Justice, droits de l’Homme, élections 2015, réconciliation nationale…

Côte d'Ivoire/ Amnesty International prévient: « Les élections de 2015 font peur »

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cote-d-ivoire-amnesty-international-previent-les-elections-de-2015-font-peur Amnesty-CI a dépeint les cas de violations des droits humains (Photo d'archives)
Politique

Amnesty International a publié le mercredi 25 février 2015, son rapport 2014-2015 sur les droits de l’Homme.

Si à l’échelle internationale, le rapport dénonce une réponse « scandaleuse et inopérante » face aux atrocités commises par des Etats et des groupes armés, le focus sur la Côte d’Ivoire dépeint des violations et l’impunité qui ont toujours pignon sur rue. Et ce, en dépit des engagements du président de la République, Alassane Ouattara que la section nationale de l’organisation présente « comme l’espoir de la fin du cycle infernal de la violence et de l’impunité, le déni de justice ».

Peu de satisfecit, beaucoup de violations des droits humains. Ainsi peut-on résumer le focus consacré à la Côte d’Ivoire dans le rapport 2014-2015 d’Amnesty International. Dans ce rapport qui a été livré à la presse hier à Inades-Formation sis à Cocody-Mermoz, Mme Nathalie Kouakou et ses pairs activistes de la section ivoirienne d’Amnesty ont salué les efforts du gouvernement sur deux points. L’ouverture des procès en assises de 83 proches de l’ex-président Laurent Gbagbo dont son épouse Simone et son fils Michel puis la libération provisoire de 180 prisonniers politiques entre janvier et mai 2014 et en janvier 2015. « Ce sont des pas certes faibles, mais, il faut déjà les saluer», a indiqué la présidente d’Amnesty-Côte d’Ivoire. Hormis ces satisfactions, tout le reste est à charge du pouvoir Ouattara.

En effet, Amnesty-CI introduit son rapport par des craintes soulevées au sujet de la pertinence de l’action gouvernementale sur plusieurs questions dont les mesures visent à amener les responsables présumés d’infractions commises lors des évènements postélectoraux de 2010-2011 à rendre des comptes. Sur ce point, l’organisation fustige « une justice sélective » qui soustrait à l’obligation de rendre compte, des pro-Ouattara incriminés dans des cas de violations des droits de l’Homme. Notamment les tueries de Duékoué et de Nahibly. « C’est une honte pour notre pays que l’attaque d’un camp de déplacés reste sans suite judiciaire. Les seuls pro-Gbagbo ne doivent pas être poursuivis. La promotion des ex-com zones, pour les soustraire à la justice, est un mauvais exemple et un mauvais signal pour le respect des droits de l’Homme », a déploré Mme Kouakou.

Les dozos épinglés

Au titre des exactions perpétrées par les groupes armés, le rapport accable les dozos, (chasseurs traditionnels ayant combattu au nom d’Alassane Ouattara pendant la crise postélectorale), de graves atteintes aux droits humains entre mars 2009 et 2013. Ce sont principalement les homicides, les arrestations arbitraires et détentions illégales, les pillages et les extorsions de fonds. « Au moins 228 personnes ont été tuées, 164 ont été blessées par balle, à la machette et au couteau, 162 ont été arrêtées arbitrairement et détenues illégalement. De plus, 274 cas de pillage, d’incendie volontaire et d’extorsion de fonds ou d’aveux ont été vérifiés et confirmés notamment dans les régions du Gboklé, du Gôh, du Cavally, du Guémon, du Tonkpi, du Haut-sassandra, de la Marahoué, de la Nawa, de l’Indénié-Duablin, du Poro et du Moronou », relève-t-on dans le rapport.

Si 180 prisonniers politiques détenus à la suite des violences postélectorales ont eu la liberté provisoire avant leur procès, plusieurs autres anonymes sont encore incarcérés à la Maca (Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan). « Plusieurs autres prisonniers politiques anonymes incarcérés à la Maca ont observé une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention et la lenteur de la procédure judiciaire. Trois d’entre eux sont décédés dans des conditions encore floues. Il s’agit de Abé Money et Yapi Kouassi Gosselin, décédés le 04 septembre 2014 et Assémien Martin, décédé le 15 novembre 2014», a lu Kokou Hervé Delmas, directeur exécutif Amnesty-CI.

Refus du retour au pays de 35.000 réfugiés au Libéria

Au titre des efforts consentis avant l’élection présidentielle de 2015 pour un scrutin apaisé, ouvert et libre, Amnesty-CI regrette que la Commission Dialogue-Vérité-Réconciliation (Cdvr) « n’ait pas tenu ses engagements de réconciliation nationale » et que la Côte d’Ivoire ait refusé en juillet 2014, le retour de réfugiés au Libéria au prétexte de prévention de l’Ebola. « Malgré le dépistage mis en place par le Hcr, plus de 35.000 réfugiés ivoiriens attendaient au Libéria que les autorités de leur pays rouvrent la frontière. En outre, les tensions dans les partis politiques et le fait que la commission électorale ne soit pas présidée par une personnalité neutre issue des organisations religieuses ou de la chefferie traditionnelle, inquiètent quant à la tenue d’élections libres et apaisées. Les élections de 2015 font donc peur. Elles ne rassurent pas», a estimé Nathalie Kouakou.

Concernant la justice internationale, Amnesty-CI exprime son opposition au refus de la Côte d’Ivoire de livrer Simone Gbagbo à la Haye. « Il est impérieux que Simone Gbagbo soit transférée à la Haye. Gbagbo a été transféré. Blé Goudé l’a été. Il faut que toutes les personnes qui seront désignées par la Cpi le soient également », exhorte l’organisation. Qui appelle également au respect de la vie et du choix sexuel des gays et des lesbiennes.

TRAORE Tié

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