Interview : Pour la première fois depuis son exil en France

Gadji Céli fait des révélations sur son départ précipité d'Abidjan

«J'ai souffert pendant ces moments »
« Je suis un Pca qui a été contraint de quitter son fauteuil par la force des choses »
01/07/2016
Gadji Celi annonce son retour sur scène avec un nouvel album (Photo d'archives)
En exil en France depuis quelques années, Gadji Celi continue de mener sa carrière musicale. L’ex-Pca du Burida ne cesse d’être sollicité pour des spectacles en Europe, aux Antilles, aux Etats-Unis. Dans quelques semaines que son album attendu «Point sensible », verra le jour. A Paris où le King a reçu Top Visages, il s’est livré sans faux fuyant.

A te voir, pas besoin de demander si ça va bien chez Gadji Celi !

Oui, Dieu merci, tout va bien et tout se passe bien pour moi.

Il semble aussi que tu bouges un peu partout pour des spectacles.

Effectivement, je ne chôme pas à Paris. Dieu m’a fait la grâce d’avoir réalisé des albums dont les chansons durent dans le temps. Parce que 15 ans après la sortie de mon dernier album ‘’Femme de feu’’, je me rends compte que je suis encore présent dans le cœur des mélomanes. Car le public chante en chœur avec moi. Vraiment, je dis que c’est une grâce de Dieu. Je reviens d’Italie pour un spectacle où j’étais invité par un groupe financier. En fin de semaine, je preste pour le compte de Western Union, au siège de l’Unesco à Paris. Ensuite, je dois être à Toulouse. Après ça, il y a d’autres dates.

Qui te fait tourner tant ?

Sachez que je suis très bien encadré par des personnes qui sont dans l’ombre. Sur le plan musical, je travaille avec Freddy Assogba qui a eu la patience de m’accueillir tous les jours dans son studio malgré mes caprices.

Où en es-tu avec ton prochain album ?

Tout est fin prêt et je vous annoncerai bientôt la date de sortie. Je tiens à remercier Manu Lima qui m’apporte son expérience et ses conseils. Et Blaise Le Seul, le producteur de cette œuvre, mes managers Koffi Charles Bréka et Rodriguez Brohiri alias Guez de Guez.

Comment s’intitule ce nouvel album ?

Je veux baptiser mon nouvel album ‘’Point sensible’’. Parce que la majorité des chansons touchent à la sensibilité (rire). Il y a des titres tels que ‘’Echauffement câlin caresse’’, ‘’Ancien feu’’, ‘’Zogolé oiseau’’, ‘’Aloukou retro’’, ‘’Pneu secours’’, ‘’Laisse tomber’’, ‘’L’homme est méchant’’, ‘’Hommage à Douk Saga’’. C’est une œuvre de diversité musicale, c’est pourquoi j’ai pris tout ce temps pour travailler minutieusement chaque titre. Nous allons nous amuser pendant dix, quinze ans.

Y a-t-il des featurings sur l’album ?

Non. Les featurings, j’estime que j’en ai déjà trop fait. Donc, là, j’ai fait mon album à moi. Par contre, vous aurez une autre version des singles ‘’Besoin d’amour’’, et ‘’Ya rien dans jalousie’’ où j’ai été en featuring.

Est-ce un manque d’inspirations qui a retardé la sortie de ton nouvel album ?

(Rire) J’ai entendu tous ces propos à mon égard. L’inspiration, c’est Dieu qui donne, ça ne dépend pas de moi. Je ne sors pas un album comme ça pendant qu’on dit que je suis un bon chanteur. Je veux respecter les mélomanes en leur offrant quelque chose de potable et bien confectionné. Cela nécessite assez de temps. Donc, que les gens le sachent, je reviendrai très très fort. Mon album est totalement prêt. On prépare le tournage du clip de la chanson promo.

Aurais-tu eu peur des autres albums qui étaient déjà sur le marché du disque ?

C’est le staff managérial qui donne son avis en choisissant la bonne période pour lancer un album. En disant que peut-être que tel ou tel album peut vous noyer ? Mais je ne suis pas dans ce genre de programmation. Lorsque je suis prêt, on annonce ma sortie.

