Surprise au procès des pro-Gbagbo: Quatre ex-rebelles à la barre

Politique
Publié le Source : L'inter
surprise-au-proces-des-pro-gbagbo-quatre-ex-rebelles-a-la-barre (Photo d'archives)

Reprise turbulente du procès en assises des pro-Gbagbo.

Le Collectif des avocats de la défense a quitté l'audience le mardi 13 janvier, dénonçant la mauvaise organisation du procès démarré depuis fin décembre 2014. C'est la présence de quatre ex-rebelles à la barre, à la grande surprise de ces avocats, qui a occasionné cette situation.

Il s'agit de Yéo Seydou, Diallo Issiaka, Touré Lakoun Jean Louis et Tuo Gnénignimé, tous se réclamant du Rdr. «Nous avons été arrêtés parce que nous voulions faire une marche pour que nos conditions de vie soient améliorées et pour que le président Alassane Ouattara nous entende», ont-ils soutenu à la barre. Ajoutant que leurs chefs étaient Wattao, Fofié, Chérif Ousmane.

En plein procès des pro-Gbagbo, cette présence des pro-Ouattarra n'a pas été appréciée par le collectif des avocats commis à la défense des proches de l'ancien président. Ces avocats ont immédiatement claqué la porte. Les membres de ce collectif ont trouvé inadmissible que ce genre de situation puisse intervenir dans ce procès très suivi en Côte d'Ivoire et à l'extérieur. Surpris, ils ont accusé le parquet de légèreté dans le traitement du dossier. «Nous avons demandé une suspension d'audience pour expliquer au juge que nous ne pouvons pas assister ces ex-combattants. C'est la mauvaise organisation des assises qui donne cela. Nous ne pouvons pas défendre quelqu'un contre nous-mêmes. On ne peut pas défendre deux personnes dont les paroles sont contradictoires», a expliqué Me Blédé Dohoura, membre du collectif des avocats. «Ce qui s'est passé ce matin (ndlr: le mardi), c'est parce que nous n'avons pas eu les dossiers à temps. Nous avons formé un collectif pour défendre les pro-Gbagbo. Donc, pour nous, tous ceux qui viennent ici sont des gens qui se réclament de Gbagbo. Si les dossiers venaient à temps, on aurait décelé parmi les prévenus, ceux qui n'étaient pas des pro-Gbagbo, mais des combattants», a ajouté l'avocat.

Les 82 détenus proches de l'ancien régime qui se présenteront devant le juge sont de deux catégories. 42 personnes en liberté provisoire et 40 autres toujours en détention. Ils sont poursuivis pour «atteinte à la sûreté de l’Etat, constitution de bandes armées, usurpation de fonction ou encore xénophobie». Plus de six pro-Gbagbo ont déjà comparu pour répondre des faits qui leur sont reprochés, au regard du rôle qu’ils ont joué pendant la crise post-électorale de 2010-2011.

La défense dénonce un procès précipité

Me Blédé a également dénoncé des incidents de procédure. Selon lui, c'est la précipitation qui est la cause des irrégularités constatées. «On a l'impression que c'est une justice précipitée, qu'on veut juger rapidement des gens pour passer à autre chose. Alors que ces gens sont en train de jouer leur vie», a-t-il dit. selon lui, il faut prendre le temps pour préparer le dossier et le mettre à disposition. «Il y a des avocats qui ne sont pas dans le collectif, qui n'ont également pas de dossier. On est en train d'avancer dans la procédure, parce que, semble-t-il, nous sommes pressés. Mais, où allons-nous? Pour mettre les gens en prison ou pour faire quoi? On ne sait même pas. Nous disons qu'il y a trop d'incidents. Depuis le début, les incidents se multiplient, les choses ne sont pas correctement faites», dénonce encore l'homme en toge.

Un document présentant les mauvaises pratiques de la Dst a été également déposé hier, à la Cour par Me Zahui Dako Toussaint. «Très souvent, pendant l'enquête préliminaire, les accusés ne sont pas assistés. Or, nous sommes aux assises. Il faut donner la possibilité, au moins, à l'accusé de pouvoir se faire assister. C'est quelqu'un qui est terrorisé. Quelquefois, pour pouvoir sortir, vous échangez votre liberté contre votre signature. Finalement, ce n'est pas votre volonté. On vous force, c'est de la violence», argumente Me Blédé, dont les griefs relevés n'ont pas freiné l'ardeur du président de la Cour, Tahirou Dembélé, qui a conduit l'audience d'hier à son terme.

Tour à tour, Yéo Seydou, Diallo Issiaka, Touré Lakoun Jean-Louis et Tuo Gnénignimé ont nié tous les faits qui leurs sont reprochés, rappelant au tribunal leur engagement aux côtés ex-forces nouvelles, avec lesquelles ils ont combattu pendant la rébellion armée de septembre 2002.

Cyrille DJEDJED

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