Face à la presse/ Ouattara: « Je pensais qu'Assoa Adou était au Ghana »

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face-a-la-presse-ouattara-je-pensais-qu-assoa-adou-etait-au-ghana Alassane Ouattara s’est adressé à la presse au terme de sa visite d’Etat dans l’Indénié-Djubalin. (Photo DR)
Politique

Le président Alassane Ouattara a animé -Comme de coutume à la fin des visites d’État- une conférence de presse, le samedi 19 septembre 2015, à la résidence présidentielle d’Abengourou. Les questions de politique nationale et internationale ont notamment été abordées au cours de cette rencontre. (…).

Nous sommes à 36 jours du 25 octobre. Certains de vos adversaires à l’élection présidentielle, réclament un dialogue direct avec vous afin d’aplanir quelques divergences, selon ce qu’ils disent. Êtes-vous favorable à ce dialogue ? Si oui, quand pourrait-il éventuellement avoir lieu ?

Le dialogue avec l’opposition continue. J’ai indiqué que nous allions reprendre ce dialogue, et nous l’avons repris avec le ministre d’Etat, chargé du dialogue politique, le Premier ministre Jeannot Ahoussou Kouadio. Les choses se déroulent bien. Je tiens mes promesses. Bien évidemment, j’aurais moi-même souhaité, à un moment, recevoir les partis politiques dans le cadre du groupe de concertation. Mais, vous avez tous été témoins de mon programme. J’ai dû me déplacer à plusieurs reprises ces temps-ci, pour des obligations internationales. Et, le Premier ministre Jeannot Ahoussou fait du très bon travail. Il continuera de recevoir les partis politiques si besoin en était. Cela n’exclut pas que je puisse le faire si mon calendrier le permet. Dans le cadre de ce dialogue politique, plusieurs points ont été évoqués depuis bientôt 2 ans, même plus. Des progrès considérables ont été faits en matière de libération des prisonniers. Il ne faut pas confondre les personnes responsables de tentative de déstabilisation et ceux que vous appelez les prisonniers politiques. Les responsables politiques qui étaient détenus en raison de la crise post-électorale, ont maintenant tous été jugés. Certains sont en liberté. D'autres ont été condamnés. Ceux qui restent en prison sont pour la plupart, des personnes qui ont attaqué des commissariats. Qui ont attaqué des camps militaires ainsi de suite, pendant la période 2011-2012. Ils ont essayé de s’en prendre aux forces de l’ordre. Bien évidemment, ces personnes font l’objet de jugement comme il se doit pour toute personne qui tente de déstabiliser les forces de l’ordre. Je ne me mêle pas des questions de Justice. Mais, je suis heureux de constater que toutes les personnes qui sont responsables des partis politiques, et qui ont été incarcérées ou détenues à l’occasion de la crise post-électorale, sont en liberté. Sauf s’il y a eu des récidives, et que certaines personnes ont été inculpées par rapport à de nouveaux délits. Pour le dégel des comptes politiques, il y a également eu un progrès considérable. Un très grand nombre de comptes ont été dégelés. Pour des comptes qui demeurent gelés, ça attrait aux enquêtes qui sont en cours. Vous savez, on veut construire un Etat de droit. Il faut faire les choses selon le droit. Si une personne a été jugée et n’est pas reconnue comme coupable, il est clair que son compte doit être dégelé aussitôt et, c’est ce que nous faisons. Je ne sais pas s’il reste beaucoup de comptes à dégeler. Mais, en tout cas, si c’est le cas, cela veut dire que c’est dans le cadre des enquêtes en cours et du traitement des dossiers au niveau de la Justice. Sur cela, notez également que de nombreux cadres, qui étaient détenus après la crise post-électorale, qui ont été libérés provisoirement ou définitivement, ont retrouvé leurs postes au niveau de l’administration. Ce sont des choses à noter également. Vous savez, dans beaucoup de pays, des gens comme ça ne sont même pas autorisés à reprendre le travail. Mais, nous les avons autorisés à reprendre leurs fonctions. Je prends comme exemple l’ancien recteur de l’université, l’ancien Premier ministre Aké N’Gbo et d’autres personnes.

Monsieur le président, quelle lecture faites-vous de la situation qui prévaut au Burkina Faso ?

