Cpi/ Reprise du procès Laurent Gbagbo : ça passe ou ça casse

Politique
Publié le Source : Linfodrome
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C’est un Laurent Gbagbo, 73 ans, particulièrement affligé et rongé par la tristesse, liée à la mort soudaine de Sangaré Abou Drahamane, « le Gardien du Temple », qui sera face aux juges de la Cour pénale internationale (Cpi), ce lundi 12 novembre 2018. C’est une rencontre décisive pour l’ex-chef de l’État. En Côte d’Ivoire, les militants du Fpi, les sympathisants et partisans de Gbagbo et Blé Goudé croisent les doigts…

A l'occasion de cette reprise du procès, les juges de la Chambre vont se prononcer sur la demande d’acquittement introduite par les avocats de l’ancien homme fort d’Abidjan déchu en 2011. Le calendrier prévoit trois jours d'audience la première semaine, soit du 12 au 14 novembre 2018 ; suivis de quatre jours la semaine suivante, soit du 19 au 22 novembre. Pour être témoins de ces audiences qui s'ouvrent aujourd'hui, plusieurs partisans de l'ex-chef de l'Etat ont déferlé sur La Haye où ils entendent se faire à nouveau entendre bruyamment.

A relire: CPI/ Gbagbo très affligé avant la reprise du procès le 12 Novembre, les pleurs de Lida Kouassi après le décès de Sangaré, qui en disent long sur son état d'esprit

Le « Woody de Mama », comme l’appellent affectueusement ses partisans et son bras droit, Charles Blé Goudé, sont poursuivis devant la Cpi, depuis le 28 janvier 2016, pour quatre crimes contre l'humanité (meurtre, viol, autres actes inhumains, tentative de meurtre et persécution) commis pendant la crise post-électorale de décembre 2010 à avril 2011 qui a fait officiellement 3000 morts. L’enjeu de cet énième round de ce marathon judiciaire est de taille, pour les deux parties, mais bien plus pour Laurent Gbagbo. Soit, il obtient un « non-lieu », qui impliquerait sa libération, un « non-lieu partiel » ou alors la reconduction totale de tous les quatre chefs de crimes contre l’humanité, ce qui impliquerait son maintien en prison et la poursuite du procès. Il est donc dans la posture d’une roulette russe. Ça passe ou ça casse…pour Laurent Gbagbo.

Dans un document adressé aux juges de la Chambre préliminaire pour réclamer l’acquittement de son client, l’avocat de l’ex-président, Me Emmanuel Altit, a demandé aux juges de la Cour pénale internationale en charge de l’affaire de son client, de prononcer un non-lieu au verdict final, au motif que le bureau du procureur n’a pu apporter de preuves suffisantes pour que ces juges entrent en condamnation contre son client. Selon Me Altit, le procureur Fatou Bensouda « n’a pas pu prouver au-delà du doute raisonnable les allégations » contre son client et donc « la Cpi devrait faire ce constat et se prononcer pour l’acquittement pur et simple de son client, Laurent Gbagbo à la prochaine audience ». C’est pourquoi, dans les rangs des partisans de Laurent Gagbo, la reprise de ce procès suscite beaucoup d'espoir. Il se disent convaincus que Laurent Gbagbo et son homme de main, Charles Blé Goudé, son coaccusé, pourraient recouvrer bientôt la liberté, au moment où la Cpi fait des pieds et des mains pour obtenir le transfèrement de Simone Gbagbo, l’ex-première dame, également citée dans «  ces crimes contre l’humanité ».

                                       Tournant décisif pour Gbagbo...

Dans ce document transmis par l’avocat français de Gbagbo aux juges et qui lui sert de fil d’Ariane de sa ligne de défense, il y est notamment exposé que « le Procureur n’a pas, à l’issue de la présentation de son cas, prouvé au-delà de tout doute raisonnable : – Le déroulé, tel qu’il est allégué dans son Mtb (mémoire de mi- procès, ndlr), des quatre incidents principaux (16 décembre 2010, 3 mars 2011, 17 mars 2011 et 12 avril 2011) ; – Le déroulé, tel qu’il est allégué dans son Mtb, des 29 incidents supplémentaires qu’il présente comme étant l’élément contextuel des crimes contre l’humanité ; – L’existence d’un seul élément relevant de la responsabilité pénale de Laurent Gbagbo qui tendrait à démontrer qu’auraient existé un « plan commun », un « entourage immédiat » ayant pour objectif de mettre en œuvre ce « plan commun », une quelconque intention criminelle, un ordre illégal, l’incitation à commettre un crime ou plus simplement le moindre manquement à ses devoirs de la part du Président de la République. Plaise à la Chambre de constater que les éléments présentés par le Procureur contre Laurent Gbagbo dans le cadre de son cas ne permettent pas de prouver les charges au-delà de tout doute raisonnable », peut-on lire dans le document.

Pour les avocats de Laurent Gbagbo et Blé Goudé, les allégations soutenues par l’accusation ne seraient donc pas suffisamment solides pour justifier une condamnation de leurs clients. Dès lors, la relaxe pure et simple de leurs clients devrait être prononcée à ce stade du procès. Mais, dans son exposé, le bureau du procureur, Fatou Bensouda, à travers le substitut du procureur, Eric Mc Donald, a souhaité que ce procès aille jusqu’à son terme, avec l’audition des témoins de la défense. Car, soutient-il, « la Chambre ne serait pas suffisamment expérimentée à statuer sur un non-lieu à ce stade du procès ».   Pour le procureur général James Stewart, « le procès doit aller à son terme et les accusés doivent présenter leur défense. Il ne faut pas faire droit aux requêtes d’abandon de charges », a donc estimé le procureur James Stewart. Dans la suite du procès, l’accusation s’est évertuée à démonter la requête introduite par les équipes de défense des deux accusés, celle de parvenir à la prononciation d’un non-lieu, à la phase de mi-parcours de ce procès ouvert depuis le 16 janvier 2016.  La chambre de première instance de la Cpi, rappelle-t-on, a refusé une dizaine de fois, d'accorder la liberté provisoire à l'ancien président ivoirien malgré l'insistance de son conseil qui évoquait, pour soutenir la plupart de ces requêtes, des « raisons de santé ». Mais, pour les partisans de Gbagbo, « il n’y a pas l’ombre d’un doute, c’est une certitude, l’ex-président ivoirien va être innocenté des crimes contre l’humanité dont on l’accuse, parce que le dossier est vide, parce que les accusations sont fausses ».

                                                 Armand B. DEPEYLA