En meeting à Yopougon Ficgayo: 6 candidats d'opposition se déchaînent contre Ouattara

Politique
Publié le Source : Soir info
en-meeting-a-yopougon-ficgayo-6-candidats-d-opposition-se-dechainent-contre-ouattara Banny, Essy Amara et Mamadou Koulibaly ont chauffé la place Ficgayo (Photo DR)

Après les folles rumeurs qui ont couru quant à une éventuelle interdiction de leur meeting, à la place Ficgayo de Yopougon, les présidents et candidats membres de la Coalition nationale pour le changement (Cnc), appuyés de Konan Kouadio Siméon, Gnangbo Kakou, et de partis alliés, ont tenu leur rassemblement, ce mercredi 7 octobre 2015.

Six (6) candidats à l'élection présidentielle du 25 octobre 2015, dont Essy Amara, qui a suspendu sa participation au scrutin, ont entretenu la foule qui n'a cessé de grandir jusqu'à la fin du meeting. Dans un même élan, ils ont tous affirmé qu'ils ne participeraient pas à cette élection si les conditions ne sont pas réunies. Et c'est Mamadou Koulibaly qui, pendant une trentaine de minutes, en a rappelé les raisons. « Nous ne sommes pas du tout prêts à aller à ces élections. La Côte d'Ivoire n'est pas prête pour qu'on organise une élection présidentielle dans les 22 jours. Le peuple de Côte d'Ivoire a peur. Il n'est pas prêt pour aller à cette élection. Ceux qui sont au pouvoir veulent forcer le passage, ils le feront, mais qu'ils ne disent pas qu'ils ont gagné les élections avec le peuple de Côte d'Ivoire », a indiqué le président de Liberté et démocratie pour la République (Lider). Il a dénoncé l'arrestation de Samba David, le coordonnateur de la Coalition des indignés de Côte d'Ivoire (Cici), et réclamé la libération de tous les prisonniers d'opinion. « Le candidat Ouattara a toujours une conception un peu bizarre. Il offre la Maca (Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan) à ceux qui veulent le paradis », a-t-il égratigné le chef de l'État, candidat à sa propre succession. Pour lui, même la Commission électorale indépendante (Cei) n'est pas prête. Parce qu'à l'écouter, les cartes d'électeurs ne sont pas distribuées à deux jours de l'ouverture de la campagne électorale. Il a insisté sur le fait que la liste électorale n'a été remise aux candidats qu'à quelques jours de la campagne. Pour lui, « si le peuple, la Cei ne sont pas prêts à aller aux élections, nous les candidats ne sommes pas prêts ». Aller aux élections malgré tous les problèmes soulevés, selon M. Koulibaly, correspondrait à donner la victoire à Alassane Ouattara sans se battre. « Ouattara a gagné les élections depuis 3 ans. Cette élection n'est qu'une formalité. Nous avons écrit, plaidé, on a demandé le dialogue. Si vous nous bousculez pour aller à ces élections, je crains que ça ne se passe mal », a-t-il indiqué, avant d'asséner : « si dans les 48 heures, nous n'avons pas de décision claire, nous aviserons. Nous sommes tous des personnes intelligentes, vous me comprenez. Nous ne laisserons pas passer la forfaiture ». Très en verve, Mamadou Koulibaly s'en est pris aux organisations comme l'Organisation des Nations unies (Onu), l'Union européenne (Ue), l'Union africaine (Ua), la Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest (Cedeao), l'Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa). Selon lui, elles regardent la situation ivoirienne se dégrader, sans réagir. « Vous les pays membres du Conseil de sécurité de l'Onu, l'Ue, l'Ua, l'Uemoa, la Cedeao, l'épreuve de la démocratie ivoirienne est rude pour vous. Il y a des choses que vous refusez aux tueurs dans le monde, que vous tolérez à Alassane Ouattara. Qu'est-ce qu'il vous a donné pour refuser le droit à la liberté au peuple ? Est-ce que vous attendez qu'on s'entre-tue d'abord avant de dire « qu'on n'a pas vu venir ? ». Si les choses craquent, ne dites pas que vous ne saviez pas », a martelé Mamadou Koulibaly, qui n'avait jamais été aussi applaudi depuis son départ du Front populaire ivoirien (Fpi). Il a appelé la communauté internationale à regarder les conditions d'organisation des élections en Côte d'Ivoire.

