Que devient Simone Gbagbo ?

Politique
Publié le Source : L'inter
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Le communiqué transmis aux rédactions, vendredi 16 novembre 2018, dans l'après-midi, clarifie le jeu politique au sein de l'aile gbagboïste du Front populaire ivoirien (Fpi).

Laurent Gbagbo, toujours détenu à la Cour pénale internationale, a décidé d'« assumer pleinement » la direction du Fpi, quelque deux semaines après la mort d'Abou Drahamane Sangaré. Si le message est clair, il soulève immanquablement cette interrogation : quid du cas Simone Ehivet Gbagbo ? L'ex-Première dame devait logiquement assurer l'intérim du président du « Fpi » dans la mesure où elle a la casquette de 2e vice-présidente et, d'un point de vue hiérarchique, venait après le défunt Abou Drahamane Sangaré, 1er vice-président. Il ne s'agit point d'une situation inédite au Fpi. A de multiples reprises, l'empêchement du président statutaire a été comblé par l'observance des règles protocolaires. Ainsi, lorsqu'au sortir de la crise post-électorale, le 11 avril 2011, le président du Fpi, Pascal Affi N'guessan, et ses deux vice-présidents, Abou Drahamane Sangaré et Simone Gbagbo, avaient été arrêtés, l'intérim du parti socialiste avait été assuré par Mamadou Koulibaly, alors 3e vice-président. Lorsque trois mois plus tard, Mamadou Koulibaly claquait la porte du Fpi, Miaka Ouretto, à l'époque secrétaire général, devenait président par intérim du parti.

A relire: Fpi : Pourquoi Gbagbo a écarté Simone de l'intérim

Fort des usages et des textes, Simone Gbagbo se voyait légitimement exercer la fonction de président par intérim du Fpi pro-Gbagbo. Dans cette disposition d'esprit, elle avait convoqué d'urgence une « réunion du secrétariat général » les heures ayant suivi le décès d'Abou Drahamane Sangaré. Mais l'ex-députée d'Abobo a été refroidie par un communiqué venu de Paris et signé d'Assoa Adou. Le texte, daté du 3 novembre, rapportait la position de Laurent Gbagbo. On pouvait y lire : « le président Laurent Gbagbo informe (...) que les activités politiques du Fpi sont suspendues jusqu’à la fin des obsèques » de M. Sangaré.

Le communiqué, tombé ce vendredi 16 novembre, s'inscrit dans la suite logique de celui du 3 novembre. Il apporte davantage de lumière sur la position de Laurent Gbagbo : non, l'intérim ne sera pas assuré par Simone. Serait-ce parce qu'il y a une crise de confiance entre l'ex-chef d’État et l'ancienne députée ? Serait-ce, comme le suggèrent certains, que Laurent Gbagbo redoute une Simone manifestement ambitieuse ? Serait-ce, au contraire, comme s'en convainquent d'autres, que le prisonnier de Scheveningen joue de stratégie pour protéger son épouse ?

Les décisions prises par Laurent Gbagbo appellent forcément des interprétations. Surtout lorsque l'historien motive ses décisions par un « souci de rassemblement et de repositionnement du parti ». Il est flagrant, à la lecture du communiqué, que Assoa Adou, l'un des historiques du Fpi, passe désormais pour l'homme fort puisque « la mise en œuvre des décisions, la gestion et l'administration du parti » lui reviennent. Simone Gbagbo, elle, pourra présider les réunions (cf. décision n° 2 du communiqué). Sans doute, l'ex-Première dame aurait préféré autre chose qu'inaugurer les chrysanthèmes.

Kisselminan COULIBALY