Politique nationale: Allou Eugène (Membre du conseil politique du Rhdp) : « J’attends un jour que le président Gbagbo dise que je l’ai trahi »

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Publié le Source : L'inter
politique-nationale-allou-eugene-membre-du-conseil-politique-du-rhdp-j-attends-un-jour-que-le-president-gbagbo-dise-que-je-l-ai-trahi « Tout ne se limite pas à la politique dans les rapports humains », dit l’ancien ambassadeur de la Côte d’Ivoire au Cameroun.

L’ancien directeur du protocole d’État (2002-2008), longtemps collaborateur de Laurent Gbagbo, Allou Wanyou Eugène, s’est prêté aux questions de L’inter, en marge d’une cérémonie de consolidation de la cohésion sociale dans son village de Bougrou (Gagnoa). La cérémonie, organisée par la direction régionale de la jeunesse, était parrainée par la secrétaire d’État, Aimée Zebeyoux. M. Allou, actuel inspecteur des Affaires étrangères au département central, assume son départ du Front populaire ivoirien (Fpi) pour le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (Rhdp).  

Que représente, pour vous, cette cérémonie de consolidation de la cohésion sociale ?

Cet événement représente beaucoup pour moi, parce que c’est ce travail que nous faisons ici au quotidien. Vous avez vu que la population est hétéroclite, avec des Baoulé, des Sénoufo, des Malinké ainsi que nos parents de la Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, ndlr) qui vivent avec nous depuis plusieurs décennies. Nous vivons dans une parfaite harmonie et je suis heureux que cela soit constaté par des autorités qui ne sont pas d’ici. C’est à elles de dire ce qu’elles ont vu, mais moi, je suis très heureux parce que cela va dans le sens de notre mission de tous les jours, lancée par le président de la République. Il faut la cohésion sociale dans les villes et villages, afin que la Côte d’Ivoire puisse retrouver la paix et le développement.

Quelles seront vos premières actions pour la consolidation de cette cohésion sociale, après le message de la secrétaire d’Etat ?

Elle a donné un bon message, la répétition étant pédagogique. Elle a dit quelque chose de vrai. Voter est un droit, mais que chacun accepte les résultats sortis des urnes. C’est comme un match de football, c’est un jeu. Certains l’appellent jeu politique. Les élections, pour un pays, sont fondamentales, mais ce que nous recherchons, est que, pour cette fois, nous n’ayons pas à connaître ce que nous avons vécu en 2010-2011. Nous n’avons pas besoin que les gens soient forcément de notre avis politique, mais l’essentiel est que nous soyons d’accord pour le développement de notre pays. Il ne faut donc pas arriver à la bagarre, car quand vous y arrivez, on détruit tout et on reprend à zéro. Que les populations pensent à leur futur. Les hommes passent, le pays demeure. C’est le message à la jeunesse de ce pays.

A un an de la présidentielle, comment va votre parti, le Rhdp, à Gagnoa ?

Tous les partis qui vont à une élection espèrent gagner. Je suis membre du conseil politique. Je suis responsable du protocole. Je suis fier d’y être. Je mets mon expérience au service du Rhdp. Nous faisons tout cela pour la victoire du Rhdp. Le président a lancé un appel à tous les partis politiques, de venir intégrer le Rhdp, et même les Ivoiriens individuellement. Le but de ce rassemblement, c’est de gagner les élections dans la paix. Si nous sommes nombreux à gagner la paix, qui ira contre son ami. Donc, c’est pour cela que nous avons adhéré au projet. Je suis vice-président de Concorde et Alcide Djédjé en est le président. Nous avons trouvé que c’est en travaillant avec le Rhdp, qu’on peut participer à une belle victoire qui ne nous ramènera pas aux années antérieures. Je suis conscient que le Rhdp va gagner, mais que les élections se passent dans la discipline et qu’à la fin, le vaincu félicite le vainqueur.

Guéméné Alfred (secrétaire général adjoint Fpi) a déclaré que si Affi N’guessan ne part pas au second tour, ils appelleront à voter le Rhdp. Que dites-vous ?

Mais c’est l’appel que le président de la République lance.

Est-ce logique selon vous ?

La logique vient de leur analyse. Nous allons au premier tour. Et nous voyons que si on soutient tel parti politique, nous allons gagner. Puisque c’est la victoire qu’on recherche, il faut choisir celui avec qui on peut gagner. On a vu cela avec le Pdci en 2010, qui a soutenu le Rdr et ensemble ils ont formé le Rhdp pour gouverner. Donc, si Affi veut soutenir le candidat de sa préférence, c’est son droit.

