Situation politique: Rapprochement Bédié-Gbagbo / Guikahué : « Le Pdci, après son retrait du Rhdp, est devenu attractif »

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situation-politique-rapprochement-bedie-gbagbo-guikahue-le-pdci-apres-son-retrait-du-rhdp-est-devenu-attractif Guikahué haut et fort ce qui se passe en Côte d’Ivoire.
Politique

C’est un Maurice Kakou Guikahué dynamique, très en verve, avec un esprit fonceur, que rien ne semble plus pouvoir arrêter pour conduire le Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (Pdci-Rda) à la reconquête du pouvoir d’État en 2020, sous la houlette de Henri Konan Bédié, président du parti, qui était, jeudi 6 juin 2019, face à la presse dans les locaux du quotidien Le  Nouveau Réveil aux Deux-Plateaux. Invité du « Fauteuil blanc » de cet organe proche du parti de Bédié, le Secrétaire exécutif en chef du Pdci devrait traiter du thème : « Le Pdci-Rda face aux enjeux électoraux de 2020 ». Il faut dire que le Pdci, à cette occasion, a montré le visage d’une formation politique debout, soudée et dont les cadres font bloc autour de leur direction. En témoigne la présence de nombreux dignitaires, élus et cadres, dont le général Gaston Ouassenan Koné, l’ancien ministre Jean-Louis Billon, les vice-présidents Alphonse Djédjé Mady, Abdoulaye Ben Racine, Mme Sita Coulibaly etc.

Convaincu de la justesse de son combat et visiblement serein des perspectives herseuses qui se dessinent à l’horizon 2020, Maurice Kakou Guikahué a essayé de faire passer pour moindre voire sous-estimer la saignée des cadres et élus que connait son parti depuis sa sortie du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp). Le Pdci, selon Guikahué, « après son retrait du Rhdp, est devenu attractif ». De fait, à l’écouter, la présence du parti fondé par Houphouët-Boigny, il y a 73 ans, au sein du Rhdp constituait, pour de nombreux militants, un motif de blocage, quant à leur engagement. Mais, aujourd’hui, a-t-il fait savoir, après la rupture, ils se bousculent à la porte du parti. A preuve, «le Pdci-Rda réclame 338 Délégations départementales et communales, 56 Délégations générales à l’extérieur, avec 6 500 sections, 45 000 comités de base et un personnel politique estimé à 600 000 militants (Délégués, membres de Bureaux des Délégations, Secrétaires généraux de sections, membres des bureaux des sections, présidents de comités de base, membres de bureaux des comités de base, bureaux des Ufpdci et bureaux des Jpdci) ».

Pays malade...

« Il me plaît de rappeler que le Pdci-Rda, après le retrait du Rhdp sous toutes ses formes, est devenu très attractif, en témoignent le nombre impressionnant de jeunes cadres qui y adhèrent et l’engouement de l’opération de recrutement de nouveaux militants et d’immatriculation qui est à 25 000 militants depuis son lancement en novembre 2018, et ce malgré la suspension de l’opération pendant deux mois pour cause de confection de la nouvelle carte de membre et de redimensionnement des structures de base. Désormais, le Pdci-Rda ne compte que de courageux, intrépides, vaillants et déterminés militants pour la reconquête du pouvoir d’État en 2020 », a indiqué l’ancien ministre de la Santé publique dans le gouvernement Daniel Kablan Duncan.

Pour Guikahué, la question du rajeunissement du Pdci est au cœur de sa gouvernance du parti. Aujourd’hui, 200 des 332 délégués récemment nommés ont moins de 50 ans soit 60 % de l’effectif. Le plus jeune des délégués a 36 ans. « La reconquête du pouvoir d’État en 2020, assurera le rayonnement du parti », a-t-il ajouté.

Pendant plus de 90 mns, Maurice Kakou Guikahué, chaudement applaudi, a abordé les questions liées notamment à la marche du Pdci depuis sa sortie du Rhdp, la vie du parti après le 6e congrès, le Pdci et la nouvelle plateforme, les perspectives, le groupe parlementaire du Pdci à l’Assemblée nationale. Le député de Gagnoa, qui a dit avoir « confié sa carrière politique à Henri Konan Bédié », n’a évité aucune question, y compris celles qui fâchent entre son parti et celui de Laurent Gbagbo, les gestions des désertions, le choix des candidats du Pdci pour la présidentielle de 2020 ainsi que la réconciliation entre Bédié et Alassane Ouattara. Le Pdci-Rda, a-t-il rappelé, aura son candidat à la présidentielle de 2020. Et, selon Guikahué, « cette candidature d’un militant actif du Pdci-Rda à l’élection présidentielle d’octobre 2020, demeure un impératif catégorique ».

Maurice Kakou Guikahué a fait le constat que « le pays est malade et qu’il a besoin du Pdci ». Parce que, selon lui, le Pdci seul et son président, Henri Konan Bédié incarnent des valeurs à même de soigner et de guérir le pays bâti par Félix Houphouët-Boigny. C’est pourquoi, il a appelé Alassane Ouattara à organiser des «  élections propres, équitables » en 2020. Toute chose qui ne peut être possible que par la reforme de loi sur la Commission électorale indépendante (Cei). Guikahué, au nom du Pdci, a dit rejeter les modifications en cours et réclame un dialogue sincère qui va aboutir sur une profonde réforme de la loi. «Nous avons fait des propositions que nous refusons de remettre au gouvernement. Parce qu’il refuse de nous remettre les termes de références. Nous sommes ouverts, mais nous restons fermes », a crié Guikahué. « Prochainement, nous allons monter d’un cran, parce qu’il faut que les choses bougent », a averti le numéro 2 du « vieux » parti.

