Filière café cacao: Les producteurs peinent à commercialiser leurs récoltes, la fuite du cacao évoquée 

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filiere-cafe-cacao-les-producteurs-peinent-a-commercialiser-leurs-recoltes-la-fuite-du-cacao-evoquee La Côte d'Ivoire enregistre toujours la fuite de son cacao. (Ph: DR)
Economie

Les producteurs de café-cacao, au plan national, sont actuellement confrontés à de graves difficultés de commercialisation de leurs récoles pour la campagne en cours. En tout cas, c’est ce qui ressort des déclarations faites le 17 février 2022 par Ehora Yao Léonard, président régional du Collectif des sociétés coopératives de l’Indénié-Djuablin.

Dans un entretien accordé à Linfodrome, Ehora Yao Léonard, figure de proue du secteur du café cacao à l’Est de la Côte d’Ivoire, a clairement relevé la nécessité pour le Gouvernement ivoirien de mieux se pencher sur la filière café-cacao, au risque de mettre à mal l’économie ivoirienne.

 Bilan de la campagne cacaoyère

Dressant le bilan de la campagne cacaoyère actuelle, Ehora Yao, président régional du Collectif des sociétés coopératives de l’Indénié-Djuablina, a relevé les grands espoirs des planteurs au début de ladite campagne, convaincus que les graves difficultés d’écoulement de leurs productions de l’année dernière étaient un lointain souvenir. « Nous avons commencé à bien travailler durant les mois d’octobre et de novembre. Malheureusement, depuis le 20 décembre 2021, jusqu’à ce jour 17 février 2022, nous connaissons les mêmes difficultés de commercialisation que nous avons rencontré durant la campagne passée. Nous n’arrivons pas décharger nos camions au port autonome d’Abidjan. Ces véhicules remplis de fèves de cacao sont donc immobilisés depuis plusieurs semaines. Dans nos magasins, les produits sont également stockés en grande quantité dans des conditions qui ne garantissent pas toujours la préservation de la qualité du produit. La situation est grave », a affirmé le producteur.

 "Les exportateurs, pour des raisons que l'on ignore, ne valident pratiquement plus les connaissements pour permettre le déchargement de camions de cacao au port"

Le président régional du Collectif des sociétés coopératives de l’Indénié-Djuablin, Ehora Yao a expliqué que les sociétés coopératives sont désormais soumises à un connaissement qui doit être validé par les exportateurs avant tout déchargement au port. « Le constat est que les exportateurs, pour des raisons que nous ignorons, ne valident pratiquement plus les connaissements pour nous permettre de décharger nos camions au port. Conséquence, nous, présidents de coopératives, sommes livrés à la colère des planteurs de base qui n’ont que leurs plantations pour nourrir leurs familles. Les sociétés coopératives sont en agonie. Et nous vous assurons que c’est parce qu’il y a une baisse de la valeur de la monnaie ghanéenne (le cédi, ndlr) que les planteurs n’évacuent pas leur production au Ghana. Si la devise ghanéenne enregistre une hausse, nous risquons de connaître une fuite du cacao ivoirien. Il faut que le Gouvernement ivoirien se penche sérieusement sur notre filière pour résoudre nos difficultés » a plaidé Ehora Yao. Bien plus, à l’en croire, le fonds de soutien Covid-19 promis depuis la campagne écoulée par le Gouvernement aux producteurs pour les soutenir, n’est toujours pas disponible.

Les explications du Conseil café cacao

Au regard des difficultés de commercialisation du cacao, Ello Evariste, Directeur Régional du Conseil café-cacao de l’Indénié-Djuablin, approché, a fait des éclairages.

"Un opérateur ne peut plus actuellement se permettre, à lui seul, d'acheter 100 mille tonnes de cacao aussi facilement"

Il a fait remarquer qu’en réalité, le système de commercialisation du cacao en Côte d’Ivoire a changé en raison de l’expérience vécue les années passées. «Désormais, les exportateurs ont des quotas qu’ils ne peuvent pas dépasser. En début de campagne, on attribue des quantités de produits à acheter à chaque entreprise exportatrice. Un opérateur ne peut donc plus actuellement se permettre, à lui seul, d’acheter par exemple 100 mille tonnes de cacao aussi facilement. Si un opérateur a épuisé le quota qui lui a été attribué, il est obligé d’attendre qu’on évalue la situation et qu’on lui attribue un autre quota pour reprendre ses achats de cacao», a mentionné Ello Evariste. 

Le Directeur Régional du Conseil café-cacao de l’Indénié-Djuablin a souligné que cela permet à tous les exportateurs d’avoir, selon leurs performances, une quantité de fèves de cacao à acheter et de fonctionner. Par prudence donc, précise-t-il, «on donne, par périodes, des quotas aux exportateurs selon leur niveau de fonctionnement. Et c’est ce qui explique le ralentissement du système de commercialisation » a-t-il expliqué.

Yohann KACOU (Correspondant régional)