Certains de vos anciens amis vous considèrent comme des traîtres : vous êtes partis du Fpi pour le Rhdp. Que répondez-vous ?

Je leur dirais que le président Gbagbo a reçu le président Bédié à Bruxelles.

Selon vous, vous avez fait le bon choix en intégrant le Rhdp ?

C’est une histoire profonde. Tout ne se limite pas à la politique dans les rapports humains. La politique est un moyen que nous utilisons ensemble pour accéder au pouvoir. Il faut toujours tenir compte des rapports humains. Les gens parlent de trahison, mais ils ne peuvent pas savoir qui a trahi, qui n’a pas trahi. J’attends un jour que le président Gbagbo dise que Allou m’a trahi. C’est avec lui que je travaillais. Les autres-là, bon c’est...Chacun peut faire son commentaire. Mais c’est celui qui est censé avoir été trahi, qui dit : celui-ci m’a trahi, celui-là ne m’a pas trahi. Ce n’est pas quelqu’un d’autre qui vient dire : ta femme te trompe. C’est toi-même qui dis : ma femme me trompe. Donc, moi j’attends un jour avec respect, que le président Gbagbo se prononce sur ma trahison. Le jour où le président Gbagbo va dire : Allou tu m’as trahi, alors je répondrai.

Est-ce que vous avez encore de bons rapports avec le président Gbagbo ?

Il n’est pas ici, mais…

L’appelez-vous souvent ?

Je n’ai pas besoin de l’appeler. Il y a ceux qui peuvent l’appeler. Je fais partie de ceux qui ne peuvent pas l’appeler actuellement. Moi, je le connais bien. J’ai travaillé avec lui de 1990 jusqu’à 2008, où il m’a muté au Cameroun. J’étais à Yaoundé, quand il y a eu la crise que nous connaissons. C’est de là-bas où j’étais, qu’il est parti (à la Cpi, ndlr). Donc, je n’ai pas besoin de l’appeler.

Certains sont convaincus que vous retournerez au Fpi en cas de retour de Laurent Gbagbo. Que leur répondez-vous ?

Ils disent ça pour eux. Chacun doit se prononcer sur ce qu’il va faire quand le président Gbagbo va venir. Ce ne sont pas eux qui vont se prononcer sur ce que je vais faire. J’ai dit quelque chose, peut-être n’avez-vous pas fait attention. Il y a la politique et il y a les relations humaines. Eux, ne peuvent pas expliquer la relation entre Gbagbo et moi et pourquoi il m’a laissé. Parce que c’est lui le chef. Il peut laisser les gens aussi. Quand on t’a laissé, tu fais quoi ? Quand tu es avec ta femme, et qu’un matin, tu la chasses du foyer, tu dis que tu n’as plus besoin d’elle. Mais tu ne peux pas t’occuper de ce qu’elle fait après (rire). C’est ça !

Quel commentaire faites-vous de la crise au Fpi ?

Vous ne pouvez pas me poser cette question. Je suis parti de là. Parce que justement, nous ne voulions pas cette crise, nous avons créé Concorde et nous avons accepté d’intégrer le Rhdp.

Était-ce prévisible ?

Chacun fait son analyse. Je suis parti de là, donc, je n’ai pas à juger ceux qui sont restés.

Mais en tant que sachant, cette crise n’était-elle pas prévisible ?

Oui, mais enfin ! La maison continue d’exister. Moi, je suis sorti de là pour des raisons personnelles. Je dis que tout n’est pas politique dans la vie d’un homme. Sachez que la façon dont je vous reçois, déterminera votre retour chez moi. Je suis ambassadeur, je sers la Côte d’Ivoire. Je fais mon travail sereinement. Je ne m’occupe pas des gens.

Vous avez dit, tout à l’heure, au meeting, que lors de son passage, l’ex-président de l’Assemblée nationale Guillaume Soro, a promis une ambulance à votre village. Qu’en est-il ?

C’est vrai que j’ai reçu mon jeune frère Guillaume Soro ici en 2012. Le chef du village avait fait une demande au président de l’Assemblée nationale, qui a fait une promesse. Il n’a pas pu la réaliser parce qu’il n’a pas eu de moyens certainement, et cela sans doute de bonne foi. Mais comme les populations me rappellent toujours la promesse du président, j’ai répondu tout à l’heure qu’il est certainement à la recherche de la promesse (rire). Les moyens dont on dispose quand on est président de l’Assemblée nationale et ceux dont on dispose, quand on n’est plus à ce poste, sont deux choses différentes.  

 

Réalisé par Abraham Sahié TOURÉ