A la Levée de corps de Wattao : Chérif Ousmane livre des secrets sur la transition de 1999 et la rébellion de 2002

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a-la-levee-de-corps-de-wattao-cherif-ousmane-livre-des-secrets-sur-la-transition-de-1999-et-la-rebellion-de-2002 Le sous-chef d’État-major de l’armée de terre a qualifié son compagnon d'homme « charismatique » toujours à l'écoute de ses semblables.
Politique

La levée de corps du défunt colonel-major Issiaka Ouattara dit « Wattao », ancien commandant des unités rattachées à l’État-major général des armées, a eu lieu, hier mercredi 5 février 2020, à la salle Félix Houphouët-Boigny d'Ivoire Sépulture (Ivosep) à Abidjan-Treichville.

L’événement a réuni un parterre de personnalités, au premier rang desquelles, le président de la République, Alassane Ouattara, et le vice-président, Daniel Kablan Duncan. Présidents d'institution, ministres, diplomates, artistes, étaient mobilisés aux côtés de la famille du défunt.

Fait marquant de cette levée de corps : l'hommage rendu à l'officier décédé aux États-Unis d'Amérique, par l'un de ses frères d'armes, le colonel-major Chérif Ousmane. Les deux hommes sont réputés pour avoir été, aux côtés de quelques autres comme Touré Hervé dit Vetcho, Martin Fofié Kouakou et Morou Ouattara, les principales figures de l'ex-rébellion des Forces nouvelles.

Prenant la parole, le colonel-major Chérif Ousmane, actuel sous-chef d’État-major de l’armée de terre, a évoqué des moments forts passés avec le défunt, dans ce qui s'apparentait à des révélations en rapport avec la transition militaire de 1999 et la rébellion de 2002. « Décembre 1999-05 janvier 2020, cela fait exactement 21 ans que nous avons consacré notre vie, notre jeunesse à la recherche et pour la cause, la noble cause de la paix, la justice, de la liberté et l'égalité. (...) il fut un élément clé de la transition, ne partageant plus le point de vue quant à sa gestion, avec le soi-disant complot du cheval blanc et de la Mercedès noir, les moins chanceux ont été tués. Tu as été emprisonné, torturé, certains d'entre nous ont perdu leurs jambes. Tu as laissé ta jambe. Cette jambe a été sauvée par du pus comme l'a dit le médecin sinon tu aurais été amputé », a témoigné Chérif Ousmane.

Il a expliqué que la vie n'a pas été facile pour lui et ses amis car «ne disposant de rien, privés de salaire ». De surcroît, leurs « têtes étaient mises à prix en janvier 2000 ». Ils ont alors opté pour l'exil. « Nous avons pu, les uns après les autres, par des chemins différents, prendre la route de l'exil. Étant connu, toi et Zaga Zaga, vous vous êtes déguisés en femmes pour réussir à sortir. Nous nous rappelons comme si c'était hier, et cette souffrance qui ne peut s'expliquer on l'a vécu en exil », a rapporté l'ancien patron du premier Bataillon des commandos et des parachutistes (Bcp). Chérif Ousmane de poursuivre :

« fatigués de cette souffrance, nous avons décidé à visage découvert faire le chemin de retour, pour cette fois, mettre fin à notre souffrance. Bien par l'instauration de la liberté. Au lendemain du 19 septembre, nous avons décidé de nous organiser pour faire face à la résistance en créant des compagnies, pour ne citer quelques-unes : Cobra force de Loss, Guépard que j'ai commandée et Anaconda que tu commandais ».

Le sous-chef d’État-major de l’armée de terre a qualifié son compagnon d'homme « charismatique » toujours à l'écoute de ses semblables. « Nous sommes rassemblés pour rendre hommage au garçon formidable que tu étais, un homme avant tout, d'une grande simplicité », a exprimé Chérif Ousmane.

Ouattara Ramatou, première fille du défunt, a parlé, avec une grande émotion, de son père qui lui a inculqué, ainsi qu'à ses frères, la tradition et de nombreuses vertus. « Papa, pour nous, tu n'es pas parti car tu vis encore en nous, à travers la tradition et les vertus exemplaires que tu nous a inspirés. Je me suis souviens encore, toute petite, après notre séparation, par la faute de ton exil, tu m'as prise dans tes bras et tu m'as chuchotée : ma princesse papa est là. Je ne vais plus partir, on restera ensemble maintenant », a dit Ouattara Ramatou avant d'éclater en sanglots.

L'imam Cissé Ibrahim a indiqué, pour sa part, que la disparition de Wattao interpelle les personnes de sa génération. « Sa mort nous interpelle, nous qui sommes de sa génération. C'est un deuil qui nous touche au plus profond de nous, qui nous afflige. Nulle été notre compréhension des choses par rapport aux enseignements du Coran », a signifié l'imam.

Notons les interventions du porte-parole de la famille, Ouattara Souleymane, et du porte-parole militaire, le colonel Otchélio, chef du bureau de presse communication des armées.

Le colonel-major Issiaka Ouattara s'est éteint aux États-Unis, le lundi 6 janvier 2020, « des suites d’une longue maladie ». Sa dépouille est arrivée en Côte d'Ivoire, le dimanche 2 février dernier. Selon le programme officiel des obsèques, ce jeudi 6 février, des honneurs militaires sont prévus à l'état-major général des armées à Abidjan-Plateau suivis du transfert du corps de l'officier supérieur à Doropo, son village natal, situé près de Bouna dans le nord-est ivoirien où il sera inhumé vendredi 7 février dans l'intimité familiale.

Venance KOKORA