Départ au Rhdp : Ahoussou Jeannot s’explique et exprime des regrets et des craintes: « Le président Bédié demeure mon père ; 2020, j’ai des appréhensions »

Politique
Publié le Source : Linfodrome
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Contraint ou pas contraint, Jeannot Ahoussou a quasiment les deux pieds dans le Rassemblement des Houphouëtistes, en attendant son grand oral attendu pour son adhésion officielle au parti unifié au pouvoir. Le président du Sénat s’en est expliqué, dans un entretien au confrère jeuneafrique.com, sans voiler ses sentiments et ses postures face à certaines questions de l’heure.

Il n’y a plus l’ombre d’un doute. Jeannot Ahoussou-Kouadio quitte le Pdci-Rda pour le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (Rhdp), parti unifié au pouvoir. Ce qui se murmurait si bas est plus que jamais une vérité de la palisse, sur la place publique.

Dans l’entretien qu’il a accordé à l’édition en ligne du confrère, Jeune Afrique, le président du Sénat lève toute réserve sur son départ du parti d’Henri Konan Bédié pour la nouvelle formation créée par Alassane Ouattara. Sur la question, Jeannot Ahoussou ne manque pas de donner déjà des explications, en attendant le grand oral devant ses parents de Raviart, dans le département de Didiévi, le dimanche 02 juin prochain. « Je suis devenu président du Sénat dans le cadre du Rhdp. Je me suis présenté aux élections dans ma région du Bélier en tant que Rhdp, car j’y ai cru. Je ne pouvais pas abandonner le président Alassane Ouattara en cours de route… ».

«Bédié demeure mon père »

L’ex-Premier ministre, qui occupe jusqu’à ce qu’il officialise totalement son départ du Pdci-Rda, le poste de vice-président de ce parti, dit ne pas comprendre que sa famille politique d’origine décide de quitter l’Exécutif pour se mettre dans une « opposition hypothétique ». Le président du Sénat le dit haut et fort, et de façon formelle, le Pdci est « comptables du bilan de la gestion du second mandat d’Alassane Ouattara ». « Je suis dans l’Exécutif, je le demeure jusqu’à la fin du mandat du président », s’explique-t-il.

N’empêche, c’est un Jeannot Ahoussou, qui laisse échapper quelques regrets qui semble partir du Pdci-Rda. Formation politique, qui l’a fait, et d’où il laisse une partie de son cœur. Car, il ne le cache pas, il aurait donné tout pour que le parti de Bédié ne soit pas dans la posture où il se trouve à présent. D’où son hésitation, depuis des mois à rejoindre le Rhdp. J’ai voulu donner la chance au dialogue. Doit-on comprendre que les voies du dialogue sont épuisées ? En tout cas, les initiatives que j’ai pu prendre n’ont pas été couronnées de succès. Ma voix a été inaudible », affiche l’avocat de profession, qui réaffirme son attachement à un homme, le président du Pdci-Rda, Henri Konan Bédié. « Le président Bédié demeure mon père. C’est sur ses instructions que j’ai accompagné Ouattara », lâche l’ancien avocat du ‘’Sphinx’’ de Daoukro, qui souligne n’avoir encore enregistré de réaction de son ex-mentor.

 

Ahoussou Jeannot chez Bédié

Henri Konan Bédié perd un pion essentiel, en la personne de son vice-président, Jeannot Ahoussou

Toutefois, Jeannot Ahoussou s’empresse de préciser : « Le jour où ils (Bédié et Ouattara) ont passé leur accord avant l’appel de Daoukro, je n’étais pas là. Je ne sais pas ce qu’il se sont dit ». Autrement dit, lui, n’a fait que suivre et poursuivre le chemin que les deux ex-ténors du Rhdp, devenu parti unifié, ont tracé.

Y aurait-il été contraint ? Jeannot Ahoussou ne le nie pas. Mais, il fait noter qu’il a pris sa décision délibérément. « Il est vrai que j’ai été, parfois, interpellé, sommé. Mais, ma décision n’est pas le résultat de la contrainte. Pour preuve, je ne suis pas allé au congrès du Rhdp alors qu’on me l’avait demandé ».

Rapprochement Fpi – Pdci, et 2020

Quel sentiment aurait-il au regard du rapprochement en cours entre le Pdci et le Fpi ? L’ex-ministre d’Etat en charge du Dialogue politique n’y voit aucun inconvénient. Pour lui, ce qui prime, c’est la réconciliation entre les Ivoiriens, et Henri Konan Bédié, en tant que doyen d’âge des chefs d’Etat en vie, peut y jouer un rôle. « Le président Bédié a une grande responsabilité. Il est le plus anciens des chefs d’Etat encore vivants. Il est celui qui a connu le coup d’Etat. Je pense qu’il doit pouvoir se mettre au-dessus de la mêlée pour réconcilier la classe politique sans être partisan ».

Quid de son pronostic sur 2020 ? Jeannot Ahoussou ne nourrit pas un optimisme béat à l’approche de ces échéances à venir. A vrai dire, l’ancien Premier ministre regarde la situation avec la peur au ventre, et il le fait savoir sans détours, au regard des passions qui animent certains acteurs et certaines chapelles de la place. « Aujourd’hui, je sens que les différents camps politiques s’organisent pour une confrontation. Si certains disent que les élections en 2020 seront apaisées, à titre personnel, j’ai des appréhensions. Il y a des extrémistes dans tous les partis politiques, même au Rhdp. Il faut qu’ils comprennent que la politique n’est pas un ring », prévient le futur membre du Conseil politique du Rhdp, qui ne veut pas se hasarder à se définir une posture dans le parti unifié relativement aux ambitions pour la présidentielle à venir.

En tout état de cause, Jeannot Ahoussou dit croire toujours et encore à un probable retour du Pdci-Rda dans le Rhdp, peu importe la forme de cette formation. A savoir parti unifié ou groupement politique. « Il ne faut jamais insulter l’avenir. J’ai bon espoir que le Pdci reviendra à la table du Rhdp », indique-t-il, laissant ainsi une fenêtre ouverte sur les retrouvailles dans la grane famille des Houphouëtistes.

Félix D.BONY

Félix D. Bony
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