Nous suivons attentivement la situation au Burkina Faso. Comme vous le savez, deux chefs d’Etat de la Cedeao sont à Ouagadougou depuis hier (vendredi). Ils continuent les discussions avec les nouvelles autorités mais aussi, avec les représentants de la Cedeao, de l’Union africaine, des Nations Unies. Et, je pense que dans la journée ou demain, nous aurons des éléments précis sur les propositions de sortie de crise. Nous tenons beaucoup à la paix au Burkina Faso. Nous voulons des élections apaisées, des élections transparentes, des élections démocratiques. Nous l’avons dit à plusieurs occasions à l’occasion de la visite du président Kafando, le 31 juillet (et) à l’occasion du sommet des chefs d’Etat de la Cedeao qui a eu lieu le samedi 12 septembre à Dakar. Nous avons toujours eu la même position, que tout doit être fait pour que ces élections soient apaisées, et notre position n’a pas changé. Nous souhaitons des élections apaisées, transparentes et démocratiques.

Monsieur le président, à peine vous avez annoncé l’ouverture de l’autoroute Abidjan-Bassam, des voix s’élèvent pour dire que le passage sera payant après l’inauguration. Qu’en est-il réellement ?

L’autoroute Abidjan-Grand-Bassam payant ou pas, les travaux continuent en réalité pour améliorer un certain nombre de choses notamment l’électrification, l’embellissement, la sécurité. Tout cela va prendre 5 milliards. Donc, ça veut dire que nous sommes prêts à investir davantage pour que ce soit une belle autoroute. Mais ceci étant, pour le moment en tout cas, je vous donne l’assurance que ce ne sera pas payant. Mais cela dépendra bien sur de ce que les experts me diront. Ça ne sera pas payant au moment de l’inauguration en novembre. Cela ne voudrait pas dire que ça ne sera jamais payant. Si nous voulons des routes, des autoroutes, parce que cette autoroute doit continuer jusqu’à Aboisso, ainsi de suite. Alors, si nous voulons faire cela rapidement, peut être qu’à un moment donné, il faudrait l’envisager. Mais pour le moment, ça ne sera pas le cas.

Vos adversaires vous accusent de faire campagne avec les moyens de l’Etat. N’ont-ils pas raison, d’autant plus qu’à l’occasion de chaque visite, vous appelez directement les populations à voter pour vous, alors que la période de la campagne n’est pas encore officiellement ouverte ?

Je ne suis pas en campagne. Je vous rappelle que ce que je fais maintenant, je l’ai fait en 2009 et en 2010 avec les moyens du Rassemblement des républicains (Rdr). Maintenant, je suis président de la République, ce n’est pas une campagne, parce que les dates de la campagne sont précisées par les textes, et la Commission électorale indépendante (Cei) vient de dire que la campagne court du 9 au 23 octobre 2015. Je ne ferai pas campagne avec les moyens de l’Etat pendant cette période. Là, je suis en visite d’Etat. Souvenez-vous, pour ceux qui étaient là en 2009-2010, quand je faisais ma campagne, j’ai indiqué qu’une fois élu, je visiterai toutes les régions de Côte d’Ivoire. J’étais le seul candidat à l’avoir fait en 2009-2010, et c’est ce que je suis en train de faire. J’ai terminé la région de l’Est et il me reste celle du Centre-ouest (Daloa, Divo, Lakota, Gagnoa) que je ferai avant la fin du mois de septembre, et nous avons la région du Moronou, que j’espère visiter en octobre si possible. Autrement, je le ferai après la période électorale. Il reste également Katiola, Dabakala et Dimbokro. Je devais d’ailleurs commencer par Dimbokro, c’est mon lieu de naissance. Pour nous, ce n’est pas l’utilisation des moyens de l’Etat. Les chefs d’Etat qui m’ont précédé, l’ont fait. Maintenant, si vous voulez que cela change -et j’espère que nous aurons une nouvelle Constitution et un nouveau Code électoral après les élections- après une discussion générale, peut-être que la campagne devrait s’étaler sur six semaines. A ce moment-là, effectivement, je serai dans la période de campagne, et je n’aurai pas le droit d’utiliser les moyens de l’Etat. Mais pour le moment, je ne suis pas dans la période de la campagne. J’exerce mes responsabilités de chef de l’Etat, et je tiens les promesses que j’ai eu à faire quand j’étais candidat. Je demande d’ailleurs aux autres candidats de commencer la pré-campagne. Et pendant la campagne, nous aurons à parler, en tant qu’adversaires et candidats.

