Célébration des 70 ans du Pdci/ Bédié: « Il nous faut ramener dans la maison du père les frères partis »

Politique
Publié le Source : Soir info
celebration-des-70-ans-du-pdci-bedie-il-nous-faut-ramener-dans-la-maison-du-pere-les-freres-partis (Photo DR)

Le projet de Pdci réunifié n'est pas mort. Il a été remis sur le tapis par son initiateur, Henri Konan Bédié, à l'occasion du coup d'envoi des festivités marquant les 70 ans du Pdci-Rda, qui a eu lieu, le samedi 9 avril 2016, à l'Etoile du Sud à Treichville.

Saisissant l'occasion de cette auguste tribune, le président du Pdci, Henri Konan Bédié, a relancé l'idée de restaurer le parti que lui a légué son prédécesseur, Félix Houphouët Boigny. En se gardant toutefois de lâcher le vocable Pdci réunifié. « Il nous faut ramener dans la maison du père, les frères qui en étaient partis », a-t-il lancé, devant les figures de proue du parti, qui étaient installées dans la loge officielle. Et comme pour marquer son attachement à ce projet, il a ajouté : « Nous avons le devoir, en tant qu’aîné, de ramener les enfants dispersés du père, sans toutefois nous renier ». Puis, le leader du Pdci de lâcher comme une exhortation à l'endroit du « peuple » du Pdci : « Nous y tenons ! ». Toutefois, a-t-il souligné, ce parti unifié qu'il appelle de ses vœux, ne se fera pas au détriment du parti dont il a hérité d'Houphouët Boigny. D'où cette mise au point à l'endroit de ceux qui, dans les rangs du Pdci, l'accusent d'être en train de ''tuer'' le parti. « Nous ne voulons pas et ne pouvons pas brader le Pdci-Rda comme beaucoup l'ont pensé », a-t-il clarifié sa position. Pas question pour le Pdci de « se renier », tout en appelant au rassemblement de tous ceux qui se réclament d'Houphouët, a encore laissé entendre Bédié, qui s'est dit « déterminé » à s'engager dans le processus devant déboucher sur la création du parti unifié. Des mots qui sont tombés dans les oreilles de la forte délégation du Rdr, composée notamment de Henriette Dagri Diabaté, Amadou Soumahoro, Kafana Koné et Adama Bictogo. Ceux-ci se tenaient dans la loge officielle aux côtés des « éléphants » du Pdci, qui n'ont pas voulu se faire conter cette cérémonie marquant le lancement des festivités du 70e anniversaire dudit parti. Pour la circonstance, le parti sexagénaire a, en effet, mis les petits plats dans les grands. Une loge officielle VIP, et plusieurs bâches ont été dressées. Un défilé carnavalesque a replongé plus d'un dans les fêtes tournantes d'indépendance, organisées du temps où le Pdci tenait le gouvernail de la Côte d'Ivoire. Arborant des tenues aux couleurs de ce parti, les militants des différentes communes d'Abidjan ont campé des fresques qui ont permis de remonter le temps, histoire de retracer le parcours du Pdci, depuis sa naissance, le 9 avril 1946. Plus d'une heure de défilé, qui a rappelé, par moments, le carnaval de Bouaké ou le popo carnaval de Bonoua. Autre temps fort de cette grand-messe, la cérémonie de décoration des personnalités dont le mérite est reconnu par le parti. D'illustres fils et filles du Pdci ont ainsi reçu des mains de Bédié, des médailles de grand officier dans l'ordre du bélier pour les uns, et de commandeur pour les autres. Au nom des récipiendaires, l'ancienne ministre de la Lutte contre le Sida, Assana Sangaré, a traduit sa gratitude au président du Pdci. « C'est un moment inoubliable et une marque d'estime de la part du successeur du président Félix Houphouët Boigny », s'est-elle réjouie. Avant elle, c'est le secrétaire exécutif du Pdci, Maurice Kacou Guikahué, qui était monté au pupitre pour appeler les militants du Pdci à l'union autour de Bédié « pour gagner tous les combats futurs ». Notons que le parti malien Um-Rda Faso Jigi, était représenté à la cérémonie par son leader, Bocar Moussa Diarra.


Banny et Essy Amara signent leur retour, KKB absent

Hier opposés à l'appel de Daoukro lancé par Bédié, Charles Konan Banny et Essy Amara semblent avoir tourné la page de l'élection présidentielle de 2015. Ils ont signé leur retour au Pdci, en prenant part à la cérémonie de samedi dernier. Tous les deux avaient pris place dans la loge officielle, à quelques mètres du couple Bédié. Si Essy Amara était vêtu aux couleurs du parti, comme tous les barons et autres personnalités qui comptent au Pdci, ce ne fut pas le cas pour Banny. Lui a choisi d'arborer un ensemble veste bleu nuit, contrastant avec l'uniforme aux couleurs vert et blanc, dominant sur le lieu de la cérémonie. Ce qui a fait dire à quelqu'un que Banny est de retour tout en donnant l'impression de ne pas se sentir Pdci. Non loin de lui, se tenait l'ancien directeur de protocole d'Houphouêt Boigny, George Ouégnin, vêtu d'une chemise à l'effigie du parti. Un autre constat frappant, c'est l'absence de Kouadio Konan Bertin (KKB). Pour rappel, Banny, Essy Amara et KKB, s'étaient dressés contre l'appel à soutenir Alassane Ouattara, lancé par Bédié. En signe de protestation contre l'idée que celui-ci soit le candidat unique du Rhdp à l'élection présidentielle de 2015, ils avaient décidé de se porter eux aussi candidats. Finalement, Banny et Essy Amara s'étaient retractés ; seul Kkb est allé jusqu'au bout de son projet, en prenant part à ce scrutin. Depuis, l'on s'interrogeait sur ce qu'il adviendra de leur avenir politique au Pdci.


