Affaire 2nd terminal à Bolloré, compétitivité port d’Abidjan, etc. Le ministre Billon fait des révélations: « Je suis actionnaire d'affaires Bolloré en Côte d'Ivoire »

«... il aurait fallu un contrôle a-priori... »
15/06/2013
Le ministre Jean Louis Billon affirme vouloir le respect du droit de la concurrence / Photo : archives
Après les réactions controversées suscitées par sa récente sortie dans un journal français relativement à l'attribution du second terminal à conteneurs au groupe Bolloré, le ministre en charge du commerce, Jean Louis Billon, s'est confié à Alqarra TV, il y a quelques jours. Sans faux fuyant, le ministre ivoirien révèle des informations sur Bolloré et lui. Entretien.

Que reprochez-vous à l'attribution du second terminal à conteneurs au groupe Bolloré ?

Tout simplement, la première des anomalies, c'est contraire au droit de la concurrence en Côte d'Ivoire qui veut qu'on ne favorise pas les positions dominantes. Le monopole est déjà une position dominante et la loi nous interdit de créer des positions dominantes. A partir de là, il aurait fallu un contrôle a-priori qui malheureusement n'a pas eu lieu. Comme le processus avait commencé bien avant que je n'entre au gouvernement, la décision finale ayant été rendue et publiée par le port autonome s'est avérée contraire au droit de la concurrence. Or, le ministère du commerce a en charge le respect du droit à la concurrence.

Votre légitimité repose dans le fait que vous êtes ministre du commerce et donc d'avoir à faire respecter le droit de la concurrence ?

Tout simplement. C'est un texte somme toute banale et qu'on trouve dans tout pays organisé. Tout l'arsenal pour faire respecter la concurrence se trouve dans la loi de 1991 en Côte d'Ivoire reprise par le traité de l'Uemoa en 2002. C'est assez banal dans l’exercice des affaires. C'est que vous pouvez faire une fusion ou une acquisition et une commission de la concurrence va vous stopper soit au niveau national soit au niveau communautaire. Et, c'est ce qui arrive en ce moment.

C'est moins banal qu'un ministre intervienne sur une telle décision alors que visiblement l'offre a obtenu l'appel d'offre parce qu'elle avait la meilleure offre financière et que l'Autorité de régulation (des marchés publics) a validé cette offre.

Mais l'offre doit quand même satisfaire le droit de la concurrence. Si au bout du compte on se rend compte qu'il y a anomalie, on corrige. C'est ce qui motive ma sortie tout simplement.

En réaction, le groupe Bolloré a souligné que votre frère était présent dans une des offres qui ont été rejetées et donc, on vous reproche d'être un peu mauvais perdant.

Non, ce n'est pas ce qui motive ma réaction. J'ai en charge la concurrence et j'en parle. Le groupe Bolloré peut aussi rappeler que je suis actionnaire d'affaires Bolloré en Côte d'Ivoire et cela depuis une vingtaine, une trentaine d'années. Ça ne m'empêche pas de dire que les prix sont chers ou alors que je combats la consommation du tabac. J'ai une firme dans laquelle je produis des tomates. Ça ne m'empêche pas de dire que les prix du vivrier sont chers en Côte d'Ivoire et de dénoncer le racket sur le transport. Tout cela ne doit pas occulter la bonne marche de notre économie et défendre l'intérêt pur de l'économie ivoirienne.

Aujourd'hui, l'affaire est portée devant l'Uemoa, c'est cela ?

L'Uemoa, d'ailleurs, pouvait s'auto-saisir. Tout comme la commission nationale de la concurrence si elle était en place (parce qu'elle n'est pas encore complètement en place) pouvait s'auto-saisir aussi. Donc il y a eu un vide qui a favorisé que le dossier arrive aussi loin. Mais une fois à l'Uemoa, l'Uemoa a saisi et a jugé l'affaire recevable et nous rappelle les principes de la concurrence. Comme quoi, elle nous rappelle qu'il aurait fallu un contrôle a-priori au préalable.

Et, en tant que ministre en charge du commerce, cette affaire a aussi rappelé que le port d'Abidjan qui est un centre névralgique pour l'économie du pays et pour la sous région manque de compétitivité. Avez-vous des éléments sur ce manque de compétitivité et comment y remédier ?

D'abord, l'économie ivoirienne en général a un souci de compétitivité et le port est l'un des ports les plus chers de la sous région, sinon le port le plus cher de la sous région.

Et c'est de quel ordre ?

C'est de 20 % à 30 %. Ce n'est pas négligeable. Nous avons même dû revoir les coûts des prestations officielles pour faire baisser les prix. On reconnaît qu'un monopole ne peut qu'aggraver les choses.

Vous mettez en jeu votre place au sein du gouvernement pour être entendu ?

Je vais vous répondre simplement. L'intérêt de l'économie ivoirienne est supérieur à mes positions personnelles.

En tant que chef d'entreprise...

Je ne suis plus chef d'entreprise. J'ai démissionné.

Oui, mais vous aviez été chef d'entreprise. Vous avez représenté les chefs d'entreprises en Côte d'Ivoire. Vous avez souvent interpellé les pouvoirs publics en place. Aujourd'hui, dans le fauteuil d'un ministre, est-ce que vous voyez cela d'un œil différent ? Et, en tant que ministre, quels sont les dossiers que vous n'avez jamais pu faire avancer et qui pour vous sont des priorités ?

Autrefois, j'étais interpellant. Aujourd'hui, je suis passé du côté des interpellés. C'est simple d'être interpellé. Il ne faut pas mal le prendre. Et ça permet de réagir. Sur le dossier que vous évoquiez, j'ai été beaucoup interpellé par des consommateurs, par des entreprises, par des transitaires, par la communauté portuaire, par beaucoup de personnes et au final par l'Uemoa. Donc, ça permet de réagir. Aujourd'hui, je suis en position de mettre en place des dispositifs pour lutter contre la contrefaçon, contre la contrebande et de surveiller mieux les questions de concurrence que je dénonçais autrefois. C'est différent mais je suis dans la continuité de ce que je faisais, de ce que j'espérais.

Retranscrit pas Hermance K-N

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Hermance K-N

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  • SOURCE: Soir info

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