiaire de l’Organisation internationale de la Francophonie dont la mission est d’accompagner les membres de la francophonie dans la réalisation de leurs objectifs de développement durable et de faciliter la coopération au sein de l’espace francophone. Nous conduisons principalement trois programmes : 1) l’appui à la mise en œuvre des politiques et stratégies intégrant les Objectifs du développement durable et une transition vers l’économie verte aux niveaux national et local, 2) l’accompagnement des transformations structurelles des pays, leur permettant de mettre en œuvre leurs engagements en faveur de l’environnement et, bien sûr 3) l’accompagnement des pays membres de la Francophonie dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques et stratégies d’accès universel à l’énergie durable Et pour ce dernier programme, nous essayons de mettre l’accent sur ce que nous appelons communément l’objectif du développement durable N°7 où il est question de procéder à l’accès des services énergétiques modernes, durables, aux populations. Mais également la promotion des énergies renouvelables, de même que la promotion de l’efficacité énergétique. Bien sûr, sans oublier les autres composantes qui concernent le partenariat et la recherche de développement.

Comment avez-vous jugé le niveau des participants ?

Comme d’habitude, c’est des niveaux exceptionnels parce qu’on n’oublie pas que tous ces participants sont venus de pays africains et également de la France. Ils ont pris sur eux-mêmes, la plupart des dépenses liées à cette formation. L’OIF (l’Organisation Internationale de la Francophonie), pour ce qui la concerne, elle a mis l’accent sur l’expertise en apportant des formateurs chevronnés issus des universités, de centres de recherche, de l’industrie, etc.. Nous avons donc mobilisé l’expertise et apporté une contribution au niveau logistique aux côtés de l’Anaré-Ci et de ses partenaires. Tous les auditeurs qui sont là sont venus de leur propre chef. Cela montre tout l’intérêt qu’il y a et toute la valeur ajoutée de cette formation unique en son genre. Nous avons plusieurs profils de participant : des juristes, des économistes, des financiers, des ingénieurs provenant d’organes de régulation ou de compagnies d’électricité, des décideurs issus des ministères en charge de l’énergie ou bien des finances. C’est une formation professionnelle qui diffère d’une formation initiale qu’on dispense dans certaines universités parce qu’il y a toujours un complément que l’on ajoute vu la diversité des profils. On voit que l’énergéticien s’enrichit du juriste, de l’économiste, du financier, et vice-versa.

Un mot sur la politique de régulation mise en place par l’Anaré-CI au niveau de la Côte d’Ivoire

Ecoutez, notre rôle en tant que Francophonie, ce n’est pas de juger la manière dont les choses sont faites ou pas. Notre rôle c’est de renforcer les capacités des institutions francophones. En ce qui concerne les organes de régulation, il s’est avéré que c’est une nécessité d’autant qu’on voulait promouvoir un partenariat public-privé qui existait. Donc avec la cassure des monopoles traditionnels des compagnies d’électricité, des nouveaux acteurs en présence, des producteurs indépendants, des distributeurs indépendants, il y a un besoin d’avoir un organe de régulation. Comme je le disais tout à l’heure, nous, notre rôle c’est de renforcer les capacités et pas celui de juge. Ce que je peux dire par contre, c’est que le partenariat que nous avons avec l’Anaré-Ci, c’est un partenariat exemplaire parce que nous sommes à la cinquième édition de cette formation sur la tarification de l’électricité. Cela veut dire que nous apprécions grandement ce que fait l’Anaré-Ci.

En dehors de l’électricité et de l’énergie, est-ce que l’OIF appuie les Etats africains dans d’autres domaines

Mais oui ! il suffit de voir ce que nous sommes en train de faire dans les domaines de l’éducation, de la formation, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Nous pouvons aussi parler de nos actions dans la promotion de la langue française et de la diversité culturelle et linguistique, de la paix, la démocratie et les droits de l’Homme, sans oublier la coopération économique au service du développement durable

Il y a beaucoup d’autres champs d’actions sur lesquels la Francophonie agit. Il suffit de consulter notre site web pour vous rendre compte de l’immensité du travail qu’abat justement la Francophonie. Le renforcement de cette coopération sud-nord, sud-sud, nord-nord. Pour ces choses, il y a une excellente expertise qui existe au niveau de la Francophonie et pratiquement tous les domaines d’activités. Nous nous attelons à les valoriser en mettant l’accent sur nos pratiques quotidiennes.

Un conseil aux participants

Je pense que vous avez été témoin de ce qu’ils ont dit. Ce sont des appréciations très positives de cette formation. Ils en sortent, pas tout à fait rassasiés car ils voudraient que cette formation se poursuive. Mais bon, j’imagine que tout comme moi, ils ont des difficultés pour quitter l’hospitalité dont les Ivoiriens ont fait montre. Pour ce qui concerne le contenu des enseignements, je pense qu’ils sont très satisfaits de la qualité. Ils ont reçu des enseignements de qualité avec des experts-formateurs qui sont venus de divers horizons comme vous avez pu le constater, de Belgique, de Hollande mais également du Canada, à distance. Les participants en redemandent encore, on essayera de voir avec nos partenaires comment mettre en place des programmes qui prennent en compte leur besoin et leurs objectifs. C’est le mot que je peux leur passer. Ce sont leurs besoins qui commandent les actions que nous allons adopter.

Merci Mr

C’est moi qui vous remercie.