Tout à l’heure à votre meeting de clôture, vous avez dit : ‘’la noblesse vient vraiment de l’Indénié’’. Et à cet effet, vous avez cité des cadres, notamment le ministre Assoa Adou, cadre du Front populaire ivoirien, parti du président Laurent Gbagbo. Est-ce que pour donner un signal fort à ces populations avant de quitter ici ? Allez-vous par exemple prendre des décisions allant dans le sens de sa libération, d’autant plus qu’il est en prison depuis plusieurs mois, comme également Simone Gbagbo et autres (…) ?

Sur le deuxième point, ce que j’ai dit concerne tous nos concitoyens. J’en appelle à la paix. J’en appelle au pardon mais nous avons également la justice qui doit faire son travail. Dans le cas de Assoa Adou, je ne sais pas, il est toujours au Ghana je crois ou bien il est là ? Vous savez, c’est la preuve que je ne m’intéresse pas au cas particulier. Je pensais d’ailleurs qu’il était au Ghana. Bon, on me dit qu’il est ici. Il est en liberté ou il est en prison ? (Il se tourne vers Hamed Bakayoko qui lui dit qu’Assoa Adou est à la Maca. En fait au camp de Bouaké, Ndlr). Ah bon, il est à la Maca. Voyez ! Je ne suis pas. Ne pensez pas que le président est là en train de traquer telle personne pour la mettre en prison. Non, ce n’est pas mon tempérament. Moi, j’aimerais que tout le monde soit en liberté. Mais il y a des institutions, il y a les ministères, chacun fait son travail. Si ces personnes, en rentrant, commettent un certain nombre de délits, bien sûr, elles doivent passer devant le juge, les tribunaux.

Maintenant pour Simone Gbagbo, vous connaissez le cas. Nous résistons autant que nous pouvons malgré les appels de la Cpi (Cour pénale internationale). Bon, à l’impossible nul n’est tenu. J’espère que nous pourrons continuer de résister parce que la Cpi continue de la réclamer quasiment tous les trois mois. Tout le monde sait qu’elle a joué un rôle néfaste dans cette crise. La Cpi a des éléments, nous aussi nous en avons. Nous préférons la juger ici en Côte d’Ivoire comme tous les autres cas à venir. Parce qu’en réalité, nos tribunaux sont maintenant capables. Nous avons tous les instruments nécessaires. La loi a été modifiée. Nous pouvons maintenant juger les crimes contre l’humanité. Ce que nous ne pouvions pas faire en 2011. Tout cela peut se faire ici aujourd’hui, et il n’y a pas de raison pour nous d’envoyer Mme Simone Gbagbo à la Cpi. Nous continuerons d’être conformes à nos engagements au niveau de la Cpi mais nous leur disons que nous sommes capables de juger tous les Ivoiriens en Côte d’Ivoire, maintenant.

(…).

M. le président, le Fpi, le parti du président Laurent Gbagbo a décidé de boycotter les élections. Si ce mot d’ordre est suivi, ne craignez-vous pas que le candidat qui sera élu ne soit pas légitime aux yeux de la communauté internationale ?

Je crois savoir que le président du Fpi, c’est bien M. Pascal Affi N’Guessan depuis que Laurent Gbagbo était président de la République, puisqu'il ne pouvait pas être président de parti. Je crois savoir d’ailleurs qu’Affi N’Guessan est candidat aux élections présidentielles. Donc, je ne vois pas de problème, sauf si vous voulez développer votre question. Parce que Laurent Gbagbo n’est pas candidat à ma connaissance, et il n’est pas président du Fpi. Le Fpi sera aux élections, et le candidat du Fpi, c’est Pascal Affi N’Guessan. Et Pascal Affi N’Guessan fait campagne d’ailleurs, une campagne apaisée et civilisée comme il se doit. (Je) demande à tous les candidats de faire la même chose, de traiter des questions qui intéressent les Ivoiriens et de laisser de côté les questions de personne. C’est cela que les Ivoiriens veulent. Ils veulent qu’on leur dise ''voici mon programme, voici mon bilan, voici ce que j’envisage de faire si je suis élu président de la République''. C’est sur ça que moi je mènerai campagne à partir du 9 octobre. Je confirme que pour le moment, nous ne sommes pas en campagne, mais je ne peux séparer ma fonction de président de la République, de la nécessité pour moi de tenir mes engagements à l’endroit de mes concitoyens à qui j’ai promis de rendre visite, une fois élu. Et c’est ce que je suis en train de faire.

Propos recueillis par Abraham KOUASSI

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Abraham KOUASSI
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