Guerre de succession à Ouattara : Quel Soro en 2020 ?

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Politique

Guillaume Soro est plus que déterminé à se hisser au plus haut sommet de l’État en Côte d'Ivoire. Dans cette course, à mort, au pouvoir où les ambitions s'affichent de façon vigoureuse, le président de l'Assemblée nationale abat ses cartes l'une après l'autre, à la fois avec assurance et prudence.

 Dans le camp au pouvoir, ses détracteurs disent qu'il est «trop jeune» et «trop pressé». Il devrait donc attendre son tour et laisser passer ses aînés, la génération intermédiaire entre l'actuel président de la République et lui. De bonnes sources, le chef de l’État, parlant de sa succession, aurait même dit que Soro et Hamed Bakayoko devraient attendre 2025 ou 2030, leur préférant ainsi Amadou Gon Coulibaly et Daniel Kablan Duncan.

Du côté de l'opposition, on le traite de « rebelle arrogant», celui qui a porté le glaive dans le sein de la mère patrie, et qui ne s'est pas repenti. Celui «qui a trahi Laurent Gbagbo en le faisant mettre en prison après la chute de son régime». Il ne devrait donc pas prétendre à diriger les Ivoiriens, alors que les victimes de ses actes sont encore là, en prison et en exil. Entre ces deux positions, se trouve un Guillaume Soro, droit dans ses bottes et qui avance, bon an mal an, sans se soucier du qu'en dira t-on. « Pour lui, le destin s'accomplira, nul ne peut s'y opposer, et 2020 constitue une étape importante », lâche un de ses proches collaborateurs. Comment y arriver, avec quels moyens et quelles stratégies pour la victoire ? Finalement quel Soro en 2020 ?

 

Ses hommes et son réseau

 Le samedi 06 juillet 2017, l'Union des Soroïstes (Uds) venait grossir les rangs de ceux qui ont décidé d'accompagner le président de l'Assemblée nationale dans sa marche vers le palais présidentiel. Plusieurs centaines de personnes se sont alors retrouvées dans un grand hôtel de la place pour crier haut et fort leur engagement pour Guillaume Soro. Des propos forts y ont été tenus, dont quelques uns témoignent justement de la détermination de ses ‘’aficionados’’ à le porter au sommet. «Personne n'arrêtera Guillaume Soro, Soro a pris rendez-vous avec l'histoire pour rétablir les règles d'un jeu démocratique en Côte d'Ivoire», martèle alors Méité Sindou, un Soroïste convaincu qui portait à cette cérémonie la voix de leur champion.

Avant lui, c'est l'ancien ministre et fidèle parmi les fidèles du président du parlement ivoirien, Alain Lobognon, et d'autres parlementaires qui lançaient une alliance pour la réconciliation. Cette alliance dite du 3 avril se fonde sur le discours tenu par le président de l'Assemblée nationale à l'ouverture de la session ordinaire à cette même date, où Guillaume Soro faisait un bilan plutôt mitigé du processus de réconciliation nationale. Il faisait remarquer que ce processus entre les Ivoiriens, tous bords confondus, constitue une condition sine qua non pour une Côte d'Ivoire unie, paisible et prospère. L'alliance invitait, entre autres, les autorités judiciaires à accélérer les dossiers des détenus de la crise post-électorale, dans un souci d'apaisement des cœurs. Alain Lobognon annonçait par ailleurs la publication d'une charte de la réconciliation, le jeudi 27 juillet prochain. Une autre action à fort relent de campagne politique pour Guillaume Soro.

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D'autres mouvements pro-Soro sont sur le terrain politique. Le Réseau des amis de Côte d'Ivoire (Raci) du député Soro Kanigui, un autre fidèle lieutenant du chef du parlement, constitue à ce niveau une rampe de lancement solide pour 2020. Certes son directeur de protocole, Kamaraté Souleymane dit Soul To Soul et d'autres piliers de son système font actuellement l'objet d'enquête judiciaire dans l'affaire de la cache d'armes découverte à Bouaké, mais Soro peut encore compter sur des hommes et des femmes, connus ou anonymes, dévoués à sa cause.

Au plan international, l'homme tisse également sa toile. La politique de la diplomatie parlementaire qu'il a initiée depuis qu'il est au perchoir lui vaut bien de dividendes politiques, avec des rencontres de haut niveau sur le plan international. Son invitation récente à la convention de La République en marche (Lrem) du nouveau président français Emmanuel Macron, le tête-à-tête avec le chef du Parlement belge, la rencontre avec l'opposant congolais Moïse Katumbi, sa visite au palais Bourbon où il s'est entretenu avec le président de l'Assemblée nationale française, sont autant d’éléments qu'il pourra capitaliser dans son combat politique.

Sur le plan militaire, Soro peut revendiquer des éléments au sein de l'Armée ivoirienne. Les ex-com-zones qui ont conduit la rébellion avec lui, ainsi que leurs éléments, lui vouent encore beaucoup d'estime. Une chaîne de télévision en ligne, une forte présence sur les réseaux sociaux avec des partisans déterminés à le défendre, sans compter tous ces lobbyistes qui mènent son combat dans l'ombre, viennent renforcer le système Soro. De sorte que pour 2020, l'actuel président de l'Assemblée nationale ivoirienne peut légitimement prétendre briguer la magistrature suprême.

