Crise au Fpi/ Abou Dramane Sangaré: « Tant que Gbagbo n’est pas là, on ne peut pas se réconcilier »

Politique
Publié le Source : Soir info
crise-au-fpi-abou-dramane-sangare-tant-que-gbagbo-n-est-pas-la-on-ne-peut-pas-se-reconcilier Sangaré a réaffirmé son soutien à Laurent Gbagbo. (Ph. Diom Celest)

Il n'avait pas encore parlé. Depuis sa désignation, jeudi 5 mars 2015, comme « président par intérim » du Front populaire ivoirien (Fpi) suite à la réunion « de la session extraordinaire des 2/3 des membres du Comité central du Fpisignataires de la pétition du 19 janvier 2015 », Sangaré Abou Drahamane ne s'était pas exprimé publiquement.

Le lundi 16 mars 2015, à la Fondation Memel Fotê aux Deux Plateaux, il s'est véritablement lâché... Au cours d'une rencontre avec des femmes du Fpi, conduites par Marie Odette Lorougnon, le compagnon de Laurent Gbagbo a affiché sa détermination à mener la mission qui lui a été confiée par ses camarades de parti. « Le Fpi parlera en cette année électorale. Le Fpi se fera entendre. Je vous le promets. Mais, c’est vous qui allez mettre dans notre bouche, ce que nous allons dire. Je ferai tout pour ne pas vous décevoir. C’est vous qui allez nous donner le calendrier», a lancé Sangaré Abou Drahamane, annonçant ses premiers meetings à Mama, en pays Attié et à Yopougon. « J’irai à Mama pour rendre hommage à Gbagbo et aux initiateurs de l’appel de Mama. Ensuite, j’irai dans le pays Attié pour sa valeur de symbole. Gbagbo est très lié à Yakassé Attobrou. Et, j’irai à Yopougon de Gbagbo. Ce n’est qu’un début. Certains cadres iront partout, parler en mon nom. Reprenons le Fpi authentique et originel. Un Fpi qui n’est pas dans la compromission et le compromis de toute sorte. Un Fpi qui n’est pas encore frelaté. Si moi je vais à un congrès, c’est pour demander que le président Gbagbo soit mon candidat et reprenne le parti. Le Fpi est toujours là et résiste », a soutenu l'ex-ministre d’État, ministre des Affaires étrangères de Laurent Gbagbo. Et d'exhorter ses interlocutrices à ouvrir leurs bras. « Ouvrez les bras à toutes les associations, tous les mouvements. Afin d’obtenir un vaste rassemblement qui fera peur. Mettez vous en ordre de bataille », a-t-il demandé en présence d'Etien Amoikon, Tapé Kipré, Sery Gboagnon, Koua Justin et Boubacar Koné.

« C’est un sentiment de joie de retrouver le Fpi originel. Quand vous m’acclamez ainsi, c’est au président Gbagbo que vous rendez hommage. Je suis également meurtri par ce qui arrive au Fpi. Le parti a montré un visage triomphant. Mais aujourd’hui, c’est la déconfiture. Les Ivoiriens sont désespérés. Leur instrument de lutte, d’espoir, est en train de s’amenuiser. Mais ça aussi, c’est dans la vie de tous les partis politiques et associations. A un moment donné, il faut faire le point. Il y a le bon grain, il y a l’ivraie. Il faut séparer. Même si ça fait mal. Il faut séparer », a martelé l'ex-Inspecteur d’État, indiquant le rôle que doivent jouer les femmes.

« Mon temps est passé... »

« Je suis dans le cas d’un intérim. J’ai 90 jours pour réussir la mission que le Comité central m’a confiée. Mais, je pense que 90 jours, c’est trop. Je ferai tout pour faire le plus vite possible. Sangaré n’était pas là de façon manœuvrière à chercher à prendre le pouvoir au Fpi. Ça ne me ressemble pas. Mon temps est passé pour le pouvoir », a fait savoir M. Sangaré. « En 1990, si Laurent Gbagbo avait pris le pouvoir, j’aurais été Premier ministre et président du Fpi. Mais 2000 déjà, c’était tard pour moi, il y avait dix ans de plus. Le Fpi, c’est quand même un parti de générations. C’est un parti de cadres. C’est pourquoi, j’ai choisi de ne pas être Premier ministre et président de parti. Sinon, Laurent Gbagbo ne me refuse rien. Il ne me refuse rien, j’aurais pu profiter de ça. Je me retrouve dans un intérim comme en 1992. J’ai été intérimaire en 1992. 1992, le Premier ministre était Ouattara. 2015, c’est Ouattara qui est chef de l’Etat. 1992, Gbagbo Laurent est en prison. 2015, le président Gbagbo est en prison. En 1992 aussi, la Côte d’Ivoire gagne la Can ... Donc ce sont vraiment des similitudes. C’est donc un intérim que j’assure. Nous avons de nombreux jeunes et femmes pour faire avancer le Fpi », a affirmé le « gardien du temple ». « Au Fpi, quand on t’acclame, ce n’est pas toi qu’on acclame. C’est une valeur, un habit qui passe. Quand on t’enlève le maillot, tu es nu et dans ta nudité, tu réalises véritablement qui tu es. Je tiens à le dire à tout futur responsable du Fpi. Même Gbagbo que nous aimons, a toujours compris sa base et avancé avec celle-ci. Laurent Gbagbo a été mis en minorité au Fpi et il s’est incliné. Il s’est incliné à plusieurs reprises. Ce sont des valeurs qu’on ne peut nous enlever. Ce monsieur-là, on ne peut pas réussir la réconciliation sans lui. Tant qu’il n’est pas là, on ne peut pas se réconcilier », a souligné l'opposant interne d'Affi N'Guessan. « Pourquoi on veut nous empêcher de parler de la libération de notre fondateur et notre leader ? Moi, je suis un Gbagbo ou rien hein. Il n’y a pas de problème à ce niveau. Je n’ai aucun complexe. Et n’ayez pas de complexe », a-t-il déclaré. « Il nous faut reprendre l’habitude du combat que nous avions. C’est la réalité du terrain qui impose l’interlocuteur. Personne ne peut enlever au Fpi la réalité du terrain. On nous a anesthésiés. On n’entend plus le Fpi sur les sujets brûlants de la nation. Alors que les Ivoiriens souffrent. Je ne vais pas insulter ou dénigrer. Laurent Gbagbo a combattu Houphouët-Boigny, mais il ne l’a jamais insulté. C’est ça aussi le Fpi. Mon rôle est de donner des valeurs aux militants de mon parti et à ceux qui veulent diriger la Côte d’Ivoire... », a indiqué M. Sangaré.

Pour sa part, Marie Odette Lorougnon a dit que son organisation se met à la disposition de Sangaré Abou Drahamane. « L’Offpi a décidé d’aller avec le président Sangaré. Nous reconnaissons son pouvoir. Nous voulons être désormais consultées et impliquées dans les décisions. Nous nous mettons, à partir de cet instant, à votre disposition. Envoyez-nous en mission et faites nous confiance », a fait savoir la Secrétaire nationale de l'Offpi, qualifiant la condamnation de Simone Gbagbo d'injustice.

SYLLA Arouna

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