L'alternance 2020 passée sous silence

Le fait n'a pas échappé aux observateurs avertis: le président du Pdci s'est bien gardé d'évoquer l'alternance en 2020 dans le discours qu'il a prononcé. Pas un mot sur le sujet, encore moins l'évocation de ce vocable. Le secrétaire exécutif du parti, Maurice Kacou Guikahué, n'en a pas non plus soufflé un traître mot. Comme si la direction de ce parti avait décidé de ne pas réveiller cette question qui fâche, pour ne pas risquer de gâcher la célébration des 70 ans d'existence du Pdci. Surtout qu'une forte délégation de l'allié, le Rdr, lui avait fait l'honneur d'assister à la cérémonie. Est-ce par souci de ne pas gêner les illustres représentants du parti au pouvoir ? Ou est-ce une façon pour le Pdci de dire qu'il n'entend plus compter sur l'éventuel retour d'ascenseur du Rdr, que laisse sous-entendre l'alternance en 2020, pour revenir au pouvoir ? Toujours est-il que l'on a observé que les voix les plus autorisées du Pdci ont semblé jeté un voile pudique sur l'idée d'alternance en 2020. Seul le maire de Treichville, commune abritant la cérémonie, a osé effleurer la question. Après avoir rappelé que le Pdci est un parti "incontournable en Côte d'Ivoire", il a exhorté les uns et les autres à ouvrer à la réalisation de ce "défi majeur", qu'il a qualifié de "nécessité politique".


Coulisses

Le spectre des attentats de Grand-Bassam

Toutes les personnes qui ont effectué le déplacement sur le lieu de la cérémonie, étaient soumises à des fouilles corporelles et au détecteur de métaux. Comme si les organisateurs avaient tiré les leçons des attentats de Grand-Bassam.

Raymonde Boudou et la béquille

A peine descendue de sa voiture de commandement, la ministre de la Santé, Raymonde Boudou, s'est fait remettre une bequille au moyen de laquelle elle a regagné la loge officielle. Des soucis de santé pour la ministre de la Santé ?

Henriette Bédié et Amadou Soumahoro font le show

La toujours jeune épouse du président Bédié, Henriette Bédié, n'a pas résisté au désir d'esquisser quelques pas de danse pendant la prestation de l'artiste Antoinette Konan. Tout comme le secrétaire général par intérim du Rdr, Amadou Soumahoro. Fait rarissime, dit-on, celui-ci a même "travaillé" sur l'artiste.

Pas un mot à l'endroit d'Alassane Ouattara

Contrairement à son habitude, le président du Pdci n'a pas eu un mot à l'endroit du président Alassane Ouattara, dans son discours. Son nom n'a même pas été évoqué. Ce qui a donné lieu à des spéculations.


Propos recueillis

Charles Konan Banny (ex-Premier ministre) : « Il ne faut jamais détruire... »

« Si le Pdci n’avait pas existé, il eut fallu l’inventer, le créer. Sa création a été une excellente chose pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique. Que la jeunesse continue l’œuvre entreprise par les aînés. C’est la chaîne des générations. La vie est ainsi faite. Il faut continuer à approfondir, élargir, consolider, et ne jamais détruire. C’est un message valable pour tout être humain qui veut être utile à sa collectivité, à son peuple. Le Pdci doit continuer à être au service du peuple de Côte d’Ivoire »

Anoblé Félix( bureau politique du Pdci): " C'est une fierté"

" Ils ne sont pas nombreux, les partis politiques, les groupements et associations qui tiennent 70 ans de vie. Le Pdci a été créé avec de nombreux autres partis, et ils ne sont pas nombreux, ces partis-là, qui continuent de briller sur la scène politique. C'est une fierté d'appartenir à un parti qui a pu tenir la route jusqu'à maintenant. C'est également une fierté d'appartenir à un parti qui a fait la Côte d'Ivoire moderne"

Djaya Jean( député-maire de Grand-Lahou): " Préservons l'héritage d'Houphouët"

Nous avons un sentiment de fierté pour les 70 ans du Pdci qui a participé à l'émancipation et au développement de la Côte d'Ivoire(...) C'est un message d'espoir que nous avons entendu, et nous appelons la jeunesse au rassemblement, et nous lui disons que l'avenir est radieux, et qu'elle préserve l'héritage que le président Félix Houphouët-Boigny nous a laissé dans le cadre d'un grand parti unifié.

Assane NIADA

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