 

Son gros handicap

 Mais cela suffit-il ? Assurément non, et Guillaume Soro le sait plus que tous. Dans une Côte d'Ivoire où l'influence des partis politiques est encore très forte, le chef de l'ex-rébellion aura besoin d'un appareil politique solide pour mener son combat. C'est là justement un handicap susceptible de le freiner dans sa course. Quelques constats : Primo, le microcosme politique ivoirien, il faut le souligner, est dominé par trois grands partis politiques : le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (Pdci) d'Henri Konan Bédié, le Rassemblement des Républicains (Rdr) d'Alassane Ouattara, le Front populaire ivoirien (Fpi) de Laurent Gbagbo, détenu à La Haye.

Bien qu'il soit de plus en plus question de la succession de ces trois personnalités dans un mouvement de renouvellement de la classe politique ivoirienne, elles ont encore le contrôle de leurs différentes formations politiques. Rien ne se décide sans leur accord. Secundo, Soro n'est militant ni du Pdci, ni du Fpi. Au Rdr, sous la bannière duquel il s'est fait élire député de Ferké, il reste l'homme à combattre.

L'actualité politique est encore en effervescence à cause de la bataille sans merci entre les pro-Soro et le parti au pouvoir. Alphonse Soro, ex-membre du cabinet du Premier ministre, Méité Sindou, ex-secrétaire à la Bonne gouvernance, Issiaka Fofana, ex-Dg de la Lonaci, et Konaté Zié qui officiait au Conseil du café et du cacao, ont fait les frais de leur engagement pour Soro.

Une situation qui indique bien que le président du Parlement ivoirien est dans le viseur des dirigeants actuels. De sorte que Soro apparaît comme une personnalité isolée sur le plan politique. Il peut indéniablement revendiquer en Côte d'Ivoire, un grand nombre de partisans, mais il lui faudra être adoubé par l'une des grandes formations politiques représentées sur l'ensemble du territoire national, ou alors tisser des alliances solides dans sa marche vers le palais. Tous les observateurs de la politique ivoirienne sont unanimes sur le fait qu'aucune formation politique ou candidat indépendant, ne peut à lui seul remporter des élections présidentielles en Côte d'Ivoire. Il faut nécessairement faire des alliances.

Avec qui Soro va t-il faire chemin en 2020 ?

 

Le secret non encore révélé de Soro

 Sera t-il ou non candidat à la présidentielle de 2020 ? A trois ans de cette échéance qui met déjà la scène politique ivoirienne en ébullition, Guillaume Soro garde encore le secret. « Ai-je fait acte de candidature pour qu'on parle de renonciation ? Évitons d'alimenter une polémique inutile. Je l'ai déjà dit : en 2020, je privilégierai l'intérêt collectif. Ce qui me préoccupe le plus dans l'immédiat, c'est œuvrer à la stabilité du pays aux côtés du président de la République », déclarait-il au cours de l'interview qu'il a accordée à l'hebdomadaire Jeune Afrique (JA) N°2943 du 4 au 10 juin 2017. A sa suite, c'est le président Henri Konan Bédié du Pdci Rda qui lâchait cette autre phrase : « Soro n'est pas intéressé par 2020, il me l'a dit », in Jeune Afrique, édition du 18 au 24 juin 2017. Dans une note signée de son directeur de cabinet, Bakary Daho, à la mi-avril dernier, Guillaume Soro rappelait à l’ordre tous ses proches qui se lançaient dans un débat autour de sa candidature à la succession du président Alassane Ouattara.

Le communiqué précisait alors qu'il est «indécent et inopportun de s'incruster dans un débat sur d'hypothétiques et évanescentes ambitions obsessionnelles pour 2020 qui n'apporte et n'améliore en rien le quotidien des Ivoiriens. Le président Soro n'a d'autre ambition que de travailler au rayonnement de l'Institution parlementaire dont il a la charge et de se focaliser sur les problèmes et le quotidien des Ivoiriens dont il est l'un des représentants ». Il ne serait donc pas candidat à la prochaine élection présidentielle. Stratégie politique ou aveu à prendre au sérieux ?

Pour l'heure, et même s'il ne dévoile pas son agenda politique, le bouillonnement observé autour de sa personne, relativement à une possible candidature en 2020, incline à y croire. Ajouté à cela, l'inimitié déclenchée entre lui et le parti au pouvoir par cette supposée ambition présidentielle, et qui lui vaut bien de misères. Ils se vouent en effet une haine viscérale, et sont dans une hostilité sans merci. D'un côté, le président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro, et des proches collaborateurs, avec en première ligne les ex-ministres Konaté Sidiki et Alain Lobognon.

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De l'autre, les anciens camarades de lutte, du Rassemblement des Républicains (Rdr) avec ses dignitaires dont le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, le ministre de l'Etat Hamed Bakayoko. Que ce soit pendant les meetings, dans des déclarations musclées dans les médias, des attaques directes ou allusives sur les réseaux sociaux, ils ne ratent plus d'occasion pour se descendre en flammes. Cela avec une détermination affichée d'abattre l'adversaire.

Pour Guillaume Soro, son rapprochement d'Henri Konan Bédié, leader charismatique du parti fondateur de la Côte d'Ivoire moderne, est une réelle bouffée d'oxygène dans cette course de fond. Certains observateurs y voient même les prémices d'une possible alliance, au cas où les choses ne s'arrangeraient pas avec le Rdr. Quant au ''vieux '' Bédié, «la politique est l'art des impossibles» comme il l'a dit. Tout est donc possible. Il faisait d'ailleurs savoir dans les colonnes de JA que Soro est '' son protégé ''. Ce qui laisse penser que les deux hommes préparent quelque chose. Un autre secret que le président de l'Assemblée nationale garde comme un joker. 2020 réserve bien de surprises.  

 

Hamadou ZIAO

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