Entre Nesly et toi, est-ce une simple collaboration musicale ou une relation amoureuse ?

Laissez ça comme ça ! Et oubliez le reste et tout ce que vous avez comme arrière-pensée (rire). Nous sommes dans la même écurie, puisque c’est Blaise Le Seul qui produit également Nesly. C’est pareil pour la petite Rocky Gold. Son producteur Général Kolber m’a sollicité, je lui ai donné un coup de main.

Dis-moi, qu’est-ce qui bloque exactement ton retour au pays ?

Je souhaite vraiment que mon pays soit réconcilié, réunifié et qu’on retrouve le bien vivre des temps passés. Et cela ne se fera pas à n’importe quel prix. Mais il va falloir qu’on s’écoute, qu’on se comprenne les uns les autres afin d’aller dans le sens de la vraie réconciliation.

Qu’est-ce qui te permet de tenir financièrement ?

Vous voyez que je ne chôme pas. Maintenant les gens ont raconté beaucoup de choses sur ma personne. Je n’ai pas parlé parce que je n’aime pas entrer dans le cafouillage. Mais tout simplement, je veux dire une petite vérité.

Laquelle ?

Je veux parler du Burida. Nous avons pris le temps à l’époque de faire un audit interne par un cabinet agréé avec des huissiers. L’audit nous a relevé que lorsque je prenais les commandes du Burida en tant que Pca, il n’y avait que 2 millions de FCfa dans l’ensemble des comptes. Et après ma prise de fonction, Ouattara Zié Coulibaly, secrétaire général était à quelques jours de sa retraite. Je l’ai maintenu et en le nommant comme directeur provisoire avant qu’on désigne un nouveau directeur, par appel à candidature. Donc, c’est dans le souci de maîtriser le fonctionnement de cette institution que j’ai choisi le plus expérimenté. Et non un ami ou une personne de mon ethnie. Il a organisé une conférence de presse pour confirmer qu’effectivement nous sommes venus trouver la somme de 2 millions FCfa dans les caisses du Burida. Et les coupures de journaux sont là pour témoigner de ces propos. Ça m’étonne qu’on me colle une affaire de 5 milliards détournés au Burida (rire). Pendant les un an et quatre mois de mon mandat, mon conseil d’administration et moi, nous avons renfloué les caisses du Burida avec 1 milliard 125 millions. Et c’est uniquement les recettes de la zone gouvernementale. Parce qu’on n’encaissait pas dans la zone ex-Cno. En septembre 2010, il y avait le délestage. Et c’était compliqué de faire payer les gens. En octobre, c’était la période des élections, on n’a pas encaissé comme il se devait avec tous les mouvements. Et novembre et décembre, la situation s’est empirée. Alors que ce sont les trois mois de bonne saison pour le Burida. Et c’est donc sans ces trois mois que nous avons fait rentrer 1 milliards 125 millions. Malgré tout, j’ai payé les employés, réglé les problèmes des artistes, payé les droits d’auteur. Et j’ai restauré la maison y compris tous les nouveaux meubles de bureau. Donc, cela a nécessité des dépenses.

