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Aké Ngbo fait des révélations: «Voici les 2 raisons des crises en Côte d'Ivoire»

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ake-ngbo-fait-des-revelations-voici-les-2-raisons-des-crises-en-cote-d-ivoire (Photo d'archives)
Politique

«Je n'avais pas voulu intervenir, mais je me suis senti un peu interpellé par les préoccupations des uns et des autres». D'ordinaire silencieux et impassible, Gilbert Marie Aké Ngbo, dernier Premier ministre de Laurent Gbagbo avant sa chute le 11 avril 2011, s'est quelque peu détaché de ces traits de caractère qui lui sont reconnus.

À l'hôtel Tiama au Plateau, à l'occasion de la cérémonie de lancement des activités de suivi des actes du séminaire sur le thème ''Election et violence en Côte d'Ivoire'', organisé par l'Académie des sciences, des cultures, arts d'Afrique et des diasporas (Ascad), l'ex-pensionnaire de la prison de Boundiali s'est lâché. En présence de plusieurs personnalités, dont le président de la Commission électorale indépendante (Cei), Youssouf Bakayoko, il a fait des révélations sur les crises en Côte d'Ivoire.

Au milieu des membres du comité de suivi, la barbe et les cheveux abondants, celui qui n'a jamais revendiqué le moindre engagement politique et qui se décrit comme «un serviteur de l’État et de la République», note que le mode de gestion du pouvoir et la gestion du processus électoral sont les deux causes qui peuvent entraîner la violence électorale dans un pays comme la Côte d'Ivoire.

L'éminent professeur d'Economie à l'Université Félix Houphouët-Boigny se désole, dans le premier cas de figure, du fait que le détenteur du pouvoir politique est en même temps celui qui détient le pouvoir de distribution ou de redistribution de la rente administrative, politique, économique et financière. Ce qui crée nécessairement, ajoute-t-il, des frustrations. «Dans ce cas de figure, explique-t-il, le président a tout et est le détenteur du pouvoir exclusif». Aké N'gbo regrette, par la suite, avoir été victime de cette situation comme beaucoup d'Ivoiriens après la crise post-électorale. «Celui qui vous parle est le Pr Aké N'gbo, président élu de l'Université de Cocody en mai 2010. Après la crise post-électorale, votre humble serviteur et ses deux vice-présidents ont été remplacés par une autre équipe, par ceux qui ont gagné les élections. Donc, ils ont perdu leurs fonctions parce que le mode de gestion est tel que, quand on détient le pouvoir politique, on a cette capacité de distribuer et de redistribuer la rente administrative, économique, financière et politique», a-t-il illustré.

Dans le deuxième cas de figure, l'ex-doyen de l’Unité de formation et de recherche (Ufr) en sciences économiques et de gestion de 2001 à 2007 est encore plus abattu parce que la gestion du processus électoral est parfois conditionnée par le non respect des textes. «Le problème du sous-développement, en général et de l'Afrique en particulier, ce n'est pas que les textes n'existent pas, mais nous n'avons pas cette propension à les appliquer. Il y a des pays sans constitution où il n'y a pas de guerre et il y a des pays avec constitution où il y a des guerres», a-t-il fait remarquer. «Faisons l'effort de respecter les textes que nous nous sommes donné librement. Par principe démocratique, même quand on n'est pas d'accord avec les textes, lorsqu'ils sont là, il faut les respecter, sinon on désole ceux qui sont d'accord et ceux qui ne sont pas d'accord. Et lorsqu'il y a désordre, ça créé le désordre», a conclu le membre de l'Ascad.

« Aké N’gbo a été président d’université, il a été Premier ministre, il a fait la prison et il est là pour prôner la paix. Cela mérite d’être salué », a reconnu Ouraga Obou. Président du Comité de suivi des actes du séminaire du jour, le Pr Ouraga Obou a donné sa recette pour des élections sans violence en Côte d'Ivoire. L'ancien membre du Conseil constitutionnel demande le retrait des chasseurs traditionnels communément appelés ''dozos'', de l'appareil sécuritaire. «Il faut que les ''dozos'' regagnent leur site traditionnel. Cela doit être une exigence de toute la communauté nationale. Il faut que le jour des élections, les populations sortent sans peur et regagnent leurs domiciles sans crainte», a-t-il insisté. Ensuite, le Pr Ouraga Obou a envisagé la mise sur pied d'un cadre de concertation avec tous les acteurs de la vie nationale, afin d'évaluer toutes les controverses pour avoir des élections apaisées en Côte d'Ivoire. Il a invité les Ivoiriens à ne pas trop accabler la Cei. Enfin, pour lui, il faut que les forces républicaines soient totalement impartiales, parce que leurs interventions intempestives enlèvent au citoyen son pouvoir de voter librement.

Président de la cérémonie, Youssouf Bakayoko a rassuré les Ivoiriens. Devant les nombreux invités composés d'ambassadeurs, d'hommes politiques, de syndicalistes et d'acteurs de la société, le président de Cei a promis que son institution «fera tout ce qu'elle doit faire pour que les prochaines élections soient paisibles». «Nous reconnaissons tous que les textes existent et que ce n'est pas faute de texte que les crises apparaissent. Il y a d'autres raisons. C'est vrai, la recherche du pouvoir entraîne malheureusement, parfois, des situations que nous avons connues en Côte d'Ivoire. (…) Mais, en réalité, la Cei ne dispose pas d'une clé spéciale qui permette de proclamer tel ou tel autre vainqueur. Nous nous appliquons à rendre compte du vote des citoyens», a-t-il dit.

Cette cérémonie de lancement des activités de suivi des actes du séminaire organisée par l'Ascad, s'est déroulée en présence de son président, le Pr. Barthélémy Kotchi.

Cyrille DJEDJED

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