Puis, il a interpellé sèchement le chef de l’État, quant à sa responsabilité dans l’organisation d’une élection bâclée en Côte d’Ivoire. « Le pays est malade. Il y a des affrontements partout… C’est inquiétant. De temps en temps, il faut qu’Alassane Ouattara ouvre les yeux. Que Ouattara ouvre les yeux. Il y a longtemps que Bédié ne voulait pas la dissolution du Pdci », a-t-il martelé.

Abordant la question des relations avec Laurent Gbagbo et Pascal Affi N’Guessan, Guikahué s’est réjoui de s’être réconcilié avec Laurent Gbagbo. Pour lui, «  c’est avec le Front populaire ivoirien (Fpi) que le Pdci discute. C’est le facteur Fpi. Les deux tendances sont Fpi. Ce qui nous intéresse, c’est le parti Fpi. Nous sommes dans la dynamique de la réconciliation. La Côte d’Ivoire a des problèmes graves. La Côte d’Ivoire est malade. Il faut aller à l’essentiel. C’est la Côte d’Ivoire qui est en jeu », a martelé Guikahué, invitant les uns et les autres à se mettre au-dessus des choses du passé. «  Aujourd’hui, je suis allé saluer Gbagbo et je suis heureux de m’être réconcilié avec lui. On n’est pas parti parler de politique avec Laurent Gbagbo en Belgique. Gbagbo et moi, on s’est parlé.

Avertissement à Ouattara

La rencontre était chargée d’émotions. Gbagbo nous a dit : « c’est en cheminant qu’on améliore la démarche » ». Guikahué s’est refusé de dire si oui ou non Charles Koffi Diby est encore et toujours au Pdci. Au nom de son parti, dans le cadre des futures élections que le «  Pdci ne va pas boycotter », il a réclamé d’abord le «  prolongement de six mois du délai de validité des cartes d’identité en cours » et réclamé «  la gratuité totale » de ces cartes, «comme au Sénégal, au Ghana, parce que la Côte d’Ivoire devrait fabriquer 12 millions de Cni soit 32 000 cartes par jour ».

Guillaume Soro est membre de la plateforme non idéologique que Bédié est en train de mettre en place, a dit l’ancien ministre Guikahué. La réconciliation entre Bédié et Ouattara peut être possible, à la seule condition que les cadres du Rhdp, tels qu’Adama Bictogo, Amadou Gon Coulibaly se rendent à Daoukro. « C’est nous qui avons élu Ouattara. On peut lui demander de partager les biens... Je n’ai pas encore vu de signe d’une vraie négociation pour une réconciliation entre Bédié et Ouattara. D’ailleurs, il n’y a pas de problème entre les deux hommes. Mais, je n’ai pas encore vu Adama Bictogo, Amadou Gon Coulibaly et autres aller à Daoukro voir le président Bédié. Ce sont toujours les mêmes qui y vont. Duncan, Achi… On ne sait même pas qui les envoie au juste », s’est interrogé l’invité de Le Nouveau Réveil, avec un brin d’humour. Pour lui, entre ceux qui ont décidé de quitter le Pdci pour le Rhdp et ceux qui sont restés au sein du parti, « c’est la non dissolution du Pdci qui nous sépare ». Car, a-t-il ajouté, « il n’y pas de problème fondamental. Pas de problème de gouvernance ». « Ils ont tenté de dissoudre le Pdci et ils échoué. Alors, ils ont décidé de partir. Pour parler de dissolution du Pdci, il faut un référendum en Côte d’Ivoire. Tous ceux qui sont partis, il n’y a aucune base. Ahoussou est mon complice. Il n’était pas d’accord avec la dissolution du Pdci-Rda», a fait valoir le Secrétaire exécutif en chef du Pdci. Qui précise que « ce n’est pas le Rhdp qui finançait le Pdci ». Le Pdci, toujours selon le conférencier, « va calmement et en rang serré à la victoire en 2020 », ajoutant que «la Côte d’Ivoire est en totale fracture. La Côte d’Ivoire a besoin du Pdci pour la réconcilier ». Il a fait savoir que le Pdci n’a pas abandonné le combat pour la récupération de son logo. Et, la plateforme est née d’une volonté de rassemblement « pour sauver la démocratie », reformer la Cei.

Guikahué apprend que cet heureux élu sera choisi lors de la Convention qui est en préparation. « Nous allons à cette élection pour la gagner. Pour son bon nom, il faut que Ouattara organise des élections propres. Ce qui passe par la modification de la loi sur la Cei », a dit Guikahué, avant d’inviter les cadres et militants à la retenue. « Qu’on laisse Bédié entrer en méditation et qu’il nous sorte un candidat. Quel que soit le candidat, il ne pourra pas gagner s’il n’a pas le soutien de Bédié », a-t-il insisté, lui qui se présente comme «  un homme de devoir ». Les portraits types des candidats dressés récemment par un hebdomadaire panafricain, sont, aux yeux de Guikahué, « les fruits de la fiction ». Selon lui, la médiation de l’Union africaine (Ua) sur la composition du bureau de l’Assemblée nationale a échoué. Mais, le groupe parlementaire Pdci ne boycottera pas, pour autant, les travaux du Parlement. Maurice Kakou Guikahué a clos son propos sur un appel de Bédié, à l’endroit des militants du Pdci-Rda. « Le Pdci est aujourd’hui un parti de combat, comme au temps colonial. Il faut tourner la page de ceux qui étaient là. Des militants dignes qui ont montré que tout le monde n’est pas corrompu vont ramener le Pdci au pouvoir d’Etat en 2020 ».

Armand B. DEPEYLA