L'appel de Banny, au nom de tous

C'est la même trame qui s'est dégagée du discours de Charles Konan Banny, le président de la Cnc. L'ex-Premier ministre a estimé que la Côte d'Ivoire « est à la veille du changement ». « On n'est pas prêt parce que les conditions ne sont pas prêtes. Il y a un piège. Hier (mardi 6 octobre), à 21h30, le président de la République a décidé de nous recevoir. J'ai compris qu'il y aurait un piège », a-t-il indiqué. Pour lui, il faut des élections « avec zéro mort, avant, pendant et après les élections ». Il a appelé à un consensus, avant d’apostropher Alassane Ouattara. « M. le président, j'espère que vous avez compris. Nous voulons un processus consensuel et non un processus confidentiel. Le peuple a le droit d'être écouté. La République n'est pas un empire ou un royaume. M. le président, je vous regarde. J'espère que vous avez vu et entendu. Veuillez recevoir l'opposition. On ne choisit pas son opposition. Ce n'est pas crédible. Il faut faire avec tout le monde », a-t-il lancé, avant de renchérir : « Nous sommes des Ivoiriens. Nous connaissons les conditions dans lesquelles vous avez été élu. J'en sais quelque chose parce que j'ai battu campagne pour vous. Le pouvoir absolu corrompt absolument. Le destin du pays passe par le dialogue ». Pour Charles Konan Banny, farouche opposant à l'appel de Daoukro, le temps est venu pour que chaque protagoniste de la crise ivoirienne reconnaisse « ses erreurs et ses crimes ». « Regardez et agissez. Il ne vous coûte rien de recevoir vos frères. Nous sommes prêts à écouter pour avoir des élections, pour aller à la paix. M. le président, écoutez le peuple de Côte d'Ivoire. Nous avons fait notre part, peuple de Côte d'Ivoire, libère ton pays », a lancé le candidat Banny, déclarant qu'il ne veut « pas être dans une prison à ciel ouvert, c'est inacceptable ».

Boni Claverie et les autres...

Avant le président de Lider, Danièle Boni Claverie a pris la parole, au nom de son parti, l'Urd, mais aussi du Pit, du Rpp et de l'Usd, pour interpeller les candidats membres de la Cnc et leurs alliés (eux aussi candidats). « La jonction de plus en plus grande des démocrates est en train de rendre la voix des sans voix plus audible. Nous sommes debout et libérés de cet asservissement de notre esprit. Il faut que les conditions des élections changent et fassent l'objet de larges discussions. Il faut que les candidats acceptent de ne pas participer à ces élections, tant que des conditions minimales ne sont pas réunies », a-t-elle déclaré, réclamant « qu'un audit de la liste électorale soit fait », parce qu'à l'en croire, « s'il n'y a pas de liste électorale crédible, il n'a pas d'élection transparente ». Elle a estimé que la Constitution ivoirienne « est piétinée et la réconciliation est un leurre ». Elle a exprimé leur « refus d'aller à une mascarade d'élection » et a exigé « un report conséquent de l'élection présidentielle » pour parler des conditions de celle-ci. Konan Kouadio Siméon, d'une voix rassurée, a donné la raison fondamentale de sa candidature à la présidentielle. « Je suis candidat pour la réconciliation nationale. Elle passe par des élections crédibles. Ces conditions ne sont nullement réunies. La réconciliation est une condition et elle passe par le changement. Il faut des mesures. Nous devons tout faire pour que la réconciliation soit réelle », a-t-il indiqué, réaffirmant son soutien aux actions des trois candidats de la Cnc. Selon lui, leurs revendications devraient concerner l'ensemble du peuple de Côte d'Ivoire. « Ce n'est pas une affaire de gauche ou de droite. C'est une affaire de survie de notre peuple. C'est par la mobilisation que nous délivrerons la Côte d'Ivoire du joug que nous connaissons », a-t-il dit.