Il y a aussi des spéculations sur ton salaire…

Concernant mon salaire, certains ont avancé la somme de 8 millions. Mais c’est archi-faux. Le décret m’accordait 1,5 million pas plus. Et le reste, c’était mes avantages de Pca qui remontaient à 1,2 million. Et je me retrouvais avec un montant de 2,7 millions. Alors, que les gens n’exagèrent pas dans leurs déclarations. Et puis, je n’ai pas attendu d’être Pca du Burida pour être Gadji Celi. Les gens ont oublié que j’ai créé l’Unartci avec mes propres fonds. Pendant 5 ans, j’ai entretenu 6.500 artistes de cette union. Ceux qui disent que Gadji a volé de l’argent, je ne sais vraiment pas de quoi ils parlent. J’ai rendu l’argent des artistes aux artistes. Parce que le salaire des employés du Burida y compris même la directrice, le PCA, c’est l’argent des artistes. C’est dans la logique de faire respecter la volonté des artistes qui ont donné de l’emploi à ceux qui travaillent dans leur institution. Car pendant que les employés perçoivent régulièrement leurs salaires mensuels, il arrive que des artistes n’ont même pas le minimum vital. Et d’autres meurent dans la misère. Par ailleurs, je ne pouvais pas voler l’argent du Burida sous les yeux des personnes de mon conseil d’administration telles que Denis Kah Zion, actuel Pca de la Poste, Abou Fodio Kodjo, procureur général de Bouaké, ex-directeur de cabinet du premier ministre et qui représentait les littéraires. Coulibaly, conseiller spécial du ministre Charles Diby, qui représentait le ministère des finances. Me Konan (l’épouse de Venance Konan) qui représentait le ministère de la culture. Amani Ipou, actuel directeur de l’administration territoriale. Yao Gouali, professeur à Instp, qui représentait les architectes et d’autres grands artistes intellectuels. Comment pouvais-je tromper la vigilance de tous ces gens et arriver à détourner 5 milliards F CFA ?

Mais cette affaire de détournement venait de tes proches !

Dans la vie, il y a des gens qui envient leurs amis. Comprenez que je ne chante pas ‘’Devandougou’’ pour rien. Mais la vérité finira par triompher. Après 5 ans, dis-moi, qu’est-ce qui a réellement changé dans la vie des artistes ? Certains pouvaient dire que j’étais le problème. Mais, maintenant que je ne suis plus là, qu’on me dise ce qui a changé ? Après tout, je suis sociétaire du Burida, mais je ne perçois pas mes droits d’auteur. Pendant que mes différentes chansons de toute ma carrière sont jouées dans les boites de nuit, restaurants, salons de coiffure, mes clips sont diffusés régulièrement sur les chaînes de télévision et les radios. Cela veut dire que je fais gagner de l’argent au Burida. Mais depuis que je suis en exil, qui m’a envoyé un centime de ces droits d’auteur ? Donc je contribue à payer les salaires du personnel.

As-tu fait la demande de transférer tes droits d’auteur en France ?

Je n’ai pas besoin de le faire. Je suis un président qui a été contraint de quitter son fauteuil par la force des choses. C’est plutôt au Burida de faire la démarche pour savoir où se trouve son président. Et dans quelles conditions il vit.

Il y a quelques mois à Paris, le ministre de la culture a dit que tu étais blanchi dans cette affaire de Burida.

Je pense bien que c’est après une investigation que le ministre de la culture, qui représente l’autorité culturelle, a fait sa déclaration. Et à Paris, lorsque je l’ai rencontré avec près d’une quinzaine d’artistes, il a dit que je suis blanchi. Et le ministre a ajouté en disant que ‘‘le Burida doit de l’argent à trois artistes, Gadji Celi en fait partie’’. Après de tels propos, il devrait me réhabiliter. Maintenant, c’est à moi d’apprécier la proposition. Sinon, jusque-là, il n’y a aucune garantie. Parce que celui qui n’a pas lu son point de presse, ni regardé le reportage à la télévision, cette personne va toujours penser que mon exil est lié à un détournement de fonds au Burida. Donc, il fallait une campagne de réhabilitation de Gadji. Car mon image a été sérieusement salie et personne ne s’en émeut. Mais je continue de me battre pour préserver mon image.

Quel a été le moment le plus difficile de ton exil ?

C’est le jour où je quittais Abidjan sans rien. Bello Issiaka, le président de mon fan club et ceux qui m’ont accompagné jusqu’à Assinie afin que je prenne une pirogue seul pour me rendre au Ghana, peuvent en témoigner. Je n’avais rien, pas un bagage, encore moins une mallette des 5 milliards comme disent des gens. C’est un ami dont je tais le nom, qui m’a remis 150.000 F Cfa, tout ce que j’avais comme argent de poche. Franchement, je peux vous dire que j’ai souffert pendant ces moments. Je rends gloire à Dieu qui m’a protégé.

Source : Top Visages

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  • SOURCE: Soir info

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