Présidentielle 2015/ Affi N’Guessan: « Un coup K.O, c’est impossible. C'est de la propagande »

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Publié le Source : Soir info
presidentielle-2015-affi-n-guessan-un-coup-k-o-c-est-impossible-c-est-de-la-propagande Affi est convaincu que Ouattara ne peut pas gagner la présidentielle dès le premier tour. (Photo d'archives)

Candidat à l’élection présidentielle pour le compte du Front populaire ivoirien (Fpi), Pascal Affi N’Guessan, est convaincu d’être à mesure de déjouer les plans du président sortant, Alassane Ouattara. Il a donné les raisons de cette assurance dans une interview à Radio France internationale (Rfi), diffusée le mardi 20 octobre 2015.

Vous êtes à la tête d’un parti, le Fpi qui est quelque peu abîmé. Une frange de ce parti appelle au boycott de ces élections, conteste même votre autorité en tant que président. Est-ce que c’est le meilleur contexte pour aborder une élection et une campagne électorale?

Non. La division, c’est la passé. Cette élection présidentielle a d’ailleurs montré que le Front populaire ivoirien a surmonté la crise interne, qu’il s’est rassemblé et que même si des déclarations ne sont pas faites par les ténors de ceux qu’on a appelé la fronde, il y a une tendance, un mouvement général de rassemblement autour de ma candidature. Parce qu’aujourd’hui, à travers cette candidature, les camarades ont perçu la pertinence de la stratégie que j’ai développée et trouvent que c’est une opportunité pour mettre fin au mandat d’Alassane Ouattara et créer les conditions de la libération de tous les camarades, de la libération du président Laurent Gbagbo et du retour des exilés.

Ceci dit, si votre parti était véritablement uni, ça aurait été mieux pour battre Alassane Ouattara.

Évidemment. Cela aurait été mieux. Et je l’ai dit à plusieurs occasion. Si le parti était véritablement uni, nous aurions pu gagner cette élection au premier tour.

Vous avez 15 engagements pour reconstruire le pays. Quels sont les principaux?

Les engagements forts, c’est d’abord l’engagement en faveur de la paix, de la réconciliation nationale, de la stabilité politique. Mais, en plus, il faut refonder les institutions. Il faut réformer la constitution, équilibrer le régime politique, instaurer un présidentialisme modéré pour davantage de démocratie. Il faut poser le principe de la régionalisation comme un principe constitutionnel de manière à ce que le développement soit équilibré. Il faut moderniser l’agriculture, diversifier l’économie, créer davantage d’emplois parce qu’il y a trop de chômage. Il faut une économie qui ne repose pas essentiellement sur l’agriculture mais sur les industries et les services. Une industrie qui s’appuie sur la transformation des produits du crû. Parce qu’il faut donner de la valeur ajoutée à nos produits primaires, au café, au cacao, au coton. Il faut une politique sociale moderne, l’éducation, promouvoir l’égalité des chances, refonder le système éducatif. Mettre davantage l’accent sur la formation technique et professionnelle, créer des universités de référence sur l’ensemble du territoire que le marché du travail soit approvisionné par les éléments qui sortent des établissements.

Vous avez parlé emploi. Le président Ouattara annonce la création de deux millions d’emplois pour son quinquennat passé. Est-ce que ce chiffre vous parait crédible?

Pas du tout. Je pense qu’il n’a d’ailleurs aucune élément pour l’affirmer. Ce sont donc des affirmations gratuites. Il n’a pas mis en place les institutions qui peuvent permettre de saisir la réalité du chômage en Côte d’Ivoire. Donc, sur quelle base peut-il affirmer qu’il a créé des emplois? Ensuite, très souvent, les emplois que nous avons vus, ont été des emplois précaires. Des emplois de deux ou trois mois qui sont donnés à des jeunes qui se retrouvent après au chômage. On ne dit pas qu’on a créé des emplois.

Il y a malgré tout une reprise économique. On voit que les investisseurs reviennent fortement en Côte d’Ivoire.

Il y a une reprise économique liée principalement aux projets d’infrastructures qui n’ont aucune impact ni sur l’emploi, ni sur l’économie réelle ni sur le niveau de vie des populations.

On construit des ponts, des routes, ça ne fait pas embaucher des terrassiers, des architectes?

Non, pas du tout. Parce que la plupart du personnel employé dans ces chantiers est un personnel expatrié.

Le candidat du Fpi a fait en 2010, 30-34% des voix. Le Rhdp, c’est-à-dire Rdr et Pdci ont fait les deux autres tiers. Qu’est-ce qui ferait que cette année, vous puissiez inverser la tendance mathématique tant et si bien que vous puissiez passer au premier tour voire, devant Alassane Ouattara?

Ce qui a changé entre-temps, c’est la capacité de mobilisation du Rdr. Elle s’est effritée. Il n’y a plus la passion que nous avons observée en 2010 du fait des résultats désastreux de M. Alassane Ouattara, même vis-à-vis de ses propres partisans qui sont aujourd’hui démobilisés. C’est un indice de ce que M. Ouattara ne pourra pas mobiliser son même électorat en 2010. Deuxième chose, l’électorat du Pdci qui l’a soutenu en 2010 est aujourd’hui réticent. Et les candidatures de Charles Konan Banny, de M. Essy Amara ou de KKB montrent bien que le Pdci est fracturé est que M. Ouattara ne peut pas mobiliser plus de 30% de l’électorat du Pdci. Il reste donc 70% à conquérir. C’est à l’assaut de ces 70% que nous nous sommes engagés dès le début de la campagne. Tout cela mis ensemble, M. Ouattara ne peut pas gagner au premier tour. Et, je suis presque persuadé qu’il ne pourra pas arriver en tête au premier tour.

Vous pensez donc que vous pouvez le mettre en ballottage au premier tour et lui faire rater son pari d’un coup KO?

C’est pratiquement impossible. Un coup KO, c’est de la propagande. C’est certainement pour donner du tonus à ses partisans. Il sait pertinemment qu’il ne peut pas gagner au premier tour.

Retranscrit par Abraham KOUASSI

N.B : Les titres et le chapô sont de la Rédaction.

Abraham KOUASSI
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