Essy Amara est arrivé en ''guess star'' à ce rassemblement. Il n'a pas fait un long discours, mais il a appelé à des élections crédibles. Sans dire grand chose sur sa décision de suspendre sa participation à l'élection du dimanche 25 octobre 2015. « Je suis à vos côtés pour qu'advienne la démocratie dans notre pays. Nous avons la possibilité de faire une élection crédible », a-t-il affirmé en présence d'Anaky Kobéna Innocent et Abou Drahamane Sangaré. Au nom de Kouadio Konan Bertin dit Kkb, qui était absent, Ayéri Gbako Simone a déclaré, d'un ton ferme, que « Kkb ne vous trahira pas », critiquant le pouvoir d'Alassane Ouattara. Comme elle, et comme tous les autres, Laurent Akoun qui parlait au nom du Front populaire ivoirien (Fpi, tendance Sangaré) a soutenu que les dés sont pipés d'avance. « Si nous allons à ces élections, avec désert électoral ou non, il sera élu. Son allié (parlant d'Affi N'Guessan) sera le second, et il pourra se présenter comme le leader de l'opposition. Affi a joué bidé ! C'est ensemble que nous pouvons mettre fin à l'imposture », a-t-il dit.

Essy Amara répond à Ouattara : « Je sais qui il est »

Réponse du tac au tac. Essy Amara n'a pas hésité, alors qu'il avait fini de s'adresser aux militants et sympathisants de la Cnc, à la place Ficgayo de Yopougon, de remonter sur le podium, pour reprendre le micro, en vue d'apporter une réponse à Alassane Ouattara. Le chef de l'État avait affirmé, quelques minutes seulement avant, au cours de la cérémonie de signature d'un code de bonne conduite des candidats à l'élection présidentielle, au palais présidentiel, au Plateau, sous l'égide du National démocratic institut (Ndi), que Essy Amara l'avait déjà informé qu'il se retirerait de la course, soulignant que c'est la raison pour laquelle il n'en a pas été surpris. La réponse du diplomate n'a pas tardé. « Je connais la communauté internationale. J'ai fait ça pendant 30 ans. Les pays développés gèrent les gens juste par leurs vices que par leurs vertus. Je suis un grand commis de l'État. Dans notre métier, c'est la vérité et la loyauté dans les relations. Je connais le président-candidat depuis 1971. Je ne veux pas livrer des secrets d'État. Je l'ai connu avec Harba Diallo, le ministre des Affaires étrangères de Sankara. Je sais qui il est », a affirmé Essy Amara dans une salve d'applaudissements. Il a déclaré qu'on lui aurait proposé à trois reprises d'être le président de la République, Premier ministre, président de la Cei. « J'ai dit non parce que je ne voulais pas trahir mon pays. Je n'ai jamais dit au président-candidat que je ne serais pas candidat. Je ne suis ni lâche ni peureux. Je veux aider le pays. J'essaie de protéger l'honorabilité des gens. C'est de l'intoxication », a martelé le natif de Kouassi-datékro. Avant de s'inquiéter : « J'ai peur pour ce pays. Personne ne connaît ce pays que nous les fils de ce pays ».

Six candidats disent non à Ouattara et au Ndi

Le National democratic institut (Ndi), organe américain chargé d'observer les élections, a initié, en collaboration avec la présidence de la République, une cérémonie de signature d'un code de bonne conduite, comme cela s'est fait, en 2010, avant l'élection présidentielle. Cette manifestation s'est déroulée au palais présidentiel, au Plateau, hier mercredi, sans 6 candidats sur les 10 en lice pour l'élection du président de la République. Mamadou Koulibaly et Charles Konan Banny en ont donné les raisons au cours du meeting de la Cnc, à Yopougon, le même jour. « En 2010, les candidats ont signé, le résultat on le connaît, c'est la crise. Nous ne pouvons pas aller signer un code de bonne conduite sous l'autorité d'un autre candidat. Dans ce pays, il faut savoir qu'il y a des garçons qui peuvent tenir tête à Alassane Ouattara, et que le ciel ne leur tombera pas sur la tête », a martelé le président de Lider. Quant à M. Banny, il a expliqué qu'il a informé les services du président Ouattara et le Ndi, qu'il fallait décaler l'heure de la cérémonie pour permettre aux candidats de participer à cette rencontre. Cela ne leur aurait pas été accordé. « Entre le peuple de Côte d'Ivoire et un individu, nous choisissons le peuple», a coupé court Charles Konan Banny.

Hervé KPODION

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